Dépenses sociales : pourquoi sont-elles aussi élevées ?

leak by Chris Pantazis(CC BY-NC 2.0) — Chris Pantazis, CC-BY

La France est le pays où les dépenses sociales sont les plus importantes de tous les pays développés, et elles ne cessent d’augmenter régulièrement, d’année en année.

Par Claude Sicard.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Les dépenses sociales se sont élevées à 812,4 milliards d’euros en 2018, représentant un peu plus de 60 % des dépenses publiques.

Aussi notre pays est-il le pays où les dépenses publiques sont devenues les plus élevées de tous les pays européens : on en est à 56,0 % du PIB, alors que la moyenne des pays de l’UE est à 35,8 %, et celle des pays de l’OCDE à 27,2 %.

Pour couvrir ces dépenses, l’État ne cesse d’accroître la fiscalité, ce que les économistes nomment « les prélèvements obligatoires », et, là encore, la France vient en tête de tous les pays développés. Autre phénomène préoccupant : la dette du pays qui ne cesse de croître.

Depuis 1975, en effet, les rentrées fiscales ne suffisent plus à couvrir toutes les dépenses, et chaque année l’État se trouve contraint de s’endetter un peu plus, au point que la dette extérieure du pays a fini par atteindre le niveau du PIB. La France se trouve donc en infraction vis-à-vis de la règle à respecter par les pays membres de la Zone euro qui interdit que l’endettement passe la barre de 60 % du PIB.

Le tableau ci-dessous indique comment nous nous situons par rapport à nos voisins :

dépenses socialesIl est donc important d’examiner le problème des dépenses sociales du pays, et de comprendre pourquoi elles sont si élevées : réduire les dépenses publiques comme cela est demandé de toutes parts, car la pression fiscale excessive que nous connaissons étouffe notre économie, ne peut se faire sans que l’on s’attaque aux dépenses sociales. C’est là que réside la difficulté.

Ce sont les dépenses de vieillesse et celles de santé qui ont crû le plus rapidement : la vieillesse représentait 10 % seulement du PIB en 1970, et nous en sommes actuellement à un peu plus de 15 %.

En recherchant les raisons pour lesquelles nos dépenses sociales sont bien plus importantes que dans tous les autres pays européens, on ne peut manquer d’en attribuer la cause à ce phénomène particulier qui caractérise l’économie de notre pays : la grave désindustrialisation de la France, notre pays étant devenu le plus désindustrialisé de tous les pays européens, voire de tous les pays développés.

Il s’agit donc d’un problème structurel, ce qui est extrêmement préoccupant : seule la Grèce est plus désindustrialisée que nous. La révolte des Gilets jaunes qui s’est déclenchée en novembre 2018, une révolte qui n’est toujours pas achevée d’ailleurs, a eu pour cause, précisément, cette grave désindustrialisation du pays, mais les médias ne l’ont pas évoqué.

Pour calmer la crise notre président s’est vu contraint de lâcher quelque 17 milliards d’euros, mais les revendications des Gilets jaunes pour un meilleur niveau de vie, un mouvement qui a été soutenu par plus de 60 % de la population, sont toujours là.

Pour confirmer le diagnostic que nous avançons, il est intéressant de voir comment à travers le monde se trouvent reliées les dépenses sociales aux niveaux d’industrialisation des pays ; rapprochement logique à faire puisque, comme nous l’avons montré dans d’autres articles, la production industrielle est le facteur explicatif clé de la richesse des pays.

Le graphique ci-dessous montre la liaison existant, statistiquement, entre le degré d’industrialisation des pays et l’importance relative des dépenses sociales publiques :

Dans le graphique ci-dessus les taux de production industrielle sont ceux publiés par la BIRD, et les taux de dépenses sociales sont ceux donnés par l’OCDE. L’équation de la droite de corrélation nous indique que pour le PIB par tête qui est celui de la France, les dépenses sociales de notre pays devraient représenter seulement 25,9 % du PIB, alors que nous en sommes à 31,2 %. Nous avons donc 5,3 points de PIB de dépenses sociales en excédent, soit 126 milliards de dépenses sociales en trop.

Il est facile d’identifier où se trouvent ces excès : il faut les rechercher avant tout dans les deux rubriques de dépenses les plus importantes, à savoir la vieillesse et la santé.

L’excès de dépenses de santé peut se calculer aisément en établissant une corrélation entre le niveau de richesse des pays et les dépenses de santé calculées, non pas en pourcent du PIB, mais par habitant. On a la corrélation suivante, en recourant aux statistiques de l’OCDE sur les dépenses de santé per capita, et aux PIB/tête données par la BIRD :

La France se trouve dans cette corrélation légèrement au-dessus de la droite de régression, et l’équation de cette droite nous indique que pour le PIB/tête qui est celui des Français nous avons 953 dollars de dépenses annuelles de trop, soit 19,4 % d’excès. Au niveau français, cela a représenté un excédent de dépenses de santé de 40 milliards d’euros en 2018.

Les dépenses sociales excédentaires du pays s’élevant, selon l’estimation avancée plus haut, à 126 milliards d’euros, on peut en déduire que l’excédent à imputer au poste vieillesse s’élève à 86 milliards d’euros, soit près de 24 % de trop.

En résumé, avec cette approche économétrique simple, on parvient aux estimations suivantes :

Les dépenses de santé sont impossibles à réduire car tous les spécialistes indiquent que notre système de santé est à la limite de l’explosion. Quant aux dépenses pour la vieillesse, les réformes sont en cours : l’estimation d’excès de dépenses que nous donnons, pour ce poste, recoupe parfaitement celle de France Stratégie qui estimait dans une étude que nous sommes en dépassement de 3,4 points de PIB par rapport à la moyenne européenne.

Malheureusement, il semblerait que les réformes que les pouvoirs publics tentent laborieusement de mettre en place ne déboucheront pas, finalement, sur de réelles économies à réaliser par les pouvoirs publics.

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