Électricité : faut-il s’inquiéter d’un possible black-out ?

Bougies by Rekyt(CC BY 2.0) — Rekyt, CC-BY

« Il n’y aura pas de coupure cet hiver » nous assure-t-on. Mais la réalité des chiffres de notre production d’électricité nous incite à penser le contraire.

Par Michel Negynas.

Mme Borne est « un peu » inquiète pour notre approvisionnement l’hiver prochain. « Cela va nécessiter une très grande vigilance pour éviter des coupures l’hiver prochain. »

On le serait à moins. Ci-dessous, un tableau de la puissance installée en France au 1er mai 2020. (en MW) d’après eCO2mix, le site officiel de RTE (Réseau de Transport de l’Électricité) :

La première colonne chiffre les puissances totales, brutes.

La deuxième colonne chiffre les maxima produites à la pointe d’hiver et dans l’absolu ces trois dernières années, prises sur le site eCO2 mix. Ces chiffres sont toutefois incroyablement optimistes, compte tenu du contexte, et si on regarde les détails :

  • Le nucléaire a été complètement désorganisé par la pandémie, les révisions de tranche ont du retard et nous aurons 900 GW de moins cet hiver (deuxième tranche de Fessenheim).
  • Les quelques sources charbon et fioul encore disponibles ont vocation à être arrêtées dans les années qui viennent. Elles sont dans un triste état, et pour certaines, pratiquement plus mobilisables.
  • Le gaz n’a jamais dépassé 10 GW ; il est constitué de quelques grosses centrales, mais aussi de nombreuses installations industrielles, en particulier de co-génération, pas forcément disponibles à la demande.
  • L’hydraulique en hiver n’a jamais dépassé 16 GW, par nature. Tout n’est pas mobilisable en même temps.
  • La biomasse n’a jamais dépassé 1 GW, elle provient d’une centrale et de nombreuses installations de valorisation de déchets, dont la fourniture d’électricité n’est pas forcément l’objectif principal.
  • À 19 heures en hiver, il peut y avoir des nuits sans vent. Il y en a quasiment chaque année.

Dernière pointe récente : 94 GW en février 2017. Record historique : 102 GW en 2012.

Une nuit d’hiver sans vent, on voit que le total possible dans le meilleur des cas est de 89 GW. Et il est peu probable qu’on y arrive. Nous sommes donc très inquiets, comme RTE et comme Mme Borne.

Mais il y a des mesures prises, dixit Mme Borne, un « bouquet de leviers » :

  • Le tarif Ecowatt : moyennant des rabais, les consommateurs sont priés par SMS de différer des consommations… au moment où ils en ont le plus besoin ?
  • Les effacements type « EJP », des gros consommateurs : mais ils existent déjà, donc il ne faut pas les prendre comme un « levier » par rapport aux historiques.
  • Et surtout les « thermomètres intelligents » : comme le consommateur est par nature bête, on l’aidera à acheter des thermomètres qui pallieront ses neurones.

Tout cela ne nous rassure guère, avouons le. D’autant que M. Brottes, président de RTE, avoue :

«  »Si tous ces gestes barrières ne suffisent pas, et si nos capacités d’importation sont épuisées, il faudrait utiliser des délestages, des coupures temporaires ciblées et maîtrisées  », selon François Brottes, qui ne se risque pas à préciser combien de Français pourraient être concernés par de telles situations. RTE insiste sur le fait que ce scénario est très hypothétique. 
 »Il n’y aura pas de black-out », a insisté M. Brottes. »

Nous sommes prévenus. C’est comme pour le Covid : tout passe par les gestes barrières. Et comment assurer « qu’il n’y aura pas de black out » pour un réseau au maximum de ses possibilités de production, la nuit, en plein hiver, avec des productions aléatoires non pilotables (éolien, solaire) qui peuvent mettre la pagaille à tout moment ? Et des voisins (Angleterre, Belgique, Espagne, Italie…) encore davantage en manque de capacités pilotables que nous ?

Il ne reste plus qu’à prier pour qu’il y ait du vent cet hiver, que le réchauffement sévisse, ou que les centrales à lignite et charbon allemandes fonctionnent à plein.

Ou alors soyons fous, tiens, redémarrons Fessenheim…

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