Sébastien Laye : « Nous ne sommes pas dans le rejet du politique mais dans sa transformation »

Reconciliations! est une plateforme citoyenne pour les municipales.

Par la rédaction de Contrepoints.

Contrepoints : Bonjour Sébastien Laye, vous êtes le porte-parole d’un nouveau label indépendant pour les municipales. Pouvez-vous le présenter brièvement ? Se dire indépendant, c’est refuser une certaine déconnection des élites nationales des enjeux locaux ? On se souvient d’Emmanuel Macron cherchant à réduire le débat à une sorte de face à face entre « progressistes » et « nationalistes »…

Sébastien Laye : Réconciliations! est une plateforme citoyenne créée par des mouvements citoyens, des chefs d’entreprises, des ex Gilets jaunes, des élus locaux. Nous avons convergé il y a six mois autour d’un constat, celui du clivage entre les élites et les masses populaires, cristallisé par cette inepte opposition entre Macron et Marine Le Pen.

Il faut partir de l’autonomisation des élites mondialisées, déconnectées des petits entrepreneurs, des classes moyennes, des forces vives de la Nation. Cette sécession des élites a atteint un tel paroxysme (et a abouti à des politiques économiques et sociales sans aucun sens, bien loin des attentes de lecteurs de Contrepoints derrière un faux vernis libéral-technocratique) que nous étions plusieurs finalement à comprendre ce moment populiste francais depuis 2018.

Et nous avons souhaité, tout en laissant leur indépendance à ces différentes personnalités et mouvements, les fédérer autour de quelques idées force : la reconstruction de notre démocratie par les territoires et la démocratie participative, une politique économique tirant enfin parti des forces vives de la nation tout en rejetant la mondialisation débridée, la reprise du contrôle de notre destinée, en matière sécuritaire, environnementale et politique ; et enfin un modèle de société fondée ni sur l’assistanat ni sur le rêve de devenir milliardaire, mais sur le primat des classes moyennes.

Elle offre son soutien aux municipales à des listes massivement ouvertes sur la société civile compétente, offrant une troisième voie, ni Macron ni Marine : à partir de la conviction girondine que notre pays ne peut être reconstruit qu’à partir de nos territoires : la méthode est claire, elle commence par le terrain et l’action concrète (ce que j’avais commencé à faire auprès d’Alexandre Jardin en 2016), exactement à l’inverse de la construction pyramidale et verticale de Macron.

Entrepreneur, vous êtes issu de la société civile : c’est un gage de meilleure gestion en politique ? La vie politique française a-t-elle moins besoin de professionnels et de technocrates que d’entrepreneurs ? Il me semble que l’exemple national n’est pas toujours probant.

Non, et c’était tout l’objet d’un article récemment écrit pour Contrepoints. Il ne suffit pas de sauter sur sa chaise comme un cabri, comme aurait dit le Général, en disant « société civile ! société civile ! ». Encore faut-il repérer ceux de nos concitoyens qui se sont déjà illustrés dans des combats associatifs ou publics et qui se sont formés à la chose publique. On voit l’amateurisme d’une certaine société civile au pouvoir, qui de plus n’est qu’un faire valoir au Parlement pour une équipe essentiellement composée d’énarques jacobins.

Nous avons passé du temps, pour ces municipales, à repérer dans les bassins de vie de bons profils, motivés, qui ont vocation à exceller aux responsabilités. Ils feront de bons maires, mais au-delà c’est un premier réseau d’un millier de candidats capables d’endosser de futures responsabilités, au-delà des municipales. Et Réconciliations! fédère aussi quelques profils plus nationaux ou internationaux pour venir en appui de ces talents locaux.

Ces talents ne sortent pas de nulle part : à Nogent sur Marne, Gilles Hagege que nous soutenons était déjà élu et surtout populaire en tant que vétérinaire et responsable de plusieurs associations sportives. À Torcy, Brice Masseix est un entrepreneur engagé très apprécié notamment sur les questions environnementales. À Tremblay en France, Emmanuel Naud a l’expérience d’une précédente campagne où il avait fait 19 %. Beaucoup de listes émanent de communes rurales de moins de 5000 habitants où, en un processus de démocratie participative, la liste est co-construite avec les citoyens.

