Les Français ont-ils peur des vaccins ?

vaccination par Daniel Paquet (CC BY 2.0)

Les Français se font de moins en moins vacciner. Quelle solution propose le ministère de la Santé ?

Par Phoebe Ann Moses

Vaccination par Daniel Paquet (CC BY 2.0)
vaccination par Daniel Paquet (CC BY 2.0)

 

Les Français deviennent négligents avec leurs vaccins. Pensant être protégés « de toute façon », (c’est-à-dire comptant sur ceux qui se sont fait vacciner) ou étant « contre » (c’est-à-dire vivant dans un milieu tellement confortable qu’ils ont oublié ce qu’est une maladie potentiellement mortelle), ils ne voient plus la nécessité du vaccin et remettent même en cause le bien-fondé de la vaccination.

Pourquoi cette crainte ?

Plusieurs causes peuvent expliquer pourquoi les Français se détournent des vaccins :
La mauvaise gestion de la grippe H1N1, qui a conduit à une campagne de sensibilisation bizarrement orchestrée1, a laissé penser aux Français que l’État n’était pas complètement honnête avec eux : est-ce qu’on n’organisait pas une telle campagne juste pour écouler des stocks achetés en quantité inappropriée ? Les Français ont pu se demander s’il n’existait pas un lien étroit entre l’État et l’industrie pharmaceutique, qui avait par ailleurs bien profité de la vente massive des vaccins.

Cette perte de confiance a ensuite été amplifiée avec le vaccin contre la grippe : pas efficace à 100%, certes, mais suffisamment pour éviter aux plus fragiles d’en mourir, il a cependant parfois des « ratés » : en 2013, le virus de la grippe a muté, et comme le vaccin avait déjà été fabriqué (et injecté) on s’est aperçu un peu tard qu’il n’était efficace qu’à 50%.

Le coup de grâce arrive avec la pénurie de vaccins en France. Plus exactement, en France, seuls 3 vaccins sont obligatoires (DTP) mais il est curieusement impossible de se les procurer seuls. Ils ne sont disponibles que combinés à d’autres comme le vaccin contre la coqueluche (protégeant alors contre 4 maladies), ou combiné à haemophilus influenza (protection contre 5 maladies) ou à l’hépatite B (6 maladies). Ce qui équivaut à une vente forcée de vaccins. Curieusement, dans cette pénurie, le vaccin qui fournit une protection contre 6 maladies n’est pas en rupture de stock. Il n’en faut pas plus à certains pour penser qu’il s’agit d’un complot.

Le tout sans compter la prolifération de sites de désinformation, criant, au choix, à l’empoisonnement, à l’enrichissement des labos, à l’apparition d’effets secondaires jamais répertoriés… et à l’invention tenue secrète par la CIA du vaccin contre le SIDA à Cuba.

Une « grande concertation citoyenne » ?

vaccins rené le honzecLa communication de ce gouvernement, toujours amateur dans ce domaine, n’aide pas. Ainsi, Marisol Touraine propose aujourd’hui une grande concertation avec les Français  pour leur redonner confiance dans la vaccination.

Vu le talent déployé pour se mettre à dos les médecins libéraux, Marisol Touraine n’aura peut-être pas l’oreille très attentive de la profession ; mais enfin, celle qui a su faire passer sa loi santé devant un hémicycle presque vide devrait arriver à convaincre les esprits moins enclins à la critiquer.

Problème : si à l’issue de la concertation est maintenue l’obligation de certains vaccins, lesquels seront choisis ? Et en fonction de quels critères ? Des critères objectifs, scientifiques et médicaux ? Ou bien seront obligatoires les vaccins qui sont curieusement toujours disponibles et plus chers ? À voir…

L’efficacité des vaccins obligatoires a permis d’éradiquer certaines maladies. Faut-il pour autant arrêter de vacciner ? Car les cas de rougeole par exemple, de plus en plus fréquents, sont bien liés à l’abandon du vaccin, non obligatoire. La maladie a-t-elle disparu grâce au vaccin ? Ou le vaccin est-il inutile puisque la maladie a disparu ? C’est là tout l’enjeu de la réflexion.

Bref, le problème n’est pas simple, et faire une « grande concertation » risque bien d’aboutir à un méli-mélo de cas particuliers, de certitudes, de croyances, de preuves scientifiques, sans qu’il soit possible pour le quidam d’y voir bien plus clair.

Une solution libérale ?

Si le caractère obligatoire de la vaccination disparaissait (ce qui est une hypothèse), il est probable que le taux de vaccination pourrait diminuer. Il y aurait quelques perdants dans l’affaire : les patients qui contracteraient des maladies disparues ; les laboratoires qui vendraient moins de vaccins ; la Sécurité sociale qui devrait financer les soins de ces nouveaux malades. Tant qu’elle est obligatoire, il est évident qu’elle a son mot à dire sur le système obligatoire de vaccination, ne serait-ce que pour s’éviter des frais.

Si l’on souhaitait laisser aux patients le choix de leur protection vaccinale, il faudrait qu’ils puissent avoir une assurance personnelle qui les couvre dans le cas où ils contractent une maladie suite à un refus de se faire vacciner, comme c’est le cas lorsqu’on doit déclarer une activité à risque. Rien que cela pourrait faire prendre conscience à chacun de sa propre responsabilité.

Mais dans la mesure où la Sécurité sociale en France se veut obligatoire et puisque c’est elle qui paie les soins, il est évident qu’elle peut dicter ses propres consignes.

Un problème de riche en bonne santé

Reste que contester la validité de la vaccination est un problème de riche bien portant qui a peur d’être « le » cas aux effets secondaires désastreux. C’est une réaction bien nombriliste au regard du vaste nombre de gens protégés. On n’a pas peur d’un vaccin quand on est face à une maladie qui tue. Cela fait en général reconsidérer le « danger » du vaccin lorsqu’on voit de ses propres yeux une personne mourir de la diphtérie en Russie, comme autrefois de la variole, ou aujourd’hui du tétanos en France : là, c’est sûr, l’effet est garanti.

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  1. Les vaccins étaient faits dans des centres de vaccination et à l’hôpital, pas chez les médecins traitants qui ont été écartés de cette campagne et d’ailleurs ne l’ont pas oublié.