Bleu blanc rougeole : la France mauvaise élève !

Young_boy_with_measles wikimedia commons — phil.cdc.gov,

La France, pays pourtant très développé, figure parmi les dix pays responsables des trois quarts de l’augmentation totale des cas de rougeole en 2018.

Par Richard Guédon.

Après des décennies de progrès, la lutte contre la rougeole stagne et le nombre de morts est reparti à la hausse en 2018, année durant laquelle 142 000 personnes, pour la plupart des enfants, en sont mortes dans le monde, selon l’OMS. C’est quatre fois moins qu’en 2000, mais en hausse de 15 % par rapport à 2017.

La France, pays pourtant très développé, figure parmi les dix pays responsables de trois-quarts environ de l’augmentation totale des cas en 2018. Dans l’Hexagone, 2269 cas supplémentaires ont en effet été recensés par rapport à l’année précédente.

Or, depuis plusieurs décennies, nous disposons de l’arme absolue contre la rougeole : la vaccination qui, correctement faite, devrait entraîner sa disparition. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Tout d’abord un rappel médical pour bien comprendre de quoi il s’agit.

Une maladie très contagieuse

La rougeole est due à un virus respiratoire qui se propage par l’intermédiaire de gouttelettes de salive contenant le virus quand les personnes infectées toussent ou éternuent. Elle peut aussi se transmettre via les objets contaminés par les sécrétions du nez ou de la gorge comme les mouchoirs, les jouets, les verres et autres couverts partagés.

C’est une maladie qui touche d’abord les petits enfants mais aussi les adolescents et les adultes jeunes, les personnes plus âgées étant en général immunisées par un contact préalable avec le virus.

La rougeole se manifeste par un écoulement du nez, une conjonctivite, une toux, une grande fatigue, une forte fièvre. Ensuite vient l’éruption avec des petites taches rouges plus ou moins en relief sur la peau. La maladie dure une dizaine de jours et guérit en général sans séquelles.

Mais deux caractéristiques de cette maladie en faisaient, et, hélas, en font encore un redoutable adversaire de l’espèce humaine :

En premier lieu il s’agit de l’une des maladies infectieuses les plus contagieuses : on estime en effet qu’une personne atteinte de rougeole peut contaminer entre 15 à 20 personnes, contre une à trois pour la grippe par exemple. Quand le virus rencontre des populations non vaccinées, il se répand comme une trainée de poudre.

Or on est contagieux environ quatre jours avant l’éruption, sans savoir encore qu’on a la rougeole, rendant les mesures d’isolement inutiles.

Une menace fatale pour les plus vulnérables

Ensuite la maladie, en général bénigne chez les bien-portants, devient un fléau pour les populations vulnérables,les nourrissons de moins d’un an, les femmes enceintes, les personnes dont les défenses naturelles sont affaiblies par d’autres maladies ou la malnutrition. Chez celles-ci, elle peut se compliquer d’affections graves et potentiellement mortelles, comme des pneumonies ou des encéphalites avec convulsions et paralysies.

On estime que ces complications sont responsables d’un décès pour 10 000 cas de rougeole, mais elles sont aussi responsables de séquelles avec, par exemple 15 à 20 000 cas de cécité chaque année.

Une arme absolue : la vaccination

 Selon l’OMS, la vaccination de 95 % de la population avec deux doses de vaccin est nécessaire pour la protéger d’une épidémie. Une telle protection collective permettrait d’éliminer la maladie et ses complications et ainsi protéger également les personnes les plus fragiles qui ne peuvent être vaccinées.

Il est donc impératif de vacciner l’ensemble des nourrissons, qui doivent recevoir une dose du vaccin combiné Rougeole-Oreillons-Rubéole (ROR) à l’âge de 12 mois et une seconde dose entre 16 et 18 mois, en exceptant bien sûr les très rares enfants porteurs de maladies qui affaiblissent leurs défenses immunitaires.

Plus il y a de personnes vaccinées, plus on évite le risque d’épidémie.

L’immunité apparaît dix à quinze jours après la première injection. Le vaccin est efficace à près de 100 % après deux doses de vaccin et les effets indésirables graves, toujours dramatiques, sont rarissimes. Grâce à la vaccination, les décès par rougeole dans le monde ont chuté de près de 80 % entre 2000 et 2014. La région des Amériques et certains pays d’Europe du Nord ont éliminé la rougeole.

