Les démocraties vacillantes d’Europe

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Michel Foucault, painted portrait DDC_7448.jpg By: thierry ehrmann - CC BY 2.0

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Les démocraties vacillantes d’Europe

Publié le 2 mai 2020
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Par Thierry Godefridi.

La « gouvernementalité » est un concept créé par le philosophe français Michel Foucault. Elle désigne le mode d’exercice du pouvoir qui se retrouve, notamment, dans les institutions d’un État, son gouvernement et son administration. Elle se traduit par une forme de contrôle sur la population et sur la manière dont la société est organisée et fonctionne.

Sans vouloir reproduire ici les statistiques macabres que les médias répètent jusqu’à la nausée depuis plusieurs semaines, ne convient-il pas de tracer un parallèle entre, d’une part, le fait que (selon les statistiques de la faculté de médecine de l’Université Johns Hopkins et si l’on excepte les micro-États) la Belgique, l’Espagne, l’Italie et la France occupent les quatre premiers rangs des taux de mortalité du Covid-19 par le nombre d’habitants et, d’autre part, la déliquescence de leurs institutions, un défaut de « gouvernementalité » ?

En témoignent, pour l’Italie, ses 70 gouvernements d’une durée moyenne de moins d’un an depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et ses 134,8 % de dette publique par rapport au PIB (2018). Et, en ces temps de déconfinement monétaire et fiscal, le nouveau budget que le gouvernement italien a annoncé vendredi prévoit que le déficit budgétaire s’élèvera à 10,4 % et la dette publique à 155,7 % en 2020.

En attestent, en Espagne, les élections législatives à répétition (en avril et en novembre 2019) – à la suite de l’incapacité du congrès à former un nouveau gouvernement –, l’émergence des mouvements de centre droit social-libéral (Ciudadanos), d’extrême gauche, populiste, eurosceptique et anticapitaliste (Podemos), d’extrême droite ou classés comme tel (Vox, 3 656 979 voix, soit 15,1 %, le troisième parti espagnol derrière le parti socialiste avec 28 % des voix et le parti populaire avec 20,8 % des voix), ainsi que la question de l’indépendantisme catalan.

Crise de gouvernementalité

Si l’on doute de ce que la France souffre d’une crise de « gouvernementalité », il suffit pour s’en convaincre de constater le fossé qui sépare la classe dirigeante et les laissés-pour-compte de la classe rurale (que l’on se réfère, notamment, à l’essai de Fabien Bouglé sur l’implantation des Éoliennes, la face noire de la transition écologique), sans parler des insurrections dans les banlieues. Pas assez d’État ? Les dépenses publiques représentent pourtant 57 % du PIB de la France, plus que dans tout autre État de l’Union européenne !

En Belgique, si l’on ne bat pas encore le record de gouvernements de l’Italie, l’on atteindra bientôt cependant la cinquantaine de gouvernements depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis le 18 décembre 2018 (2018 !), le gouvernement fédéral ne dispose plus d’une majorité au Parlement.

Cela a été à la limite constitutionnel, franchement cahin-caha, décidément à hue et à dia. Même en ces temps de Covid-19, le personnel politique a été incapable de former un gouvernement stable, les partis se jetant des exclusives les uns aux autres. La Belgique reste un assemblage institutionnel de bric et de broc dans lequel la politique ne nourrit que les politiciens.

Des économies modérément libres

Il y a un autre parallèle à tracer. Les quatre pays en question échouent dans l’Indice de la liberté économique établi par la Heritage Foundation parmi les économies « modérément libres » : Belgique (48e), Espagne (58e), France (64e), Italie (74e), avec des scores entre 60 et 69,9 sur 100. Le classement général est emmené par Singapour avec un score de 89,4. Seuls deux pays européens sont repris parmi les six économies libres, la Suisse avec 82,0 et l’Irlande avec 80,9. Dix-huit autres pays d’Europe figurent parmi les économies mostly free – les économies essentiellement libres avec des scores variant de 70 à 79,9.

L’un des premiers réflexes du gouvernement fédéral belge minoritaire en place face à la pandémie a été de mettre le secteur privé hors jeu et le chef du gouvernement wallon a proposé d’en finir avec le « capitalisme sauvage ». Le capitalisme, fût-il sauvage, est-il responsable de l’imprévoyance de l’État et le remède à cette imprévoyance est-il encore plus d’État ?

Le président de la République française pense la même chose et à n’en pas douter il en va de même pour les gauches espagnole et italienne au pouvoir. Cherchez l’erreur.

« Gouvernementalité », démocratie et capitalisme sont des sujets abordés dans On vous trompe énormément : L’écologie politique est une mystification. Ce nouvel essai est disponible en version papier ou en version kindle sur Amazon.

