Liberté d’expression : une liberté pas comme les autres ?

Defending a Professor's freedom of speech by HonestReporting(CC BY-SA 2.0) — HonestReporting, CC-BY

Même si la loi Avia vient d’être rejetée par le Conseil Constitutionnel, le débat concernant la liberté d’expression est toujours au cœur de la société française. Aussi faut-il l’étudier sérieusement, et éviter de se laisser emporter par l’émotion.

Par Sabine Lula.

Même si la loi Avia vient d’être rejetée par le Conseil constitutionnel, le débat concernant la liberté d’expression est toujours au cœur de la société française. Aussi faut-il l’étudier sérieusement, et éviter de se laisser emporter par l’émotion.

Ces derniers temps, aussi bien dans la presse que dans les sphères intellectuelles, la liberté d’expression a fait couler beaucoup d’encre. Si en janvier 2015 tout le monde se plaçait en défenseur ardu et inébranlable de la liberté d’expression à grands renforts de Je Suis Charlie, force est de constater que cinq ans plus tard, la situation s’est dégradée.

Pétitions cherchant à interdire certaines conférences invitant des personnes « controversées », événements annulés car considérés comme offensants, voire menaces et violences à l’encontre des « malpensants », on constate une véritable crispation générale autour de cette thématique.

Condamner les gens pour ce qu’ils pensent ou disent : une absurdité

Beaucoup connaissent cette citation – bien qu’apocryphe – de Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrais jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Ces valeurs exprimées ici, pourtant érigées longtemps comme un modèle à suivre, sont aujourd’hui remises régulièrement en question.

Cependant, ce n’est pas seulement du fait des autoproclamés « guerriers de la Justice sociale » (plus connus sous le sobriquet SJW), malgré le fait qu’ils prennent de plus en plus d’importance dans les sphères médiatique et universitaire, à un niveau d’absurde encore inégalé.

On peut également souligner le fait que, quel que soit le médium ou l’orateur, la remise en question des propos de l’adversaire passe de plus en plus par des attaques ad hominem, voire ad personam. Et ce, avant d’attaquer le fond du discours auquel on fait face.

S’il est toujours pertinent de dénoncer la vertu ostentatoire de certains, il convient de le faire correctement et de ne pas se résoudre aux mêmes bassesses que l’adversaire : le cas Camélia Jordana nous montre en quoi les attaques contre la jeune femme furent des erreurs de stratégie.

S’il était tout à fait idiot de sa part de dire que « tous les jours, des jeunes immigrés travaillant en banlieue se font massacrer par la police juste à cause de leur couleur de peau » (ce qui d’ailleurs, ne risque pas d’être confirmé de sitôt, vu l’interdiction des statistiques ethniques en France), il n’était pas pertinent de chercher à la museler en l’attaquant sur son enfance, ou sur sa situation de « bourgeoise déconnectée. »

C’est en effet reprendre la stratégie principale – mais non moins stupide – des SJW, interdisant la prise de parole à tous les « non-concernés » dans leurs luttes. À tel point qu’aujourd’hui, des événements interdits aux « hommes cis blancs », aux « non-racisés » fleurissent dans toute la France. En d’autres termes, une discrimination légitimée par la condition de soi-disant « victime de l’oppression ».

Bien qu’il soit difficile aujourd’hui de réfléchir (surtout dans les médias), attaquer les individus est contre-productif, et les censurer encore plus : cela les dresse, eux et leurs idées, au rang de martyr. On ne prend plus la peine d’écouter les arguments, on se concentre seulement sur la réception par le public de ceux-ci.

Pourtant, il est bon de rappeler que ce sont les idées qui forgent l’Histoire : démontrer par la logique qu’une idée est fausse, voilà le meilleur moyen de la décrédibiliser. Ce n’est pas en interdisant sa propagation qu’elle disparaîtra. Cela aurait sans doute l’effet inverse : dans un bel effet Streisand, elle prendrait de plus en plus d’ampleur, surtout à l’heure d’Internet.

Être rationnel et ne pas céder à l’émotivité, voilà sans doute le meilleur moyen de lutter contre la propagation d’idéologies mortifères fondées sur le ressenti et le ressentiment : combattre les idées par la logique, pas les personnes qui les professent par la passion.

Pas de liberté d’expression sans propriété

Cependant, il est difficile de se dire qu’on aurait véritablement le droit de tout dire, en tout lieu, et en toute circonstance. S’il est bien sûr inadmissible qu’on se prenne un coup de couteau, ou qu’on voie sa vie et ses réalisations ruinées pour une parole jugée « incorrecte », il semble que des limites se doivent tout de même d’être fixées.

Les limites que tentent d’imposer les législations liées au droit positif sont vouées à l’échec, car elles n’entrent dans aucun cadre parfaitement clair et objectif. La Loi Avia contre la « cyber-haine » en est un bel exemple : tout juste rejetée par le Conseil constitutionnel, la loi est considérée comme « une atteinte inadaptée au but poursuivi » contre la liberté d’expression.

Cette réaction était à prévoir : la loi voulant imposer aux différents sites disponibles en France le retrait de tout propos jugé comme « haineux » sous peine de lourdes amendes, on se serait vite retrouvé avec de la censure bien trop abusive et contre-productive. Qu’est-ce que la haine, exactement ? À coup sûr, une notion très subjective. Difficile alors de fonder tout un socle de loi autour d’un concept aussi flou.

D’autant plus que cette loi entrait en contradiction totale avec le principe d’un site Internet : le site a été fondé par quelqu’un, le site est donc la propriété de quelqu’un, bien que non matérielle. C’est donc à lui de décider de ce qu’il veut ou ne veut pas sur son site.

Pour donner un exemple plus concret, c’est équivalent à une synagogue qui interdirait tout propos glorifiant l’Holocauste au sein de sa bâtisse. Ou du propriétaire de sa maison qui refuserait que l’on colle des affiches sur sa façade, où qu’on l’insulte lui et sa famille tout en étant sur son terrain.

Ce n’est pas parce que la liberté d’expression est importante qu’elle peut justifier toutes les dérives : c’est au propriétaire de définir les comportements et les propos tolérables chez lui. Ce qu’aucune loi, ni aucune pression de la part des médias, ne devrait faire.

La liberté d’expression est donc certes toujours une liberté importante, voire même fondatrice des sociétés occidentales, mais il convient de la faire coïncider avec les Droits Naturels que sont les droits de propriété et de liberté. Dans le cas contraire, on ne pourrait qu’observer une récupération par le droit positif, une inflation législative, et in fine, une réduction progressive des libertés individuelles.

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