Macron ou l’art de l’improvisation politique permanente

OPINION : ouvrir les postes de responsabilités publiques et politiques à des citoyens non professionnels de carrière est nécessaire à notre démocratie. Mais est-ce à dire que ces postes doivent être confiés à des amateurs ?

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Emmanuel Macron-3 By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

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Macron ou l’art de l’improvisation politique permanente

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 février 2020
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Par Sébastien Laye.

Ouvrir les postes de responsabilités publiques et politiques à des citoyens non professionnels de carrière est nécessaire à notre démocratie : voilà un axiome de politique publique largement accepté de par le monde. Mais est-ce à dire, comme l’a revendiqué récemment pour ses troupes Emmanuel Macron, que ces postes doivent être confiés à des amateurs ?

Nous voudrions nous inscrire en faux contre cette idée simpliste, qui ne fait que le lit de toutes les technocraties et de leur mamelle naturelle, l’autoritarisme (les deux étant des ennemis de la liberté) et in fine empêche la vraie société civile, diversifiée et compétente, de faire son entrée massive en politique.

C’est Max Weber qui nous a légué une définition des professionnels de la politique, à savoir ceux qui vivent pour et de la politique. La plupart des membres de gouvernements ou des parlementaires, dans nombre de pays, sont ainsi des professionnels de la carrière politique et du cursus honorum, engagés depuis de nombreuses années, parfois n’ayant connu que ce métier. Cette situation peu saine a entraîné le reproche de déconnexion de ce personnel et des erreurs de politiques publiques.

La demande de société civile

Un peu partout à travers l’Occident, les citoyens souhaitent faire appel au vivier de personnalités non politiques de carrière, le temps d’un mandat, afin d’avoir des gens compétents aux responsabilités. Par définition, tout politique devrait venir de la société civile, soit en ayant déjà exercé un métier, soit en assumant un métier à côté de sa charge électorale, par exemple dans les territoires ruraux.

Le simple concept d’une dissociation entre les deux est une invention du monde moderne, comme l’a mis en évidence Weber : l’avènement de la technocratie, particulièrement en France, a accéléré l’irruption d’une classe politico-administrative sui generis.

Si les objectifs macronistes liés à la société civile étaient louables, ils étaient en réalité viciés ab initio pour plusieurs raisons : faute de préparation suffisante, les responsables historiques de LRM ont puisé dans un réseau de futurs députés soit issus du monde militant des partis classiques (souvent les moins bons éléments disqualifiés par leur parti) soit massivement regroupés dans quelques secteurs professionnels qu’ils connaissaient (communication, cabinets de conseil ou de lobby finance).

Le diplôme ou la proximité avec les dirigeants du jeune Parti ont constitué les critères déterminants. Il en est résulté une représentation caricaturale de la société civile à l’Assemblée, composée de CSP++ , très parisienne, coupée des réalités quotidiennes des Français. Mais il y a pire : en plus d’être déconnecté du Français moyen, ce député macroniste typique n’avait aucune connaissance des dossiers publics à son élection.

Une réorientation des connaissances

En effet, si avoir des connaissances pratiques issues du monde privé et de l’entreprise par exemple peut se révéler utile pour être député ou ministre, nul n’est amené dans le monde de l’entreprise à analyser des politiques publiques ; cela requiert une réorientation des connaissances bien spécifique.

À titre d’exemple, chef d’entreprise, économiste de formation, depuis le début de mes activités dans le monde des think tanks, il m’a fallu un long travail d’apprentissage et d’échange avec des élus, des responsables publics, pour arriver à produire des notes de recherche sur les politiques publiques (sur des domaines souvent monétaires et financiers qui étaient théoriquement les miens depuis des années). Environ quatre années. Comment imaginer que des novices se soient improvisés députés en trois mois en 2017 ?

Loin de corriger le tir avec ces municipales, le macronisme réitère son couplet sur les amateurs et faute de vivier suffisant de talents, rend les postes interchangeables : ainsi, une ministre aux prises avec une crise de l’hôpital et une urgence sanitaire, doit s’improviser candidate à la mairie de Paris, assumer un programme et convaincre les Parisiens ; au moment même ou des ministres candidats demandent à être élus… pour ne pas siéger.

Cette confusion autour des compétences requises pour chaque poste est dommageable pour notre démocratie, en pleine crise de défiance du politique ; il existe pourtant une voie plus intelligente à poursuivre, que nous nous efforçons de suivre avec notre initiative originale pour ces municipales, Réconciliations !

Notre rôle est ici de repérer, d’identifier, d’accompagner et de fédérer ceux de nos compatriotes, qui, hors partis, ont justement accumulé ces compétences dans le champ public, par divers engagements et expériences, et sont désormais prêts à mener une liste aux municipales pour faire de bons maires.

Point besoin d’accumuler les mandats pour réussir en politique : mais il faut une lente maturation, intellectuelle et pratique, des engagements successifs, pour connaitre les dossiers publics et se connaitre.

Cette exigence dans la qualité des candidats et des responsables publics est indispensable pour redonner confiance à nos concitoyens.