Voir les commentaires (21)

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  • claude henry de chasne
    2 mai 2020 at 6 h 14 min

    j’écrivais ceci a propos du Mexique , mais ça a sa place ici aussi

    « la democratie a un coût ! le populisme!
    Le premier d’entre eux consiste a se faire élire par la masse populaire avec des promesses d’aider les plus faibles grâce a l’impôt, numériquement c’est imparable meme César a employé la methode,par les services publics!
    Ce qui conduit assez rapidement a mettre en péril les petites entreprises et conduit peu a peu vers une politique de la demande par la subvention d’état,Le corollaire étant l’augmentation du chomage et l’aggravation de la dette et de la balance des payements,,
    La subvention aux plus faibles augmente géométriquement par les effets induits décrits précédemment,et la boucle est bouclée,
    A partir de là , quels que soient les organisations élues , elle ne peuvent plus faire marche arrière , et c’est la fuite en avant , jusqu’au totalitarisme induit par la social democratie!
    En tout cas, a ce titre la France ,peut servir d’exemple, car apres la crise sanitaire qui effraie
    les populations , la crise économique énorme qui va suivre va certainement balayer le monde politique et créer les conditions propices pour un pouvoir totalitaire, je pense que nous ne feront pas l’économie d’une revolution

    • César a ramené le nombre de récipiendaires de l’annone, porté à un niveau excessif par le populiste Clodius, à 150.000 et refusé la suppression pure et simple des dettes! Alors non il n’a pas employé cette méthode! Il a seulement supprimé les contraintes par corps et les injustices de l’oligarchie !

  • Jean-François Molderez
    2 mai 2020 at 7 h 43 min

    « Cela a été à la limite constitutionnel, franchement cahin-caha  » : la constitution belge, il n’y a que le tram qui ne lui soit pas passé dessus.

    • Vous avez raison! cette constitution a été plus modifée que l’horaire du train omnibus entre Hasselt et Louvain. Elle est en effet en révision permanente depuis quarante ans!
      C’est devenu un « Broll » comme on dit là-bas.

  • Cela faisait longtemps qu’une crise était annoncée sans savoir d’où cela viendrait ,probablement économique mais quand?,or c’est une crise sanitaire qui fait voler en éclat notre meilleur système que le monde entier nous envie ,qui met en lumière de façon flagrante l’inefficacité de notre système hyper administré et bureaucratique à outrance.
    La préparation du déconfinement, avec cette carte départementale toujours emprunte d’un confinement généralisé n’augure rien de bon,pour un virus qui ne connaissait pas les frontières il connaît les frontières départementales.
    Cette crise pourrait être l’occasion de changer en profondeur notre fonctionnement ,je crains plutôt qu’elle ne le renforce dans ce qu’il a de plus absurde tant on voit poindre une certaine autosatisfaction de sa gestion.
    Selon l’antienne qu’il faut toujours plus d’Etat ,on est mal barré.

    • Si changement il y a, ils ne s’opèrent pas du jour au lendemain. Si déjà on amorçait un début de changement, on pourrait se féliciter.

      • claude henry de chasne
        2 mai 2020 at 11 h 13 min

        c’est l’enroulement Economique qui va déclencher un mouvement social énorme

        • A condition que rien ne bouge et que la situation s’aggrave et perdure.. c’est à dire que la capacité de résilience soit épuisée mais quelle est-elle ?

  • Esprit critique
    2 mai 2020 at 10 h 31 min

    Le populisme est un des fondamentaux, une des bases de la démocratie, avec la culture et l’instruction, au sein d’une nation ou règne les libertés. Elle nécessite aussi (La démocratie), des compétences abritées des corruptions.
    L’info est manipulée et pourrie, pour Macron la culture français e n’existe pas, En cette période qui met en avant l’intérêt vital de la Médecine Clinique, Le Populisme, qui est le symptôme de la volonté du peuple de retrouver son droit a la parole, est plus que jamais nécessaire au rétablissement de la démocratie.
    Mais pas seulement, les incapables parasites, dont le « Salomon », représente parmi des milliers d’autres un représentant emblématique doivent être dégagés brutalement.

  • Le Rouméliote
    2 mai 2020 at 11 h 27 min

    Certes, sauf que la démocratie n’existe plus du tout depuis l’Acte Unique de 1987, ratifié en 1992 par le traité de Maastricht. Elle a été définitivement enterrée avec la création de l’€ et on a eu la preuve en 2008 avec le traité de Lisbonne qui s’assoit sur le non de 2005. Et de LOLF en PNR, en passant par la RGPP et les GOPÉ, nos dirigeants élus ne sont que les petits télégraphistes des bureaucrates bruxellois en lien directs avec tous les bureaucrates nationaux par dessus la tête des élus du peuple qui ne sont là que pour faire croire que les peuples ont validé leurs oukases.

  • Aussi inquiétants sont les empiètements constants aux plus élémentaires droits constitutionnels (et droits de l’homme d’ailleurs) sous prétexte d’ urgence sanitaire, un Etat D’urgence qui ne figure absolument pas dans la Consitution. Extrapolons: si on peut déclarer l’Etat d’Urgence pour faire afce à une épidémie très peu létale (0,5%) et empièter très gravement et jusqu’à quand? sur le droit de circulation, de réunion, de vote (à quand la suite des élections?); de secret médical (aujourd’hui); de traçage de la vie privée (avec une application à la Xi JinPing), d’information libre même (Mme Ndaye a présenté hier les deux journaux « officiels » de la Vraie Vérité Macronienne! Libération et Le Monde)… pourquoi n’en sera-t-il pas de même en proclamant avec Greta Thunberg et Nicolas Hulot « L’Etat d’Urgence Ecologique » en prenant les mêmes mesures liberticides jusqu’à la Saint GlinGlin?

  • Les belles promesses des populistes rende les idiots encore plus cons qu’ils ne le sont habituellemnt..

  • Relire Vladimir Boukovsky sur L’Europe !

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