Star Wars : The Rise of Skywalker ou comment en finir avec la série

star wars (capture d'écran)

Le film devait clore une saga de neuf films et réparer une trilogie handicapée dès l’origine.

Par Jonathan Frickert.

Sortie sur la plateforme Disney+, la série The Mandalorian, spin off de l’univers Star Wars réalisé par Jon Favreau (Iron Man), ne sera disponible en France qu’au début de l’année prochaine, mais s’annonce déjà comme le succès de cette fin d’année pour Disney.

Un succès qui rappelle celui qu’a connu Rogue One, dérivé du même univers et réalisé par un fan notoire de la saga, Gareth Edwards (Monsters, Godzilla), qui est allé jusqu’à passer une nuit dans le décor de Tatooine pour ses trente ans.

Contrastant avec cet état de grâce, la nouvelle trilogie peine à convaincre, au point que le neuvième et dernier opus est déjà annoncé comme un four commercial, voyant ses prévisions au box-office diminuer de jour en jour.

Semblant fortement inspiré de Harry Potter et clôturant ce que le youtubeur Timothée Fontaine (alias Durendal) appelle très justement « la Nostalogie » par des références constantes aux trilogies précédentes jusqu’à verser dans la parodie, le film apporte son lot de frissons, musicalement et visuellement réussi malgré le peu d’audace dans les décors, mais avec des chorégraphies de combats en sabre laser qui clouent enfin le spectateur au fond de sa chaise et un usage d’effets spéciaux physiques réussis contrastant avec la tentative de retour d’un Yoda sous forme de marionnette qui avait été décriée dans l’épisode 8.

L’œuvre renvoie également à la prouesse artistique de permettre à des acteurs masqués, voire casqués, de faire véritablement ressortir des émotions, comme ce fût déjà le cas de Dark Vador dans le sixième épisode sorti en 1983.

Ces éléments mineurs permettent de montrer que le film n’est pas la catastrophe évoquée depuis mercredi et ce contrairement à ce qu’évoque l’effet de loupe des réseaux sociaux amenant les critiques à être souvent plus audibles que les éloges.

Cependant, il est évident que The Rise of Skywalker a eu pour lourde mission de clore la plus importante licence de la culture populaire avec de sérieux boulets aux pieds.

Des personnages déséquilibrés

Le personnage principal, Rey, toujours campé par Daisy Ridley, conforte ici sa position de clef de la trilogie. Elle a clairement mûri et rappelle le parcours de Link, personnage principal de la série de jeux vidéo Zelda, tout en axant largement sur un conflit intérieur dont joue durant tout le long-métrage Kylo Ren/Ben Solo, interprété par un Adam Driver en grande forme. Ces deux personnages trouvent leur conclusion ici, et ce de manière très réussie dans l’ensemble.

Le Premier ordre, inspiré de l’organisation Odessa, réseau d’exfiltration nazie imaginé par Frederick Forsyth dans un roman de 1972, se retrouve, comme dans toute cette trilogie, être une copie de l’Empire original, perpétuant le parallèle avec l’Allemagne nazie ayant inspiré George Lucas.

L’antagoniste principal, dévoilé par les bandes-annonces, sort de nulle part et utilise les mêmes ficelles que celles des films précédents tout en rappelant largement Voldemort dans la lignée de l’inspiration potterienne.

Enfin, les personnages secondaires sont traités trop rapidement à l’exception du traitement correct de Leia Organa, dont l’interprète, Carrie Fisher, décédée il y a 3 ans et reprenant une dernière fois son rôle, semble en décalage, trahissant la reprise de rushs des épisodes précédents.

Disney oblige, l’œuvre est agrémentée de personnages ultra-secondaires attachants, dont un robot semblant constitué littéralement d’un gobelet et d’un rouleau de fil de fer et renforçant un humour très présent.

Une production désastreuse

Le film est réalisé par J.J. Abrams (Lost, Mission impossible), initiateur de cette nouvelle trilogie en mettant en scène The Force Awakens sorti en 2015. Ce dernier est arrivé en cours de projet pour remplacer Colin Trevorrow (Jurassic World), réalisateur initial de la conclusion de cette trilogie et quittant le projet pour différend créatif.

Après le désastre du huitième épisode, Abrams a eu la lourde tâche de débarrasser Disney d’un poids mort qu’il a lui-même contribué à lancer.

Le huitième épisode est une blessure pour une bonne partie des fans. Réalisé par Rian Johnson (Looper, À couteaux tirés), Disney avait fait preuve d’audace.

Seulement, le huitième épisode de la Guerre des Étoiles réalisé par Rian Johnson aura été désastre.

Bon pari artistique, The Last Jedi a pourtant fait perdre un temps fou à la trilogie en fermant toutes les intrigues et en laissant la patate chaude à ce neuvième épisode qui a donc eu la lourde tâche de réparer une trilogie partie dans tous les sens.

