Transformer les travailleurs indépendants en salariés ne les aidera pas

Deliveroo Blonde by Waterford_Man (CC BY 2.0) — Waterford_Man, CC-BY

Obliger les entreprises à considérer les travailleurs autonomes comme des salariés pourrait réduire les revenus de ces derniers et les priver de ce premier pas sur le marché de l’emploi.

Par Peter St. Onge1, et Daniel Dufort2.

Le Canada importera-t-il l’expérience californienne de destruction d’emplois, risquant ainsi de mettre le travail à la pige hors de portée des Canadiens qui en ont besoin ? Une publication de l’IEDM montre qu’obliger les entreprises à considérer les travailleurs autonomes comme des salariés pourrait réduire les revenus de ces derniers et priver nombre d’entre eux de ce premier pas sur le marché de l’emploi.

« La création spectaculaire de nouveaux emplois à temps partiel grâce à l’internet et à des applications a permis d’élargir la gamme de services pour lesquels les gens sont prêts à embaucher, en plus de faciliter grandement le fait d’œuvrer ou d’embaucher pour du travail occasionnel », rappelle Peter St. Onge, économiste senior à l’IEDM et auteur de la publication.

L’économie sur demande (gig economy, économie des petits boulots, désignant des travailleurs indépendants et sous-traitants qui sont payés à la tâche, NdlR) a en effet créé en moyenne plus de 60 000 emplois au Canada par année entre 2005 et 2016. Les consommateurs peuvent maintenant embaucher plus facilement quelqu’un pour livrer l’épicerie, pelleter l’entrée, promener le chien, tondre la pelouse ou, simplement, engager un chauffeur qui arrive à l’heure.

Malheureusement, les législateurs sont de plus en plus hostiles à cette nouvelle création d’emplois. « Une loi californienne entrée en vigueur le 1er janvier 2020 avait pour objectif d’améliorer les conditions des travailleurs à la pige. En pratique, elle a entraîné des licenciements massifs de travailleurs autonomes dans les médias et l’industrie du cinéma », explique Peter St. Onge. « Malgré les bonnes intentions, obliger les employeurs à offrir des avantages sociaux aux travailleurs contractuels risque en fait de leur être bien plus nuisible. »

De plus, perdre son travail ne nuit pas seulement au travailleur maintenant, mais peut affecter ses perspectives d’emploi. Une étude a trouvé que le simple fait d’occuper un emploi à temps partiel, même involontairement, réduit de plus de 80 % les probabilités d’être sans emploi un an plus tard – de 25 % pour les travailleurs sans emploi à seulement 4 % pour les travailleurs à temps partiel. « En d’autres mots, une bonne façon d’obtenir l’emploi que vous souhaitez est d’occuper un emploi – n’importe quel emploi – dès maintenant », résume M. St. Onge.

La réalité canadienne en est une de grande mobilité ascendante.

Une étude de 2012 des données du recensement a révélé que 83 % des personnes qui étaient dans les 20 % les plus pauvres en 1990 étaient passées à une catégorie de revenus plus élevés dix ans plus tard. En 2009, 40 % de ces personnes avaient même rejoint les deux premiers quintiles. Les emplois temporaires ou au bas de l’échelle sont souvent une condition préalable à la pérennité de ce phénomène.

« Au lieu de rendre l’embauche de pigistes et des travailleurs à temps partiel plus difficile, les gouvernements devraient la faciliter. La liberté de contracter et de travailler à sa guise n’est pas seulement un droit fondamental, c’est aussi l’un des moyens les plus efficaces d’aider les travailleurs marginaux qui ont besoin de ce premier échelon », de conclure Peter St. Onge.

Sur le web

  1. Economiste senior à l’IEDM.
  2.   Directeur principal des relations externes, communications et développement à l’IEDM.
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