Macron ou l’art de l’improvisation politique permanente

Emmanuel Macron-3 By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

OPINION : ouvrir les postes de responsabilités publiques et politiques à des citoyens non professionnels de carrière est nécessaire à notre démocratie. Mais est-ce à dire que ces postes doivent être confiés à des amateurs ?

Par Sébastien Laye.

Ouvrir les postes de responsabilités publiques et politiques à des citoyens non professionnels de carrière est nécessaire à notre démocratie : voilà un axiome de politique publique largement accepté de par le monde. Mais est-ce à dire, comme l’a revendiqué récemment pour ses troupes Emmanuel Macron, que ces postes doivent être confiés à des amateurs ?

Nous voudrions nous inscrire en faux contre cette idée simpliste, qui ne fait que le lit de toutes les technocraties et de leur mamelle naturelle, l’autoritarisme (les deux étant des ennemis de la liberté) et in fine empêche la vraie société civile, diversifiée et compétente, de faire son entrée massive en politique.

C’est Max Weber qui nous a légué une définition des professionnels de la politique, à savoir ceux qui vivent pour et de la politique. La plupart des membres de gouvernements ou des parlementaires, dans nombre de pays, sont ainsi des professionnels de la carrière politique et du cursus honorum, engagés depuis de nombreuses années, parfois n’ayant connu que ce métier. Cette situation peu saine a entraîné le reproche de déconnexion de ce personnel et des erreurs de politiques publiques.

La demande de société civile

Un peu partout à travers l’Occident, les citoyens souhaitent faire appel au vivier de personnalités non politiques de carrière, le temps d’un mandat, afin d’avoir des gens compétents aux responsabilités. Par définition, tout politique devrait venir de la société civile, soit en ayant déjà exercé un métier, soit en assumant un métier à côté de sa charge électorale, par exemple dans les territoires ruraux.

Le simple concept d’une dissociation entre les deux est une invention du monde moderne, comme l’a mis en évidence Weber : l’avènement de la technocratie, particulièrement en France, a accéléré l’irruption d’une classe politico-administrative sui generis.

Si les objectifs macronistes liés à la société civile étaient louables, ils étaient en réalité viciés ab initio pour plusieurs raisons : faute de préparation suffisante, les responsables historiques de LRM ont puisé dans un réseau de futurs députés soit issus du monde militant des partis classiques (souvent les moins bons éléments disqualifiés par leur parti) soit massivement regroupés dans quelques secteurs professionnels qu’ils connaissaient (communication, cabinets de conseil ou de lobby finance).

Le diplôme ou la proximité avec les dirigeants du jeune Parti ont constitué les critères déterminants. Il en est résulté une représentation caricaturale de la société civile à l’Assemblée, composée de CSP++ , très parisienne, coupée des réalités quotidiennes des Français. Mais il y a pire : en plus d’être déconnecté du Français moyen, ce député macroniste typique n’avait aucune connaissance des dossiers publics à son élection.

Une réorientation des connaissances

En effet, si avoir des connaissances pratiques issues du monde privé et de l’entreprise par exemple peut se révéler utile pour être député ou ministre, nul n’est amené dans le monde de l’entreprise à analyser des politiques publiques ; cela requiert une réorientation des connaissances bien spécifique.

À titre d’exemple, chef d’entreprise, économiste de formation, depuis le début de mes activités dans le monde des think tanks, il m’a fallu un long travail d’apprentissage et d’échange avec des élus, des responsables publics, pour arriver à produire des notes de recherche sur les politiques publiques (sur des domaines souvent monétaires et financiers qui étaient théoriquement les miens depuis des années). Environ quatre années. Comment imaginer que des novices se soient improvisés députés en trois mois en 2017 ?

Loin de corriger le tir avec ces municipales, le macronisme réitère son couplet sur les amateurs et faute de vivier suffisant de talents, rend les postes interchangeables : ainsi, une ministre aux prises avec une crise de l’hôpital et une urgence sanitaire, doit s’improviser candidate à la mairie de Paris, assumer un programme et convaincre les Parisiens ; au moment même ou des ministres candidats demandent à être élus… pour ne pas siéger.

Cette confusion autour des compétences requises pour chaque poste est dommageable pour notre démocratie, en pleine crise de défiance du politique ; il existe pourtant une voie plus intelligente à poursuivre, que nous nous efforçons de suivre avec notre initiative originale pour ces municipales, Réconciliations !

Notre rôle est ici de repérer, d’identifier, d’accompagner et de fédérer ceux de nos compatriotes, qui, hors partis, ont justement accumulé ces compétences dans le champ public, par divers engagements et expériences, et sont désormais prêts à mener une liste aux municipales pour faire de bons maires.

Point besoin d’accumuler les mandats pour réussir en politique : mais il faut une lente maturation, intellectuelle et pratique, des engagements successifs, pour connaitre les dossiers publics et se connaitre.

Cette exigence dans la qualité des candidats et des responsables publics est indispensable pour redonner confiance à nos concitoyens.

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