Le système social français pèse sur la relance économique

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Dépenses sociales les plus généreuses du monde en France ! Un atout, ou un poids, pour relancer l’économie ?

Par Vladimir Vodarevski.

L’Allemagne, encore l’Allemagne, toujours l’Allemagne, pays cité en exemple encore et toujours. Sur les réseaux sociaux circulait un post vantant l’efficacité du plan de soutien allemand à l’économie. Ce post mettait en valeur la simplicité de la demande d’aide et la rapidité du versement d’argent promis. A contrario, un post tout différent circulait à propos de la France. Il dénonçait la prime aux allocataires du RSA !

Autoflagellation française ? Peut-être. La France a elle aussi pris des mesures de chômage partiel. Elle a, en temps ordinaire, la dépense publique la plus importante de l’OCDE, qui s’élevait à 56 % du PIB en 2018, contre 44,6 % pour l’Allemagne, et 37,8 % pour les USA. La France est surtout championne des dépenses sociales. Selon l’OCDE, les dépenses sociales atteignaient 31,2 % du PIB en France en 2018, contre 25,1 % pour l’Allemagne, 18,7 % pour les USA, et 17,3 % pour le Canada.

La France a donc un système social très généreux. Mais est-il efficace ? Ce que soulignent les posts des réseaux sociaux, c’est l’efficacité allemande, qui est capable de réagir vite en cas de crise, et d’offrir un soutien au moins équivalent à la France à son économie et à son peuple.

France, pays de la pauvreté ?

En France, le taux de pauvreté s’élève à 36,9 %, aux USA à 26,8 %, et en Allemagne à 32,7 % (chiffres OCDE 2017). Il s’agit du taux de pauvreté monétaire à 50 %, c’est-à-dire qu’en France 36,9 % de la population a un revenu inférieur à 50 % du revenu médian. Le revenu médian sépare la population en deux parties.

La moitié de la population gagne plus que le revenu médian, la moitié gagne moins. On remarque donc que les USA ont un taux de pauvreté nettement inférieur à la France et à l’Allemagne. La France étant en tête.

La France compense par les dépenses sociales. Ainsi, après redistribution, le taux de pauvreté en France tombe à  8,1 % en 2017, aux USA ce taux descend à 17,8 % après redistribution, et à 10,4 % en Allemagne. La France est donc à la fois un pays qui a un fort taux de pauvreté, largement supérieur à celui des USA, et celui qui compense le plus par la redistribution.

L’Allemagne, et surtout les USA, ont un taux de pauvreté inférieur, et compensent moins.

La question se pose donc de l’efficacité de la politique française. Ne faudrait-il pas s’interroger sur les causes de la pauvreté, quand on voit la différence entre les États-Unis et la France, et s’inspirer des USA ? Bien sûr, après redistribution, le taux de pauvreté en France est inférieur à celui des USA. Mais, d’un point de vue humaniste, est-il préférable de vivre dans un pays où on peut gagner sa vie, comme aux USA, ou dans un pays où on doit compter sur l’assistanat, comme la France ?

Par ailleurs, on remarque que la France et l’Allemagne, un pays socialiste et un pays social-démocrate, ont des taux de pauvreté plus importants qu’un pays plus libre, les USA. On peut donc légitimement s’interroger sur l’État-providence. Est-il un moyen de sortir un pays de la pauvreté, ou ne l’enfonce-t-il pas dans la pauvreté ? La réponse est complexe.

De plus, la redistribution consiste à prendre aux uns pour donner aux autres. C’est-à-dire que l’on prend à la classe moyenne pour donner aux autres. Car c’est au sein de la classe moyenne, par son importance, que sont concentrés les revenus. Les 1 % les plus riches, même selon les calculs les plus larges de Piketty, sont incapables de financer 56 % de PIB de dépenses publiques (ou plutôt 53 % en comptant un emprunt annuel de 3 % du PIB environ, mais qui doit être remboursé). Or, la France vit un mouvement de la classe moyenne, les Gilets jaunes, qui a commencé par une révolte contre une taxe carbone.

À quel point les prélèvements deviennent-ils insupportables, et plombent-ils l’économie ?

