En dépit des apparences, nous ne vivons pas dans une simulation

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Retour sur les élucubrations dont nous ont gratifié nos responsables politiques en ce début d’année complètement déjanté.

Par Nicolas Perrin. 

Après le confinement, la Fed qui annonce un quantitative easing « illimité », j’en passe et des pires, cette fois c’est sûr : 2020 sera une dinguerie totale jusqu’au 31 décembre. Retour sur les élucubrations dont nous ont gratifié nos responsables politiques en ce début d’année complètement déjanté.

Santé : vous reprendrez bien un p’tit coup de désinfectant ?

Commençons Outre-Atlantique avec une splendide divagation du POTUS. Le 23 avril, lors de sa conférence de presse sur l’épidémie, Donald Trump a une nouvelle fois montré que l’important en période de crise, c’est d’aller de l’avant.

« Je vois que le désinfectant l’élimine [le virus] en une minute. Une minute ! Et y a-t-il un moyen de faire quelque chose, par une injection à l’intérieur ou presque, un nettoyage ? Parce que vous voyez que [le virus] pénètre dans les poumons et qu’il y fait un énorme effet, il serait donc intéressant de vérifier cela. Il faudra faire appel à des médecins, mais cela me semble intéressant », a-t-il  déclaré sous le regard d’une Deborah Birx (coordinatrice pour le groupe de travail sur le coronavirus de la Maison Blanche) dépitée.

Évidemment, les commentateurs s’en sont donnés à cœur joie. On retiendra en particulier cet hilarant détournement de l’humoriste Sarah Cooper.

Devant le tollé général, Donald Trump a assuré deux jours plus tard qu’il s’agissait ni plus ni moins que d’une suggestion « sarcastique », avant de finir par prendre la mouche.

Vous aussi, vous avez du mal à faire confiance au Donald, sur ce coup-là ? Je ne sais pas vous mais mon hypothèse, ce serait plutôt que le POTUS s’est vexé lorsqu’il s’est rendu compte qu’il avait été devancé de près d’un mois par notre spécialiste nationale ès sarcasmes, j’ai bien sûr nommé la journaliste de Contexte, Diane de Fortanier.

Les médias ont fait tout un drame de cette histoire : mais est-ce bien pour les États-Unis qu’il faut s’inquiéter lorsque l’on voit comment se comporte notre propre personnel politique ?

En France aussi, on a des politiciens blagueurs !

Quand on y réfléchit, suggérer des recherches sur le nettoyage des poumons au désinfectant, c’est certes assez loufoque, mais c’est tout de même moins dangereux que cette déclaration de Jérôme Salomon.

Le directeur général de la Santé expliquait en effet le 18 mars que les masques étaient une denrée rare « et totalement inutile pour toute personne dans la rue », et que « pour les personnes qui circulent non-contaminées il n’y a pas de sens à porter ce masque lors des déplacements autorisés ».

Et notre croque-mort en chef de lui aussi faire machine arrière toutes… enfin un mois plus tard.

Pas d’évocation de « sarcasme » en l’occurrence mais un déni en bloc, dans la plus pure tradition de nos politiciens nationaux.

Mais assez parlé santé.

Économie : les déficits et les dettes publiques explosent, mais la situation reste sous contrôle (si, si)

Cela ne vous aura pas échappé, la dette mondiale continue de grimper. Au 31 décembre 2019, nous en étions à 322 % du PIB mondial contre 282 % en 2007, selon les chiffres de l’IIF. Depuis la dernière crise, c’est avant tout aux États que l’on doit grand bond en avant sur la falaise de la dette.

Outre-Atlantique, on est à 113 % du PIB, et le pays devrait bientôt dépasser la barre des 120 % d’endettement public qui avait été atteinte pendant la Seconde Guerre mondiale.

J’en profite pour rappeler une autre plaisanterie trumpienne qui date quant à elle de 2016.

Officiellement tout va bien cependant puisque la Fed, et à peu près toutes les banques centrales du monde, viennent de passer en mode all in.

Pour ce qui est de l’Europe, on continue également d’annoncer de nouveaux records à la différence notable que, sur le vieux continent, on fait dans la dentelle, s’il vous plaît.

C’est ainsi que le gouvernement italien vient de rendre publique la prévision budgétaire très ciselée que voilà :

Nous sommes donc en train de basculer dans l’ère des déficits budgétaires à deux chiffres et des dettes publiques à trois chiffres, mais nos gouvernements continuent de mettre des virgules à leurs prévisions.

Il faut croire qu’une partie de la population doit pouvoir être convaincue que les autorités publiques maîtrisent encore la situation…

Médias : toujours garder à l’esprit qu’eux aussi vous prennent pour des c***

Après les taux négatifs et le pétrole négatif, vous pensiez avoir tout vu ? Vous commenciez à trouver l’actualité insipide et vous n’aviez qu’une envie : tomber à nouveau de votre chaise grâce à une nouvelle encore plus hallucinante ?

BFMTV a relevé le défi le 23 avril.

À en croire le community manager de la chaîne d’information, le gouvernement va donc continuer de distribuer l’argent du contribuable à tout-va en ciblant cette fois-ci ceux qui s’adonnent aux joies de l’évasion fiscale tout en restant à l’intérieur du territoire national, ce qui n’a pas manqué de déclencher quelques picotements anaux chez les plus fiscalisés d’entre nous.

Et pourtant, en regardant la vidéo, on s’aperçoit que le présentateur évoque « le déblocage de 39 millions d’euros supplémentaires pour l’aide alimentaire aux plus modestes » et que c’est le journaliste qui choisit de profiter de ce sujet pour aborder le travail au noir. À aucun moment il n’est fait référence à quelque source officielle que ce soit qui instaurerait une subvention de 39 millions d’euros spécifiquement dédiée aux travailleurs au noir, même si certains fraudeurs vont inévitablement profiter de cette mesure. Ce n’est pas la même chose, et ça mérite d’être précisé.

BFMTV a donc joué la carte du buzz en titrant en mode Gorafi, ce qui est indigne d’un tel média.

Bref, la gestion de nos institutions et son traitement par les médias traditionnels est un sketch permanent, et la situation ne s’est pas arrangée en 2020.

Malheureusement, nous ne sommes pas dans une simulation.

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