Sauver les entreprises !

Fermé by Sylvain Naudin(CC BY-SA 2.0)

Opinion : choc à la fois de l’offre et de la demande, la crise du COVID-19 va mettre à terre un nombre incalculable d’entreprises dont la trésorerie ne permet pas la survie pendant la durée indéterminée du confinement. Que faire ?

Par Francis Pérani.

Laissez faire, laissez passer ?

Le virus est arrivé, on a commencé par le laisser faire et le laisser passer, on a vu ce que cette approche provoquait chez notre voisin italien, on a décidé de confiner la population et il s’en est suivi des fermetures de chantiers de construction, magasins, restaurants, usines.

Le virus d’un individu peut se transmettre à un autre individu. Ce virus est donc une intrusion invisible des uns chez les autres, qui peut se révéler mortelle pour une quantité non négligeable de personnes.

Peut-on se contrôler suffisamment pour ne pas contaminer les autres ? Avec la distanciation sociale, le lavage de mains fréquents, les masques quand on en trouve, le confinement choisi, pourquoi pas. Mais la pratique a montré que cela ne fonctionnait pas dans de nombreux pays dont la France.

Dans ce cas, difficile de faire autrement que de recourir à la force de l’État pour imposer des mesures de confinement qui peuvent sauver des vies mais aussi tuer des entreprises.

Vers le capitalisme d’État

Pour éviter l’hécatombe des entreprises directement touchées par les restrictions mais aussi celles qui étaient déjà fragilisées avant la crise par une trésorerie et des fonds propres trop faibles, notre État se sent obligé d’intervenir pour gérer au moins en partie les conséquences du confinement.

C’est ainsi qu’il veut financer le chômage partiel, relancer les prêts publics aux entreprises, décaler les cotisations et impôts, et aussi permettre aux entreprises en détresse financière de décaler de trois mois après la fin de la crise sanitaire leur déclaration de cessation de paiement au lieu de 45 jours.

Certains secteurs comme le transport aérien ne pouvant survivre à un tel choc de demande seront probablement nationalisés, surtout si les entreprises en question représentent un enjeu stratégique comme Air France ou Airbus.

L’État et la BCE ont permis aux banques de ne pas se remettre profondément en question suite à la crise financière de 2008, de sorte qu’on peut considérer que le marché boursier est fortement dépendant des banques centrales plutôt que des performances réelles des entreprises.

À l’occasion de cette crise, nous voyons poindre le retour de la planche à billets et de l’interventionnisme d’État sans limite (adieu la limite à 3 % du PIB du déficit public). Politiques monétaire et budgétaire sont mises à contribution pour lisser les impacts économiques de la crise en permettant à l’offre et à la demande de ne pas s’effondrer dans une dépression digne des années 1930.

Le capitalisme pouvait-il se sauver tout seul ?

Difficile question tant les réponses à la crise du Covid-19 appellent partout sur la planète un sauvetage des États et des banques centrales comme si le capitalisme de marché ne pouvait surmonter seul une telle crise.

Prenons malgré tout deux exemples pour aller au bout de la question.

André s’est placé en redressement judiciaire récemment après avoir perdu 4 millions en 15 jours de fermeture de ses 150 points de vente. Mais notons que la BPI (banque publique d’investissements) avait refusé avant la crise de lui prêter 12 millions et que son actionnaire qui avait injecté 13 millions pour le renouveau de la marque n’a pas vraiment réussi son pari.
Cette entreprise mérite-t-elle un sauvetage d’État refusé avant la crise sanitaire ? Probablement pas puisque sa faillite est davantage liée à son incapacité à se transformer et aux concurrents internet qu’au virus lui-même qui n’aura fait qu’accélérer une faillite inéluctable.

Le Cirque du Soleil est une entreprise de spectacle mondialisée et un fleuron québécois ayant bâti sa croissance sur sa créativité et son savoir-faire en matière de spectacles. La quasi-totalité des employés a été mise au chômage suite à l’annulation de tous ses spectacles. L’entreprise est au bord de la faillite et a besoin d’injection de fonds public pour s’en sortir.
Cette entreprise dynamique et saine avant la crise mérite-t-elle un sauvetage d’État ? Probablement pas non plus car son actionnaire privé fortuné peut assumer les responsabilités de ses parts majoritaires ou alors faire faillite et laisser un autre entrepreneur reprendre le flambeau de ce qu’il n’aura pas voulu ou pu sauver.

Avec le recul, on constate que beaucoup d’entreprises ne sont pas suffisamment solides financièrement pour résister à cette crise, en partie à cause du poids des charges et des impôts et aussi de leur manque de fonds propres pour se transformer et rester compétitives.

Le capitalisme (sans capitaux ?) affaibli par l’État a donc besoin de l’État pour lui redonner de l’oxygène financier en de telles circonstances. C’est la direction prise par le ministère de l’Économie qui se dit prêt à garantir 300 milliards d’euros sur les emprunts bancaires des entreprises.

Si l’État n’intervenait pas, il n’aurait pas besoin de prendre ce risque de garantie et les entreprises n’auraient pas nécessairement besoin de s’endetter. Elles auraient pu faire faillite, ce qui signifie aussi apurer leur passif pour repartir avec un bilan plus solide et moins chargé de dettes. Le dépôt de bilan n’est pas toujours une mauvaise chose. Il est la réponse de marché à une crise de trésorerie et peut même favoriser un redémarrage sur des bases plus saines.

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