Brevet, bac : relancer le système… à l’identique ?

Homework by John Benson(CC BY 2.0) — John Benson, CC-BY

Le ministre de l’Éducation nationale sur les conséquences du confinement dû au covid-19 ou comment relancer le système à l’identique ?

Par Nelly Guet.

Contrôle continu

Première grande annonce : le brevet et le baccalauréat ne donneront pas lieu à des épreuves reportées ultérieurement mais ils seront obtenus en fonction des résultats  du contrôle continu – des moyennes trimestrielles, donc – sur les trois trimestres de l’année scolaire 2019/2020.

Seule exception : les épreuves orales de français, en classe de première, se dérouleront au début du mois de juillet.

La fin de l’année scolaire est maintenue

Deuxième grande annonce : la reprise des cours au 4 mai n’est qu’une hypothèse car l’on ignore à ce jour si  l’épidémie sera enrayée ou s’il faudra prévoir des semaines supplémentaires de  confinement.

D’ores et déjà, la fin d’année scolaire est annoncée au 4 juillet avec obligation d’assiduité jusqu’à cette date, sous peine de ne pas obtenir les diplômes tant convoités.

Pour les connaisseurs du fonctionnement interne des établissements scolaires, il est permis de douter de l’efficacité d’une telle menace… sans même imaginer une  période de canicule semblable à celle de 2019 avec des températures avoisinant 45°C dans certains départements.

Les résultats obtenus pendant le confinement ne seront pas pris en compte

La troisième annonce est de la plus grande importance. Dans un souci de justice sociale et afin de ne léser aucun élève, les résultats obtenus pendant la période de  confinement ne seront pas pris en compte. La messe est dite.

Au lieu de s’emparer des conséquences bénéfiques de ce confinement sur les  pratiques pédagogiques découvertes par élèves, professeurs, et même parents, on les déclare non évaluables, car ne respectant pas le principe d’égalité de traitement de tous les élèves.

C’est ignorer le principe très vivace qui perdure dans l’esprit de tous : seules les  activités -cours, exercices, travaux pratiques, ateliers… – donnant lieu à une  évaluation deviennent crédibles. Tout ce qui n’est pas évalué perd immédiatement de sa valeur.

Uniformité du système éducatif

Il eût été possible d’apporter à chacun, là où il se trouve, une aide personnalisée. Encore faudrait-il renoncer à vanter les mérites d’une organisation homogène en cette période de confinement (plus homogène que nos voisins, nous dit-on !) – et avoir opté dans le système éducatif français pour une évaluation des compétences, répertoriées dès 2005, dans ce qui fut nommé un « socle » et émanait en fait de recommandations européennes, vite rognées puis ignorées.

Car il ne s’agit pas d’évaluer des tâches disparates définies au gré de l’interprétation des programmes par des professeurs jouissant d’une certaine liberté pédagogique, mais bien plutôt de se fier à un référentiel permettant l’acquisition de compétences à des rythmes variés.

Ce confinement représente pourtant une opportunité inespérée pour passer de la notion de programmes dictés par l’inspection générale à celle de projets  pluridisciplinaires faisant même au besoin intervenir des partenaires extérieurs.

Nulle nécessité de respecter le calendrier des vacances scolaires ! Tout bon professeur ayant mérité une pause est capable de définir, en concertation avec chaque élève, un plan de travail pour les deux semaines de vacances à la maison. À croire que l’on estime, en haut lieu, que les élèves ne peuvent travailler que si les professeurs sont en ligne.

Toujours dans un souci de justice – comme si nos pratiques habituelles pouvaient prétendre l’être – des commissions d’harmonisation des notes, présidées par des  inspecteurs généraux, veilleront à ce que des calculs subtils sur les notes attribuées par tel ou tel établissement, sur ses taux de réussite aux examens, etc. etc. nous assurent de la prise en compte de l’hétérogénéité de la notation des professeurs selon l’établissement dans lequel ils enseignent.

Le commentaire d’une journaliste d’un grand quotidien laissait même entendre aux parents et élèves inquiets qu’il y aurait cette année le même taux de réussite que les années passées !

Edgar Faure, ministre de l’Éducation nationale en 1968/1969, sur le conseil d’André de Peretti et de quelques autres, avait mis fin à ce qui s’appelait la « composition trimestrielle ».

Cette réforme de l’évaluation devait permettre, dans l’esprit de ses auteurs, de mieux prendre en compte l’ensemble du travail fourni sur un trimestre et la progression de l’élève. Elle a été dévoyée et a donné lieu à ce qui est devenu la sacro-sainte « moyenne trimestrielle », parfois scrupuleusement calculée par des professeurs de philosophie, de lettres… à la décimale près !

Cette absurdité ressurgit en 2020, au moment même où une catastrophe mondiale aurait pu au moins permettre de transformer en profondeur les pratiques  pédagogiques obsolètes en cours dans le système éducatif français.

Évaluer, comme disait mon ami André de Peretti c’est faire ressortir la valeur. N’y avait-il pas en cette période de confinement, où chacun est amené à travailler dans des conditions tout à fait nouvelles, parfois seul, parfois bien entouré par des parents
bienveillants et instruits, parfois démuni de toute connexion Internet, des moyens adéquats pour combler les manques et permettre à chacun de parfaire ses  connaissances, ses compétences, à son rythme ?

Il va sans dire que ce n’était pas réalisable dès la première semaine, mais s’il en reste cinq, voire sept ou huit, n’est-il pas envisageable que les budgets de fonctionnement attribués par les conseils départementaux et régionaux aux établissements scolaires – et non complètement utilisés actuellement – soient affectés en partie à cette nouvelle  mission : mettre à pied d’égalité les élèves dépourvus des outils technologiques, au lieu de leur proposer des sessions de rattrapage à la reprise des cours ?

Les parents actuellement en télétravail ont le devoir de formuler de nouvelles exigences. La crise économique est inévitable mais elle sera moins dramatique si les jeunes générations disposent des compétences scientifiques, technologiques,  devenues indispensables y compris dans le monde des arts et des humanités.

La mise en œuvre revient aux enseignants ouverts à un débat interdisciplinaire, soucieux de favoriser également chez leurs élèves l’acquisition des « compétences transversales », à l’heure du numérique, de la robotisation, et bientôt de l’intelligence artificielle qui modifient profondément le monde du travail et les
relations humaines.

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