Municipales : le grand méchant tout « en même temps »

Urne élections (Crédits lebeaupinagnes, licence Creative Commons)

La façon dont les élections municipales se déroulent pose un vrai problème de légitimité démocratique.

Par Marc André.

Alors que notre beau pays, par la voix de son sémillant président de la République, se réveille en guerre contre un virus chinois, que ses citoyens toujours libres sont « en même temps » confinés dans des conditions qui restent à préciser, mais qui sont « en même temps » drastiquement exceptionnelles, nous vivons « en même temps » un épisode tout à fait inédit de notre vie démocratique.

Le premier tour des élections municipales s’est déroulé dans une ambiance apocalyptique, par la grâce de l’intervention du candidat LREM à la Mairie du Havre qui se trouve être « en même temps » notre Premier ministre. Prendre la décision de fermer tous les commerces non essentiels, à moins de 12 heures de l’ouverture des bureaux de vote et maintenir « en même temps » le scrutin a provoqué, comme il fallait s’y attendre, une abstention massive qui, ajouté au report sine die du second tour, pose un problème très complexe de légitimité du scrutin.

Le vrai problème des municipales

Éliminons en premier lieu la question de la participation. Elle n’est pas dirimante. En l’occurrence, celle de dimanche dernier est très proche des scores enregistrés pour les élections européennes et nous n’entendons personne nous bassiner avec le manque de légitimité des députés européens quand bien même il y aurait là matière à de nombreux débats.

Non, le problème se situe à un niveau beaucoup plus fondamental, celui de la sincérité du scrutin. En démocratie, pour qu’une élection soit valide, il est impératif que le choix des électeurs puisse s’exprimer librement et sans contrainte, que personne ne subisse de pression et que chacun puisse, en conscience, prendre la décision de voter, ou pas, pour le candidat de son cœur.

Or, le moins que l’on puisse dire c’est que l’intervention d’Édouard Philippe a lourdement pesé sur cette sincérité. De deux choses l’une : soit la situation sanitaire était catastrophique et alors « en même temps » que les bars et les restaurants il fallait fermer les bureaux de vote, soit elle permettait aux élections municipales de se tenir et on ne voit pas bien la nécessité d’affoler les gens en anticipant une fermeture générale que l’on pouvait repousser au dimanche soir, voire au lundi matin.

La décision en demie-teinte qui a finalement été prise, typique de la macronie triomphante, a donc largement entamé la sincérité du scrutin puisqu’elle a tenue éloignée des urnes toute une partie de la population, les seniors principalement, qui ont des habitudes de vote plus conservatrices.

Le second tour ne ressemblera pas au premier

Un autre souci se pose avec le report du second tour à des jours meilleurs.

Si les deux tours d’une élection sont distants d’une semaine, voire de deux pour les présidentielles, ce n’est pas le fruit du hasard ni une lubie législative, mais pour une raison bien précise. Là encore, il est indispensable à la sincérité du scrutin que les deux tours se tiennent à un intervalle très rapproché, de façon à ce que les circonstances soient les plus semblables possible. Une fois ces conditions posées, on comprend parfaitement qu’un second tour, post confinement — qui ne dit pas son nom, mais quand même — ne ressemblera en rien au premier tenu sous quasi état d’urgence sanitaire.

Que faire alors des résultats d’un premier tour altéré ? Dans plus de 30 000 communes, les conseils municipaux ont été désignés dès dimanche et sont donc en capacité d’élire leurs maires. Dans les 6000 restantes, il faudra prolonger le mandat de ceux ayant été élus en mars 2014. Cela n’a rien d’exceptionnel et s’est déjà produit en 1916 (prolongation jusqu’en 1919), idem pendant la Seconde Guerre mondiale (1935-1945 avec une petite altération entre 1940 et 1944) et plus récemment en 2007, les conseils municipaux issus des élections de 2001 ayant été allongé d’un an jusqu’en mars 2008, pour remédier à l’embouteillage électoral de 2007.

Il n’en reste pas moins que pendant une durée que nous ne maîtrisons pas cohabiteront, au sein de mêmes intercommunalités, des édiles fraîchement élus et d’autres… un peu plus périmés.

Au-delà de cette transition, somme toute provisoire, la question de la légitimité du scrutin dans son ensemble restera posée. Il serait préférable, pour les raisons exposées ci-dessus, que le premier tour soit purement et simplement annulé et de nouvelles élections à deux tours convoquées en juin ou en septembre, au gré des circonstances sanitaires.

Cela étant posé, d’autres problèmes se feront jour, à commencer par celui des comptes de campagne et de la communication des maires en place nouvellement élus ou prolongés, qui dans les circonstances présentes, ont un avantage de notoriété évident sur leurs concurrents, puisqu’ils organisent, en partie, les conditions de confinement de leurs concitoyens les plus fragiles. Là encore la sincérité du scrutin s’en trouvera altérée…

Saleté de virus !

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