Régulation contre réglementation

Le social en France, ce sont aussi des réglementations qui se disent protectrices. Par exemple, la législation et les réglementations sur le travail protègent le salarié contre le licenciement. Cependant, le chômage en France, ainsi que le sous-emploi, sont largement supérieurs à ce qu’il est dans des pays comme la Suisse, ou le Royaume-Uni par exemple, réputés moins réglementés. En Allemagne, la réglementation peut être complexe, mais elle s’adapte davantage aux entreprises qu’en France.

Par conséquent, une réglementation fournie n’est pas forcément protectrice socialement. Elle peut avoir l’effet inverse. La protection de l’emploi, c’est d’abord qu’il y ait de l’emploi.

La réglementation apparaît également dense dans les services sociaux, dont la santé. C’est ce qu’ont mis en valeur différents articles de l’IREF Europe. Par exemple, l’Iref souligne que : « Selon les chiffres de l’OCDE, 35,22 % des emplois hospitaliers en France ne sont pas médicaux ou paramédicaux, contre 24,3 % en Allemagne, une différence de 9 points. »

Dans un autre article, un ancien président de centre hospitalier témoigne de l’alourdissement des structures administratives en 40 ans.

Enfin, l’IREF fait une comparaison avec l’Allemagne, encore elle, en soulignant que dans ce pays, plus de 90 % des directeurs d’hôpitaux sont des managers, ce qui permet une plus grande adaptabilité et une plus grande réactivité. La Fondation IFRAP souligne également la complexité administrative du système de soins français par rapport au système allemand qui laisse plus de place à l’initiative dans la gestion, dans sa publication Société Civile d’avril 2015.

En France, on préfère réglementer, cherchant à prévoir toute situation, à encadrer au maximum, travailleurs, entreprises, services sociaux. En Allemagne, dans les hôpitaux, dans le monde du travail, dans l’économie, il y a davantage de liberté. Au final, qu’est-ce qu’un pays bien régulé ? Un pays qui réglemente, ou un pays qui laisse de la liberté, pour permettre l’adaptation des structures économiques et sociales ?

La réglementation n’est pas la régulation. L’efficacité sociale ne repose pas forcément sur la réglementation.

Malgré cette pléthore de réglementations administratives dans les hôpitaux, soulignons l’initiative personnelle du personnel soignant face aux malades. Dans une vidéo, le professeur Eric Raoult ( vers 18:00) met en avant comment les réanimateurs, en communiquant entre eux, ont pris des initiatives dans la prise en charge des malades. Face au patient, le serment d’Hippocrate s’impose.

L’économie, c’est du social

Des affirmations ont circulé dans divers articles. Il a été dit que l’Allemagne consacrait plus d’argent à la santé que la France. D’autres ont souligné que les dépenses de santé en pourcentage du PIB étaient identiques dans les deux pays, à 11,2 % du PIB (Chiffre 2018, OCDE, Panorama de la santé, 2019).

Les deux affirmations sont vraies. Les dépenses publiques en proportion du PIB sont identiques dans les deux pays. Mais l’Allemagne a un PIB par tête supérieur à la France, donc, une proportion identique signifie des dépenses supérieures par habitant.

Ce qui amène à une conclusion souvent oubliée en France : l’économie, c’est du social. Il faut d’abord penser à créer une économie forte. C’est l’économie de marché qui a permis l’émergence de la classe moyenne, et un progrès social sans précédent. C’est l’économie de marché qui permet de financer le social. Si le financement social devient trop lourd, si la réglementation sociale devient trop lourde, c’est la poule aux œufs d’or qui est tuée. À petit feu.

La première politique sociale, la plus importante, c’est de laisser l’économie de marché se développer, de l’entraver le moins possible. On le voit aussi aux USA avec un taux de pauvreté inférieur aux taux français et allemand avant redistribution, ainsi qu’avec un niveau de vie supérieur.

La relance

Ainsi, pour relancer l’économie, il faudra s’interroger sur notre système social, sur la redistribution, et sur la réglementation. Sans tabou, car plus de dépenses, et plus de réglementation, cela ne semble socialement pas pertinent si on regarde les faits. De même qu’il faudra s’interroger sur la gestion de nos systèmes sociaux.

La législation sociale, de même que la réglementation des organismes sociaux, peuvent être contre-productives, d’autant plus si elles plombent l’économie. Car, il ne faut surtout pas oublier que l’efficacité économique est la première des protections sociales.

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