Coronavirus : la France confinée… à quel prix ?

Face masks on white background - Credit to https://homegets.com/ By: David Stewart - CC BY 2.0

Dès maintenant, il faut mobiliser les esprits et les cœurs pour imaginer la sortie de guerre contre le virus.

Par Frédéric Mas.

Lundi 16 mars à 20 heures, Emmanuel Macron a pris la parole pour annoncer ce que tout le monde redoutait depuis plusieurs jours, le durcissement des mesures politiques pour enrayer l’épidémie de coronavirus à travers la France.

À plusieurs reprises, le président de la République a répété que nous étions en guerre, et qui dit guerre, dit mesures exceptionnelles, dérogatoires à l’État de droit, pour assurer la continuité de la Nation. En pratique, ce mardi midi, les Français ne pourront plus sortir de chez eux ni se réunir sans raison valable et « toute infraction sera sanctionnée ».

Parmi les mesures exceptionnelles prises par l’exécutif, on compte beaucoup de mesures de restriction des déplacements, le report du second tour des élections municipales et des aides aux entreprises. Désormais, comme l’a précisé Christophe Castaner après l’allocution présidentielle, les déplacements individuels seront soumis à autorisation. Le gouvernement s’est rattrapé sur la question des municipales. Le premier tour avait été maintenu, entraînant les protestations de professionnels de la santé qui trouvaient absurde de déployer les mesures d’endiguement du virus en évitant soigneusement de reporter la grand-messe politique.

La France à l’heure d’Orwell

L’ambiance en France depuis ce week-end a bien changé. Hier à Paris, Bordeaux ou Dunkerque, certains festoyaient encore et profitaient du soleil, bravant les consignes du gouvernement. Aujourd’hui, les citadins s’entassent dans les trains ou sur les routes pour rejoindre les campagnes, les rues sont désertes et l’armée est mobilisée pour aider le personnel soignant qui reste sur le pont.

Nous vivons ce monde orwellien où la libre circulation des biens et des personnes est mise entre parenthèses pour combattre la pandémie. L’expérience n’est pas très réjouissante, et va entraîner la récession la plus grave depuis 2008.

Le mauvais procès fait à la mondialisation

Les récupérations politiques de la crise ne manquent pas. Certains se réjouissent de la décroissance supposée ou de la fermeture des frontières créée par les mesures d’exception, les autres accusent l’intensification des échanges due à la mondialisation dans l’exportation du coronavirus. Beaucoup parlent de la crise du coronavirus comme d’une « crise du capitalisme ».

Contentons-nous ici de rappeler que c’est grâce à l’intensification des échanges liés à l’émergence du capitalisme moderne qu’il est aujourd’hui possible de combattre efficacement les grandes épidémies, en améliorant la santé des individus de manière exceptionnelle, et cela pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. C’était là la grande leçon de l’essai d’Angus Deaton The Great Escape, paru en 2014.

Le capitalisme encourage l’innovation et la recherche beaucoup plus efficacement que ses adversaires, et c’est l’innovation et la recherche qui nous permettront de sortir de la crise sanitaire, ne l’oublions pas. Seulement, la crise chinoise pourrait modifier durablement la physionomie du commerce et des relations internationales. Comme le disait Brice Couturier sur France Culture : « La mondialisation a permis au monde de bénéficier non seulement d’une période de prospérité sans équivalent dans l’histoire de l’humanité, mais aussi d’un bas niveau de tensions internationales. Le multilatéralisme, dont rêvait l’Europe, pourrait bien être remplacé par une nouvelle politique des blocs. Non, la mondialisation ne va pas s’arrêter. Mais un nouveau zonage géographique pourrait bien résulter de la crise du COVID-19. »

Penser la sortie de guerre

Dès maintenant, il faut mobiliser les esprits et les cœurs pour imaginer la sortie de guerre contre le virus. Historiquement, les périodes de crise et de guerre ont toujours été l’occasion pour l’État d’étendre son emprise sur la société civile pour pallier l’urgence et l’exception.

Quelle que soit la justification apportée à ces mesures étatiques, il est toujours difficile de s’en défaire pour revenir au statu quo ante. Quand les entreprises deviennent plus dépendantes encore des aides de l’État, que les citoyens s’habituent à la surveillance et au régime d’autorisation, il faut trouver des solutions pour se sevrer et retrouver le goût de la liberté. C’était la grande leçon de la Route de la servitude de Hayek, qui n’a pas perdu de son actualité.

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