Enfin, nous ne nous interdisons pas des alliances ou des soutiens avec des élus classiques, nous ne sommes pas dans le rejet du politique mais dans sa transformation : ainsi à Marseille nous soutenons le divers droite ex LR Bruno Gilles, qui est dans une démarche d’ouverture massive à la société civile compétente. Macron a fait beaucoup de mal à ce concept de société civile, mais nous allons réparer les choses, pas à pas, modestement, pour réconcilier les Francais entre eux.

Enfin dernier point, la représentation politique doit refléter la société, qui n’est pas faite que d’entrepreneurs : elle doit être diverse et plurielle, fonctionnaires, employés, cadres, professions libérales, entrepreneurs, pour ne pas reproduire les errements de l’actuelle majorité.

Réconciliations! cherche aussi à intégrer dans sa plateforme des revendications portés par les Gilets jaunes, en particulier l’appel à la démocratie directe. Pour vous, c’est un outil efficace pour contrôler les élus et l’explosion des dépenses publiques locales ?

Oui malgré nos origines diverses, les trois piliers programmatiques énoncés plus haut et notamment celui de la démocratie directe sont partagés. Cela signifie des modes de démocratie participative notamment en local sur l’exemple de Saillans, l’instauration du RIC (un fondamental constitutionnel pour nous) au local et sur certaines grandes questions nationales, le droit de pétition aussi contre les abus de certains élus ou fonctionnaires.

Un mandat n’est pas un blanc-seing pour mépriser les citoyens entre deux élections. Certains anciens Gilets jaunes, souvent entrepreneurs, nous ont rejoints et nous avons toujours été sensibles au mouvement et à sa démarche : elle était profondément girondine, anti fiscale et anti abus étatique, contre le mépris des élites à l’égard des travailleurs des classes moyennes.

L’infiltration par l’extrême gauche ne doit pas nous faire oublier la beauté et la pureté du mouvement et de l’esprit de novembre 2018.

En local, le RIC permet de mieux encadrer les élus, éviter les risques de gabegie, associer les citoyens aux décisions et donc de faire mieux accepter les décisions publiques mais aussi les contraintes pesant sur l’action publique ; cessons de prendre nos concitoyens pour des adolescents comme le fait parfois Macron sur un ton condescendant et professoral : ils peuvent parfaitement comprendre les contraintes pesant sur l’action publique et être associés aux décisions.

Parmi les quatre valeurs qui forment le socle commun du label Réconciliations! Il y a le refus du « capitalisme libre échangiste débridé ». C’est pourtant le capitalisme et le libre échange qui ont apporté la liberté et la prospérité en Europe, et le réflexe protectionniste qui en a amoindri les bienfaits. N’y a-t-il pas là comme une concession à l’air du temps antilibérale ?

On touche au cœur du débat qui devrait avoir lieu dans vos colonnes, sur la différence entre le libéralisme classique de Tocqueville et Constant et une forme de mondialisme plutot récente et technocratique, poussant son agenda au FMI ou à Bruxelles. On peut parfaitement respecter le premier en rejetant le second.

Il nous parait nécessaire de libérer les énergies des entrepreneurs des entraves qu’un État jacobin et constructiviste, avec une pression fiscale et réglementaire ubuesque, fait peser sur eux. Nous en sommes loin avec les quelques réformettes de Macron.

Parallèlement, le libre échangisme débridé imposé par le multilatéralisme et Bruxelles s’est retourné contre les peuples et contre les petits entrepreneurs, aboutissant aux ravages de nos industries, de nos campagnes et de nos paysages. Nous y sommes tous perdants.

Je suis un enfant de la mondialisation du fait de mon parcours et il faut désormais mieux l’encadrer, veiller aux traités signés et engagements internationaux. C’est un sujet qui nous porte au-delà des municipales, mais le libre échangisme n’était pas consubstantiel à la pensée de tous les intellectuels libéraux classiques. La politique est un pragmatisme, on ne peut cautionner ce mondialisme qui ne marche pas et se retourne contre les plus fragiles des Francais : la France doit trouver sa propre voie au sein de la mondialisation.

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