Élections en Iran : Khamenei consolide son régime

Khamenei poster at Persepolis By: Nick Taylor - CC BY 2.0

Le fait d’avoir tué plus de 1500 personnes lors du soulèvement de la mi-novembre a complètement érodé la confiance entre le peuple et le pouvoir.

Par Hamid Enayat.

La disqualification de 90 députés iraniens actuels pour se représenter aux prochaines élections législatives du 22 février en Iran traduit les intentions de Khamenei de condenser et de consolider son régime afin qu’il puisse résister aux terribles crises qui le frappent.

Ces parlementaires disqualifiés appartenaient à d’autres groupes que le cercle restreint de Khamenei et n’ont pas été approuvés par le Conseil des gardiens de la Constitution, qui est entièrement et exclusivement sous le contrôle direct du Guide suprême. Cependant, Khamenei comprend mieux que quiconque les risques que ces vastes disqualifications peuvent entrainer pour lui.

Mais quel autre choix reste-t-il à la dictature religieuse iranienne ?

Actuellement, plus des deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté alors que le pays pourrait profiter de ses ressources aussi riches que diverses. Pendant ce temps, le chômage fait rage dans la jeunesse, surtout parmi les diplômés, qui veulent une vie décente dans le monde moderne. Néanmoins, le soulèvement de la mi-novembre a porté des coups décisifs au fascisme religieux en Iran, en raison de la présence dans les rues de bataillons de chômeurs et de déshérités.

Le budget de l’année prochaine annoncé par le gouvernement Rohani n’a pas de sens pratique. Suite aux sanctions américaines, les exportations de pétrole de l’Iran ont connu une baisse significative pour atteindre zéro. Néanmoins, le gouvernement Rohani a rédigé le projet de loi de finances du gouvernement de l’année prochaine sur la base de l’exportation d’un million de barils de pétrole par jour, ce qui est sans conteste impossible et irréalisable dans la pratique.

Le fait d’avoir tué plus de 1500 personnes lors du soulèvement de la mi-novembre a complètement érodé la confiance entre le peuple et le pouvoir. Le régime iranien est maintenant confronté à une crise de légitimité très profonde et n’a survécu que grâce à ses capacités de répression.
En outre, il est de plus en plus isolé, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Entretemps, les défections dans les rangs du régime, en particulier au sein du Corps des gardiens de la révolution (pasdarans), a contribué à cet isolement et, plus important encore, Khamenei a déjà reconnu ce fait.

Le radicalisme des soulèvements de la mi-novembre et du début du mois de janvier, à la suite de l’abattage de l’avion ukrainien, visait spécifiquement Khamenei. D’autre part, la mort de Qassem Soleimani a porté un coup irréparable au régime iranien et l’a inévitablement forcé à sacrifier une partie de lui-même pour sa survie. C’est comme devoir se couper le pied pour éviter que la gangrène ne ronge tout le corps. C’est dans de telles circonstances que le régime iranien sera inévitablement porté à rendre son pouvoir encore plus monolithique.

Le conflit entre les dirigeants du régime

Il est clair que l’adoption d’une telle politique lors des prochaines législatives créera de fortes tensions, jusqu’au sommet du régime. À cet égard, un quotidien officiel publiait le 20 janvier, sous le titre « Tentatives des chefs du régime de modifier l’avis du Conseil des gardiens », que « la disqualification et la mono fonctionnalisation des élections législatives sont devenues un champ de bataille entre les dirigeants du pays ».

Le président du régime iranien s’est exprimé lors d’un conseil des ministres le mercredi 22 janvier sur les importantes disqualifications de son entourage par le Conseil des Gardiens :

« L’objectif est d’obtenir une majorité décisive pour participer à l’élection. Les élections peuvent avoir lieu, comme dans certains pays, avec une participation de 15 % de la population. Mais cela ne nous satisfait pas. Nous n’avons jamais voulu d’élections avec un faible niveau de participation ».

Sans aucun doute, le destinataire du discours d’Hassan Rohani est Khamenei, et bien sûr, Khamenei comprend le sens de chacun de ses mots. En fait, Rohani l’a menacé de pressions sur le ministère de l’Intérieur : s’il disqualifie ses candidats du cercle intérieur, il ne coopérera pas à la création des faux chiffres habituels des résultats et ne laissera pas le nombre de voix être multiplié par un certain coefficient dans la « salle d’intégration ». C’est le mécanisme perpétuel du régime pour falsifier les élections, dans lequel le vote réel, souvent inférieur à 10 %, est soudain boosté à 70-75 %.

Situation dangereuse

Pour faire face aux crises à venir, Khamenei n’a pas d’autre choix que de prendre le risque auquel il est confronté actuellement. Cependant, les responsables du régime mettent en garde contre cette politique.

Par exemple, un soi-disant réformateur, Mousavi Laari, a mis en garde contre une « situation dangereuse » et a déclaré que

« dans la plupart des provinces, ils [le Conseil des gardiens] ont fait sortir des chiffres précieux de la course électorale et ont transformé l’espace électoral en un espace d’élimination. C’est une situation dangereuse pour l’Iran d’aujourd’hui et de demain ». (Journal Arman, 10 janvier)

Puis il met en garde contre une sorte de boycott non annoncé des élections par les disqualifiés :

« Les gens ont tendance à voter pour la personne qu’ils croient et soutiennent, sinon ils ne participeront pas et ne voteront pas »

Cauchemar ou réalité en embuscade

En conclusion, en raison des récents soulèvements qui incluent la classe moyenne de Téhéran, le renversement du régime n’est plus seulement un cauchemar, mais une réalité pour le Guide suprême. En attendant, certains analystes ont diagnostiqué un régime en fin de vie et le leader de l’opposition iranienne a déclaré cette année, « l’année du renversement ».  Khamenei, avec sa politique d’un pouvoir toujours plus monolithique cautionne ces analyses et ces spéculations.

 

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