L’argent tombe du ciel mais il n’y en aura jamais assez

Taxations et subventions sont les deux mamelles nourricières de nos politiciens. Lorsque les subventions excèdent la taxation, la dette se creuse et la pression fiscale augmentera.

Par Simone Wapler.

Le 15 avril, le gouvernement a annoncé la distribution de primes auprès des personnels soignants des hôpitaux publics, des fonctionnaires de police, des enseignants qui gardent les enfants du personnel soignant, des surveillants pénitentiaires et des douaniers (soit 400 000 agents de la fonction publique d’État) et enfin des ménages recevant déjà le RSA, l’ASS ou l’APL.

Le premier centime d’euro de toutes ces largesses n’existe pas, mais nous y sommes habitués. La nouveauté est que simultanément les recettes fiscales s’effondrent puisque l’économie est à l’arrêt comme l’a décidé la majorité « En marche » !

Jusqu’à présent, plus un gouvernement taxait la classe moyenne laborieuse, plus cette même classe moyenne laborieuse travaillait pour compenser. Même à pression fiscale égale, ayant compris que la dette allait à terme se transformer en impôts, les personnes raisonnables augmentaient leur épargne en souscrivant le plus souvent à la dette d’État (au travers des fonds en euros de l’assurance vie).

Mais lorsque l’économie s’arrête, lorsque les fourmis sont assignées à résidence, les recettes fiscales calent alors que les dépenses publiques accélèrent. Donc, la dette grossit.

Vous avez peut-être été intrigué vous aussi par cette récente déclaration de Bruno Le Maire : « ce ne sont pas les impôts qui doivent financer l’augmentation de la dette ».

J’ai retourné cette phrase dans tous les sens et elle n’a aucun sens.

La dette n’est en réalité qu’un stock d’impôts qui n’a pas été levé. La dette est le résultat de l’empilage consciencieux, année après année, des déficits budgétaires. Généralement, la façon élégante de se sortir de la dette consistait à la dissoudre dans l’inflation au grand dam des fourmis, de tous ceux qui vivent de revenus fixes et n’ont pas le pouvoir de les augmenter en ajustant le prix de ce qu’ils vendent.

« Contre la crise nous avons choisi la dette, le seul choix responsable », se défend Bruno Le Maire. « Ce que nous faisons, c’est du financement par la dette, c’est un choix responsable et nécessaire qui va éviter une catastrophe sociale et économique à la France mais ça ne peut être qu’un choix provisoire […] nous devons dès que possible et dès que l’économie va redémarrer, réduire cette dette ».

Ignorant et irresponsable

Bruno Le Maire étale à chaque fois qu’il parle son ignorance économique crasse. De surcroît les grands chiffres de ses dossiers, notamment le dossier à 2415 milliards d’euros de la dette publique, lui échappent totalement. Notez bien que le même personnage, alors qu’il était ministre de l’Agriculture, ne savait pas combien de mètres carrés comptait un hectare et s’excusait de « ne jamais avoir été doué en maths »…

Évolution de la dette publique française

« Nous devons dès que possible et dès que l’économie va redémarre réduire cette dette », rêve Bruno Le Maire. Il oublie simplement que, même lorsque l’économie fonctionnait normalement, la dette ne cessait de se creuser et ce sans discontinuer depuis 1974 (date du dernier budget en équilibre de la France). Quel est son plan pour renverser la vapeur ?

Loin de vouloir réduire les dépenses publiques, ce qui serait le seul moyen de réduire le déficit et de commencer à stabiliser la dette, Bruno Le Maire joue un jeu très dangereux : faire croire à l’argent gratuit et le distribuer abondamment.

La première distribution de subventions a été aux entrepreneurs du secteur privé. Pas seulement aux petites entreprises dont la trésorerie est asséchée. Ainsi, Fnac-Darty reçoit un prêt de 500 millions d’euros garanti par l’État dans un magnifique exercice de capitalisme de connivence.

La deuxième distribution, plus clientéliste, se concentre sur les agents de l’État.

À force de faire croire que l’argent tombe du ciel, Bruno Le Maire devra en trouver encore beaucoup lorsque d’autres catégories qu’il faudra satisfaire également réclameront leur « dû ». Les Gilets jaunes pourraient se réveiller qui n’ont eu que 10 milliards d’euros.

Plutôt que de s’emmêler dans les concepts de dette, d’impôts, d’épargne, d’investissement qu’il ne maîtrise pas, Bruno Le Maire devrait recourir à une solution plus simple : renoncer à sa pompe taxation-subvention qui ne fait qu’engraisser une administration déjà obèse.

Comme je suis d’un naturel optimiste et qu’aucune cause ne me semble perdue, voici un schéma pour éclairer Bruno Le Maire.

Concernant spécifiquement les entreprises, voici un autre schéma simple à comprendre (même s’il comporte trois chiffres de deux natures différentes : des sous et une quantité).

Moins de taxations, moins de subventions : voilà qui soulagerait vraiment tout le monde. Beaucoup d’entrepreneurs échangeraient volontiers leur « prime » de 1500 euros contre moins de tracasseries et moins d’impôts de production. Beaucoup de travailleurs très sollicités préféreraient tout simplement une défiscalisation de leurs heures supplémentaires, y compris l’ensemble des charges sociales pesant sur celles-ci.

 

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