Discours d’Édouard Philippe : la liberté doit vraiment redevenir la règle

Le déconfinement doit aussi aboutir à l’abrogation de l’état d’urgence sanitaire et engager une vraie réflexion sur l’esprit autoritaire de nos institutions.

Par Frédéric Mas.

Ce jeudi, Édouard Philippe s’est adressé aux Français pour présenter la phase 2 du déconfinement. Le Premier ministre a fait état de la nette amélioration de la situation sanitaire, même si selon lui, la prudence commande de rester attentif à une éventuelle seconde vague de coronavirus.

De manière assez symbolique, l’ensemble du territoire, à l’exception de l’Île-de-France, de la Guyane et de Mayotte, passe en zone verte, zone désignant selon les indicateurs construits par les pouvoirs publics les endroits où le virus circule faiblement.

Dès le 2 juin prochain, la plupart des commerces et des lieux de vie pourront rouvrir pour accueillir du public, à condition de respecter les contraintes sanitaires imposées par la distanciation sociale.

La limitation des déplacements dans un périmètre de 100 km depuis chez soi disparaît, et à compter du 15 juin, le gouvernement français s’attachera à la réouverture des frontières avec ses pays voisins européens. Sauf pour les régions Île-de-France, Mayotte et Guyane, où les contraintes demeurent plus fortes au moins jusqu’au 22 juin.

Après l’intervention d’Olivier Véran et de Jean-Michel Blanquer, respectivement ministre de la Santé et ministre de l’Éducation, Édouard Philippe a de nouveau insisté sur la période de récession historique qui commençait. Le taux de chômage est au plus haut, et la bataille d’après consistera à surmonter cette épreuve économique sans précédent.

« La liberté va redevenir la règle »

Les nouvelles sont donc relativement bonnes, toutes choses étant égales par ailleurs, et permet au Premier ministre de déclarer, de manière rassurante : « Au cours de cette phase 2 du déconfinement, la liberté va redevenir la règle, et l’interdiction constituera l’exception. »

Seulement, cette phrase introductive à elle seule résume l’ensemble du problème politique qui échappe à la plupart de nos dirigeants contemporains. L’état d’urgence sanitaire avec son régime d’exception est toujours en vigueur, et autorise le personnel politique et administratif à suspendre les libertés publiques au nom du risque sanitaire quand il l’estime nécessaire. Cette fameuse liberté « retrouvée » l’est donc très partiellement, et demeure menacée par l’épée de Damoclès du régime d’autorisation administrative de l’état d’urgence sanitaire.

En se réservant le droit de suspendre la loi et les libertés publiques en fonction des circonstances, le gouvernement se place de fait au-dessus de la loi commune et envoie le message ambigu et illibéral suivant : la puissance publique n’est pas instituée en priorité en vue des libertés individuelles, mais d’abord pour la sécurité collective que seuls nos experts publics issus de l’exécutif sont à même de pouvoir évaluer rationnellement.

Souveraineté bureaucratique

Cette marque de souveraineté bureaucratique au sein de notre système institutionnel se double d’une prétention étatique nouvelle à intervenir plus massivement encore dans l’économie au nom de la sauvegarde de nos champions nationaux, des emplois menacés par la récession ou encore des secteurs détruits par un confinement créé par l’administration elle-même.

Sans même juger des intentions bonnes ou mauvaises de cette autoproclamée « élite éclairée », cela se traduira dans les faits par une atteinte sans précédent aux droits de propriété et à un nouvel autoritarisme politique dans les relations de travail qui n’apparaîtra pas dans le droit constitutionnel.

Pour les libéraux, l’État n’existe que pour garantir les principes de liberté, d’égalité et de propriété. Le second traité du gouvernement civil de John Locke nous indique que pour en garantir l’existence, les pouvoirs doivent être séparés et l’exécutif subordonné au législatif. L’évolution contemporaine des institutions consacre la prééminence de l’exécutif, et l’état d’exception la confusion, certes momentanée, des pouvoirs.

Pour ces raisons, il nous est impossible de nous contenter de quelques libertés résiduelles, ou d’accepter un programme de relance massive qui se traduira par davantage de dirigisme économique. Le déconfinement doit aussi aboutir à l’abrogation de l’état d’urgence sanitaire et engager une vraie réflexion sur l’esprit autoritaire de nos institutions.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.