En France, avant la mise en œuvre de la vaccination systématique de tous les nourrissons contre la rougeole, plus de 600 000 cas survenaient chaque année et une excellente couverture vaccinale valait promesse d’éradication jusque vers 2010.

La France championne du monde de la méfiance

Pourtant, la méfiance grandissante envers les vaccins tend à faire baisser cette couverture, offrant au virus une chance de gagner du terrain.

Du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2018, plus de 27 500 cas de rougeole ont été déclarés en France variant selon les années, de 79 en 2016 à 2921 en 2018, où la circulation a repris de façon intense. Au cours de ces onze années, parmi les cas déclarés, plus de 1500 ont présenté une pneumopathie grave, 40 une complication neurologique (37 encéphalites, 1 myélite, 2 Guillain-Barré) et 23 sont décédés.

Une grande majorité des cas de rougeole sont survenus chez des sujets non ou mal vaccinés. Parmi eux, plusieurs personnes avaient des défenses immunitaires diminuées, et n’avaient pu être vaccinées : seule une couverture vaccinale très élevée de la population aurait pu les protéger et ce n’est pas, ou plus, le cas en France.

Comment comprendre l’irrationalité qui consiste à refuser à ses enfants et à ceux des autres une protection absolue contre un virus qui tue les faibles et les plus démunis ?

La Wellcome Foundation réalise régulièrement des études mondiales dans le domaine de la santé auprès de grands échantillons de population.

Dans ses dernières enquêtes,  parmi les 140 pays étudiés, la France est celui où les opinions concernant les vaccins sont les plus négatives.

Les erreurs de l’État

En matière de vaccination, les Français n’ont pas toujours été « objecteurs de confiance » : si l’on observe les historiques des enquêtes sur la question, on voit nettement qu’il y a une cassure des bonnes opinions en 2010, soit juste après le fiasco de la campagne de vaccinations de masse organisée par le ministère de la Santé pour la prévention d’une pandémie (épidémie mondiale) débutante de grippe A-H1N1.

On admet aujourd’hui que la principale cause de cet échec retentissant a été le choix stratégique de contourner les médecins généralistes au profit d’une organisation directe de la vaccination par les services de l’État.

Cette même affaire A-H1N1 a renforcé la conviction d’une partie des Français d’une collusion entre l’industrie pharmaceutique et les pouvoirs publics pour vendre des vaccins : en 2018, 43 % des Français estiment que « le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins », selon une étude publiée par l’Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et l’observatoire Conspiracy Watch.

Et la montée en puissance des réseaux sociaux complique la lutte contre les fake news dans ce domaine comme dans les autres.

Ajoutons que la mode des produits et de la santé dits naturels vient donner une base théorique à cette résistance à l’évidence scientifique.

La contrainte, comme toujours

Comment réagit l’État, dont on voit qu’il porte une lourde responsabilité dans cet échec absurde ? Par la contrainte comme à son habitude : le vaccin contre la rougeole, avec 11 autres, a été rendu obligatoire en 2018, ce qui est en soi un aveu de faiblesse.

Pour redonner confiance, il faudra plus que la coercition : les pays où les vaccinations sont obligatoires n’ont pas de meilleures couvertures vaccinales ; le cannabis est interdit par l’État depuis toujours et des dizaines de millions de personnes en fument, y compris de nombreux policiers.

Pour redonner confiance, il faut avoir confiance dans les professionnels de santé de terrain qui sont, dans leur immense majorité, en accord avec la science d’aujourd’hui et sont écoutés car ce sont les gens eux-mêmes qui les choisissent.

Il faut établir la transparence dans les rapports entre l’État et les industriels : comment peut-on d’un côté lutter contre la désinformation scientifique sur le front des vaccinations et la renforcer en tardant autant à dérembourser les médicaments  homéopathiques, notoirement inactifs ?

Assurance maladie concurrentielle

Enfin, il faut dire que la communication actuelle des organismes publics, descendante et condescendante envers des usagers captifs, est totalement déficiente.

Seuls des organismes concurrentiels qui parlent à des clients sont capables de se faire entendre dans l’univers de la communication moderne. Seuls des organismes d’assurance-maladie concurrentiels, dont l’intérêt économique serait que les assurés soient vaccinés, sauraient se faire entendre.

Mais c’est une autre histoire…

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