Soulèvements et protestation dans le futur de l’Iran

Le régime iranien est en train de prendre en otage la santé du pays à ses propres fins.

Par Hamid Enayat.

Le Guide Suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, a laissé entendre que le régime doit tirer parti de l’épidémie de coronavirus. Il a simplement suggéré d’utiliser cette tragédie pour sauver le régime du traquenard mortel dans lequel il se retrouve.

Après les soulèvements de mi-novembre qui ont vu mourir plus de 1500 jeunes insurgés non-armés, le régime a perdu ce qui restait de sa légitimité aux yeux de la communauté internationale. Rapidement, en moins de deux mois, la classe moyenne a rejoint les jeunes insurgés et a envahi les rues pour protester contre l’abattage de l’avion de ligne ukrainien, qui a sonné le glas du régime.

Abbas Akhundi, ancien membre du cabinet de Rohani, a déclaré que les événements de novembre, qui étaient les plus dévastateurs et mortels depuis deux décennies, étaient attendus depuis un long moment. L’ampleur et la méthode des protestations étaient au-delà de l’imagination de plusieurs observateurs sociaux et critiques.

Effondrement de la classe moyenne

Abbas Akhundi croit que « l’effondrement de la classe moyenne qui est devenue la plus basse et appauvrie classe est le résultat d’anomalies répandues dans la société. Un tel conséquent déplacement social vers la classe inférieure a engendré une confusion dans la société et toute évolution négative et sans précédent est attendue à tout moment avec une intensité explosive. »

Morteza Mobalegh, Conseiller adjoint à la Sécurité du ministre de l’Intérieur du gouvernement de Khatami, a déclaré : « La situation actuelle est si complexe que des problèmes sociaux et sécuritaires sont susceptibles de surgir non seulement dans la période d’après-Coronavirus, mais aussi dans la conjoncture actuelle » parce que, selon lui, le pays se trouve dans une situation critique. (Arman Newspaper, 12 avril, 2020).

Les soulèvements consécutifs depuis fin 2017 ont largement fait écho en un slogan « À bas le dictateur » et il est tout à fait clair que le Guide Suprême des mollahs a bien compris le message. Il est en train de lutter pour survivre entre les soulèvements des jeunes insurgés et le marteau des sanctions. Il voit l’épée de Damoclès qui plane au-dessus de sa tête et sent le vent du changement.

Tout ceci explique pourquoi il a succombé à une catastrophe majeure et sans précédent et s’est abstenu de signaler l’épidémie de coronavirus dans l’espoir d’encourager les gens à aller aux urnes pour les élections législatives, ce qui, selon les votants, devait aider à un regain de la légitimité perdue du régime. Par conséquent, ils ont dissimulé le début de l’épidémie de coronavirus qui est entrain de conduire à l’une des plus grandes tragédies dans l’histoire du pays.

Sécurité contre santé publique

Il y a deux options pour contrôler le Covid-19 en Iran. La première consiste à contrôler la maladie avec la quarantaine rigide, mais le régime sait que cela demanderait à compenser plus de 30 millions de pertes d’emploi au risque d’autres insurrections de la part de la horde de personnes désœuvrées et déshéritées. Il semble que Khamenei n’a pas l’intention de payer ce prix. S’il s’engageait à soutenir les foules dépourvues, il ne pourrait pas accumuler des fortunes astronomiques.

La deuxième option est l’immunité collective. Ceci veut dire que le régime restera apathique, laissant au moins 60 % de la population courir le risque de contracter le virus avec un million de morts possibles. Le gouvernement a déjà demandé aux travailleurs de retourner au travail sans aucune mesure préventive. Dans une lettre ouverte au Président Rouhani, la Société Iranienne de l’Immunologie et de l’Allergie a dénoncé le projet d’immunité collective déclarant qu’elle provoquerait la contamination des deux-tiers de la population, jusqu’à 60 millions de personnes, avec près de deux millions de décès.

Khamenei, évidemment préoccupé par la situation, veut donc exploiter la crise actuelle à son propre profit et faire d’une pierre deux coups : éviter la chute et se débarrasser des sanctions.

Le régime est en effet en train de prendre en otage la santé du pays à ses propres fins. Sous prétexte que les sanctions entravent les efforts visant à contrer le virus et que le personnel médical ne saurait être poursuivi en raison de ce que les exportations pétrolières sont presque nulles et que l’accès aux réserves dans les banques est bloqué, le régime a essayé d’organiser une campagne pour lever les sanctions. Selon le FMI et nombre d’officiers du régime, plusieurs institutions publiques contrôlées par Khamenei possèdent plusieurs milliards de dollars qui peuvent être utilisés au bénéfice du peuple iranien.

De l’autre côté, la maladie ayant causé un massacre à grande échelle des Iraniens – estimé à un million de victimes – Khamenei est en train de se préparer à fatiguer et à décourager les foules, pour ainsi ébranler le mécontentement populaire qui est entrain de menacer son avidité du pouvoir.

Le régime iranien survivra-t-il à la pandémie de coronavirus ?

Actuellement, 32 millions de personnes sur 85 millions en Iran sont dispensées d’activités économiques. En raison de l’importance croissante de la métropole de Téhéran et de la forte migration totalement incontrôlée vers la capitale du pays, les communautés défavorisées se sont disséminées dans le Grand Téhéran et la population marginalisée et socialement exclue s’est accrue, atteignant 11 millions de personnes dans cette zone.

Le système de production a été complètement détruit avec des classes inférieures subissant une pauvreté sans précédent. Actuellement, la crise liée au Covid-19 a contraint les marginalisés, les désœuvrés, les colporteurs, femmes chefs de famille, enfants ouvriers, et autres vulnérables couches de la société à choisir entre « la vie ou le pain ».

Les classes moyennes sont pendant longtemps devenues les classes inférieures et ont passé du temps à protester pour leurs droits. Les déshérités, migrants, socialement exclus, désœuvrés, salariés modestes, et les gens de la classe moyenne n’ont rien à perdre. La confiance du public s’est évaporée et tous les indicateurs démontrent qu’un changement considérable est sur le point d’avoir lieu en Iran.

De ce fait, le chef du Comité National de Confrontation Covid-19 en Iran est également chef des forces armées. Parallèlement, les forces de l’IRGC sont en état d’alerte pour la lutte contre l’épidémie. Le régime refuse aussi de relâcher les prisonniers en dépit de l’épidémie dans les prisons et continue de procéder à des exécutions pour contrôler et réprimer la population.

Il est difficile de croire que le soulèvement de novembre contre l’augmentation du prix était spontané. La hausse soudaine a été annoncée et appliquée dans la matinée du vendredi 15 novembre, mais les protestations populaires ont éclaté un jour et demi plus tard, samedi après-midi. Ceci rendit la question de l’organisation et du leadership plus probable. C’est clair qu’en pareille circonstance, lorsque le mécontentement public est organisé et a un leadership, le régime ne sera pas en mesure de survivre même s’il avait recours au massacre brutal généralisé.

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