La retraite, on en rêve ! Et si on rêvait plutôt d’améliorer le travail ?

Manif Paris Retraites by Bertrand(CC BY-NC 2.0) — Bertrand, CC-BY

Plus que la retraite qu’il faudrait perfectionner pour la rendre plus supportable, c’est le travail qu’il faut promouvoir, favoriser et rémunérer à sa vraie valeur.

Par Jean-Paul Laplace.

Nos malheureux concitoyens rêvent de la retraite ! En fait ils rêvent de retraite parce qu’ils sont malheureux ; parce qu’on les rend malheureux au travail, ils rêvent de ne plus travailler.

Mais en même temps, mettre fin à une activité professionnelle, c’est ne plus aller au travail, ne plus rencontrer de collègues, ne plus partager avec eux joies et difficultés. C’est bien souvent devoir se réinventer devant le vide soudain de sa vie, et découvrir que l’on n’a pas les moyens de ses rêves de retraite.

Quelle erreur de vouloir quitter la « vie active » alors que dans la plupart des cas, les pays où l’espérance de vie est maximale sont aussi ceux où l’on se retire le plus tard de la vie active. Sans doute y a-t-il un lien… une vie plus longue en bonne santé permet-elle de travailler plus longtemps, ou bien travailler dans de bonnes conditions permet-il de vivre heureux et en forme plus longtemps ? La question mérite considération.

La science et la médecine, confrontées à la montée des maladies transmissibles, démontrent aujourd’hui que la cause majeure en est la sédentarité. Cette sédentarité qui n’a rien à voir avec l’inactivité physique, mais plus couramment avec une activité immobile. Oui, la sédentarité, plus que toute autre mauvaise manière de vivre, plus qu’une alimentation désordonnée, ou encore l’excès de gras, de sucre, de sel, selon les époques, voire tout cela à la fois pour les plus sectaires des gourous.

La pénibilité… mais laquelle ?

Quel faux débat encore que celui de la pénibilité qui revêt tant de formes. Travail de nuit et perturbation des rythmes biologiques en plus du désordre de la vie sociale. Difficulté par la force physique requise et la résistance à un environnement froid, ou chaud, ou hostile de quelque autre manière ; tension nerveuse considérable liée à la vitesse, à l’étendue des responsabilités, et aux conséquences de décisions quasi instantanées ; mais aussi tout simplement la sédentarité, celle du fonctionnaire de Courteline, confronté aux piles de dossiers, aux doléances des usagers, à la vindicte de petits chefs, ou tout simplement à la grisaille et à la monotonie des jours.

Bien malin qui dira qu’une pénibilité est supérieure à une autre, face à l’interaction d’un environnement particulier et complexe avec un individu unique, avec ses capacités, ses désirs et ses faiblesses.

Quelle erreur que de toujours vouloir raisonner des carrières de façon linéaire et non modifiable. Alors qu’on nous rebat à l’envi les oreilles de l’importance de la formation pour une adaptation de l’individu à de nouvelles fonctions. Ne rêvons pas toujours de former à des métiers qui n’existent pas encore pour jouer au prophète !

Maximiser son bonheur personnel

Ne serait-il pas plus productif d’aider ceux qui sont fatigués physiquement, pour l’une ou l’autre des raisons indiquées précédemment, à poursuivre leur carrière dans une autre fonction au sein de leur monde professionnel ou en dehors, selon leur aspiration. Imagine-t-on le bénéfice humain de leur permettre de garder entière l’estime de soi, plutôt que de les mettre au rebut de la société.

L’immobilisme bien français, celui du métier pour la vie, du domicile pour la vie, sans doute est-ce confortable… un temps. Mais ne serait-il pas plus utile à la collectivité de faciliter la mobilité, de la soutenir, pour gagner en bien-être individuel, pour que chacun soit  bien dans sa peau ?

L’âge de la retraite est déterminé de fait ; par la démographie et par le bien-être ou le mal-être de chacun. Il ne saurait faire l’objet d’une bataille de notoriété et  d’arguments incomplets entre différents acteurs sociaux.

En fait, plutôt que la retraite, c’est le travail et les conditions de sa mise en œuvre qu’il nous faut réhabiliter. Au delà du fait que plus il y a d’emploi (ou moins il y a de chômage), plus il est aisé de financer les retraites, il est clair que chacun a intérêt à maximiser son bonheur personnel, son bien-être. Mais n’oublions pas : certains sont malheureux parce qu’ils n’ont pas de travail, quand d’autres sont malheureux parce que les conditions de leur travail sont parfois exécrables.

On peut réclamer un statut spécial pour pénibilité et se retrouver sédentaire, à la retraite à 50 ans ; mais on peut aussi envisager une reconversion pour faire autre chose que ce dont on est lassé, découvrir d’autres activités, d’autres amis, et ouvrir son horizon.

On peut légiférer à perte de vue en toute méconnaissance des heurts et malheurs de la vie de la multitude, s’arroger des salaires et des primes mirifiques en oubliant ses ouvriers. Mais on pourrait aussi être attentif aux autres, à des méthodes moins abruptes, pour faire du travail ce qu’il doit être : une façon de se réaliser, de servir les autres et de créer du bien-être.

Je rêve ? Allons, il n’est jamais trop tard pour espérer et croire en l’Homme. Plus que la retraite qu’il faudrait perfectionner pour la rendre plus supportable, c’est le travail qu’il faut promouvoir, favoriser et rémunérer à sa vraie valeur.

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