Voir les commentaires (13)

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  • « et in fine empêche la vraie société civile, diversifiée et compétente, de faire son entrée massive en politique. »
    je ne voudrai pas doucher votre enthousiasme mais
    on oublie un détail , quels que soient les politiques qui arrivent en poste il sont bien forcés de comprendre que l’administration règne.. ceux qui en sont issus le savent , ils en font majoritairement partie..
    La 5 eme republique n’est pas une constitution démocratique . pour la reconstruction du pays et gérer la décolonisation cette constitution a opté pour la stabilité de l’exécutif,point_barre..
    (en son temps F Mitterrand avait dénoncé « le coup d’etat permanent », dont il a profité honteusement plus tard)
    en ce qui concerne les Mairies , là la democratie peut s’exprimer car elle ne gène personne surtout depuis qu’elle ne peuvent plus lever l’impôt , ce qui les font dépendre de l’etat pour tout.. voila , voila.. votez qui vous voulez
    Donc peu importe qui dirige une commune, les vraies decisions ne sont plus là!..

  • Les Français ont « choisi » macron pour 3 raisons..
    La premiere parce que le ps et le PR a la ramasse allait prendre la claque de leur vie , la deuxième parce que les Français ne voulaient plus des « politiques » a vie , blanchis sous le harnais de la cuisine partisane, la troisième et la plus évidente c’est qu’ils n’ont pas voulu du FN.. voila..

    A partir de là ils ont opté pour l’inconnu.. l’avantage des nouveaux entrants dans le jeu c’est qu’ils ne doutent de rien.; lancent des reformes ‘senfoutlamort » avec des « figures » qui n’en sont pas .. alors forcement sans vedettes confirmées ,avec un scénario écrit sur une nappe de troquet.. çà fait un film de série B..comique.
    J »avoue que moi je me régale, parce que tous les briscards des partis sont toujours là , en coulisse , les uns qui savonnent les planches, d’autres qui fabriquent des trappes .. je me marre , c’est un remake de la série « Camping » ou on aurait changé les gens de place.. et le meilleur reste a venir .. la politique c’est formidable ! c’est cher mais on est rarement déçus

  • les novices en question , ça fait trois ans qu’ils sont sur leur siège ; on ne peut pas dire qu’il y est eu de l’amélioration en ce qui les concerne ;

    • déjà, les députés peuvent rejeter tous les projets de loi qu’ils ne comprennent pas, car si eux ne les comprennent pas, le citoyen lambda (qui n’a pas que cela à faire) ne le peut pas non plus !

      cela pourrait obliger l’administration à simplifier (rêvons un peu).

      toute la complexité de l’action publique vient aussi du fait qu’elle se mêle de tout !!! En réduisant drastiquement son périmètre, on verrait plus clair !

      Enfin, en ce qui concerne la macronie, c’est la république des copains de soirée (pour ne pas dire autre chose).

    • il s leur faudra bien 2 ans e plus pour comprendre ce qu’ils font là

    • Des novices, encadrés par des gens en échec, recyclés pour constituer une majorité parlementaire n’ont aucune possibilité d’agir efficacement et de servir de contre pouvoir

  • L’Etat s’est arrogé tellement de prérogatives au fil des années que nul ne peut plus le diriger avec la compétence requise du fait de l’étendue surhumaine que celle-ci devrait atteindre. Observez le jeu du journaliste interviewant un politique ; il enchaînes les questions les plus diverses sur les sujets les plus variés, espérant le faux pas. Aussi les politiques se concentrent-ils dans un domaine plus étroit mais utile pour eux : la communication.
    Moralité : il faut réduire le périmètre de l’Etat à ce qu’un humain peut raisonnablement espérer maîtriser. Sinon, « laissez nous faire ».

  • Faut-il confier des postes de responsabilités publiques à des amateurs ? Oui la question n’est pas celle-ci si l’amateur ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas. De toute manière, vue notre complexité publique, n’importe quel élu est un amateur. Il faut donc des experts hauts fonctionnaires et ainsi de suite… Conclusion : commençons par rendre les choses le plus simple possible !

  • On a pas de chance dans ce pays, on a affaire soit à des professionnels amateurs soit à des amateurs professionnels

  • Art de l’improvisation sous entendrait un certain talent, Il s’agit avec Macron du bordel dans la médiocritude, cela me parait différend.

  • « Comment imaginer que des novices se soient improvisés députés en trois mois en 2017 ? »
    La question n’a même pas à être posée, puisqu’il s’agissait juste pour ces députés d’approuver ce qu’on leur dirait d’approuver et de refuser ce qu’on leur dirait de refuser.
    On a dit qu’une chèvre pouvait tout aussi bien être élue à la place d’un député LREM. Elle pouvait aussi tenir le poste…

    • En fait non, les chèvres ont la fâcheuse tendance à n’en faire qu’a leur tête, ce qui est loin d’être le cas pour les députés (LREM ou autres)…

  • Les commentaires sont fermés.

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