Un film de cinquante minutes

L’enjeu principal de cette conclusion tient dans la résolution du conflit intérieur du personnage de Rey posé il y a quatre ans avec le premier opus de cette nouvelle trilogie.

Une résolution censée clore neuf opus en seulement deux heures et demie, imposant un film rapide, très rapide comme pour rattraper le temps perdu, au point de délaisser les enjeux scénaristiques. Le long-métrage va à fond la caisse et ne laisse pas au spectateur le temps de ressentir la moindre émotion. Il faut en finir, et cela se sent.

Contraint à faire avancer artificiellement une histoire qui a stagné depuis maintenant quatre ans, le film enchaîne des ficelles scénaristiques gigantesques, qu’il s’agisse d’un usage ridiculement démesuré de la Force, des dénouements avoués explicitement par les personnages, des situations résolues sur un simple pressentiment ou des clichés qui s’ajoutent continuellement, tuant tout suspense dans l’œuf.

Les dénouements se sentent à des kilomètres – voire des années-lumière – tant tout est annoncé pour éviter que le spectateur ne s’ennuie, à la manière des dialogues perclus de clichés.

En plus de rattraper le temps perdu, on sent que rien ne doit avoir de conséquences, à la manière d’un reproche largement fait aux films de l’écurie Marvel, également sous la houlette de Disney.

Ces facilités amènent The Rise of Skywalker à ressembler davantage à un jeu vidéo ou à un téléfilm pour adolescents qu’à la clôture de la saga phare de la culture populaire occidentale.

Cette volonté d’en finir et d’éviter tout ennui concerne toutefois uniquement la première heure et demie.

Le film passe plus de la moitié de son temps à nettoyer les écuries d’Augias des deux films précédents. La seconde partie du long-métrage est bien plus agréable à regarder.

En effet, l’intérêt de ce film peut tenir en un épisode de série d’une cinquantaine de minutes. Et ces cinquante minutes sont bonnes, voire très bonnes et apportent enfin ce qu’on attend d’un vrai film Star Wars, clôturant magistralement les principaux enjeux de la trilogie et laissant le temps à son développement.

Tout le monde peut devenir un Jedi

Le message de The Rise of Skywalker reste en cohérence avec ce qui est attendu d’un Star Wars, à travers la question de l’identité et de la famille. Cette nouvelle trilogie ne fait pas exception. Elle a en effet basé les enjeux des deux personnages principaux autour de ces thématiques.

Rey est toujours en quête de son identité lorsque Ben Solo vit dans l’ombre de son grand-père. Des thématiques que le film dénoue de manière plus que correcte et permettant plusieurs parallèles avec les deux trilogies précédentes confortant la Nostalogie.

Si le film ne passe pas à côté du désormais inévitable message progressiste, ce neuvième épisode continue également sur sa lancée contre le déterminisme en montrant que l’héritage et le sang n’ont aucune valeur face aux actes réels des individus. La structure même de la menace à laquelle fait face la résistance fait écho à une forme de holisme, unifiant tout un collectif en une seule entité là où les héros relèvent d’une somme d’individualités associées.

Enfin, le message instillé par le premier épisode de cette nouvelle trilogie évoquant le fait que tout le monde, y compris une orpheline, peut devenir un Jedi se trouve renforcé voire magnifié ici d’une manière assez inattendue.

Un pari impossible

Alors que penser au final de The Rise of Skywalker ? Contrairement à ce que suggère la levée de boucliers que connaît le box-office mondial depuis quelques jours, cette conclusion n’est pas un four total. Le film est une mauvaise fin pour une mauvaise trilogie, mais reste un bon film si on met de côté l’inévitable temps pris à corriger les erreurs collectives qui ont plombé la production des prédécesseurs. Le film tient en haleine, procure les frissons qu’il doit procurer et laisse un goût doux-amer sur lequel il est impossible d’avoir un avis caricatural.

En l’état, il était sans doute très difficile, voire impossible, de faire un meilleur film avec les éléments présents. Le film devait clore une saga de neuf films et réparer une trilogie handicapée dès l’origine. La seule solution permettant de faire mieux que ce qui a été fait aurait été un reboot suicidaire et inconcevable pour une licence de pop culture à l’impact aussi fort sur plusieurs générations depuis maintenant plus de quarante ans.

Star Wars constitue une des icônes fondatrices de notre culture populaire. Une icône qui a su se renouveler au fil des époques, mais qui a souffert de la nôtre.

La trilogie des années 2010 s’inscrit dans l’ère des réseaux sociaux où les avis les plus extrêmes sont les plus visibles et où Marvel a posé les codes d’une nouvelle façon de faire du cinéma.

Un paradoxe au goût amer quand on sait que LucasFilm comme Marvel cohabitent dans le giron Disney, qui a peut-être, sans le savoir, égratigné sérieusement un des univers de fiction les plus iconiques et les plus sensibles qui soient.

 

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