Électricité : noir c’est noir !

old nuclear power plant and new wind turbine(CC BY-ND 2.0) — Jeanne Menjoulet, CC-BY

Les règles de prudence pour équilibrer le réseau électrique français sont bafouées par des responsables politiques et, plus grave encore, par le Réseau de transport d’électricité

Par Michel Gay1.

Les règles de prudence pour équilibrer le réseau électrique français sont bafouées par des responsables politiques et, plus grave encore, par le Réseau de transport d’électricité (RTE).

De la cécité volontaire au blackout accidentel, le résultat sera le même, il fera noir.

Vers un avenir électrique intermittent ?

La France s’achemine vers une période d’incertitude électrique. Sa capacité à pouvoir accorder la demande d’électricité et l’offre diminue au fur et à mesure que le développement des énergies renouvelables (EnR) progresse, sans aucun bénéfice tangible pour le climat.

La possibilité d’une absence de vent et de soleil en Europe limitera de plus en plus la puissance électrique disponible en France et dans les différents pays qui lui sont connectés. Cette situation conduira à des délestages tournants à distance grâce aux possibilités du nouveau compteur Linky, voire à un blackout. Et cette situation se produira d’autant plus rapidement que le mix électrique de nos voisins sera riche en moyens éoliens et photovoltaïques dont l’objectif semble être de consommer beaucoup moins d’énergie

Peut-on exposer ainsi volontairement à un tel risque nos sociétés devenues totalement électro-dépendantes ?

Même si l’efficacité énergétique progresse, l’incitation à transférer des usages carbonés vers l’électricité (mobilité électrique…) devrait avoir quelques conséquences fâcheuses.

Maintenir la tension…. en la faisant baisser !

La règle d’or de l’alpinisme est de ne lâcher une prise qu’après en avoir assuré une autre. Ce principe semble pourtant ne pas valoir pour le réseau national d’électricité.

Alors que la situation du système électrique s’annonce tendue voire critique dans les années à venir, RTE n’incite pas les pouvoirs publics à reconsidérer certaines de leurs injonctions loufoques issues de la loi de transition énergétique votée en août 2015.

Ainsi, les dernières centrales à charbon utilisées seulement quelques centaines d’heures par an dans des situations difficiles, restent encore capables d’offrir une puissance de 3 gigawatts « à la demande » en soutien au réseau électrique, ce qui est considérable.

Ces centrales sont pourtant vouées à la destruction. Elles sont l’otage de la volonté politique de montrer à nos voisins, et à la planète tout entière, que la France est un bon élève climatique, et qu’elle fait le ménage en chassant implacablement les gaz à effet de serre.

Leur contribution en CO2 est pourtant marginale dans un système électrique qui, globalement, n’en produit quasiment pas. C’est pourtant cet argument qui est brandi par les plus radicaux pour leur élimination.

Mordre la main qui nourrit

L’arrêt des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim programmé en 2020 n’a aucun rapport avec une quelconque préoccupation climatique. Cet argument est un mensonge admis par la députée Marjolaine Meynier Millefert.

Cette décision politique sert à calmer les ennemis viscéraux du nucléaire qui ont réussi à mettre un pied dans la porte, et qui ne vont pas s’arrêter en si bon chemin. La Planification Pluriannuelle de l’Energie (PPE) constitue même leur feuille de route.

Pourquoi maintenir coûte que coûte le découplage entre l’arrêt de Fessenheim et l’entrée en production de l’EPR qui respecte pourtant la disposition de puissance nucléaire maximale installée prévue dans la loi de 2015 ?

Le nucléaire ne gêne pas le développement des EnR car ces dernières sont prioritaires sur le réseau qui doit s’adapter à leurs productions « erratiques ».

Le nucléaire français est pilotable et souple. Mais cette qualité remarquable se retourne contre lui. Moins utilisé et moins bien rémunéré à cause du déversement prioritaire des productions EnR sur le réseau, il s’éloigne de plus en plus de l’optimum technico-économique pour lequel il a été pensé car ses coûts fixes (les plus importants) sont incompressibles.

Le nucléaire est pourtant reconnu par le Président de la République française et par le GIEC (dépendant de l’ONU) comme un élément déterminant de la souveraineté nationale et de la décarbonation mondiale.

L’épanouissement des EnR permet encore de faire illusion puisque, pour le moment, ces dernières progressent sans conséquences dommageables visibles sur la continuité de la fourniture.

Le consommateur, ignorant les arcanes de la production d’électricité, ne fait pas la corrélation entre le développement des EnR et l’augmentation des prix du courant (évidemment imputée au nucléaire dont les coûts sont stables depuis des années). Il ne fait pas le lien non plus avec l’envol des taxes sur les carburants, désormais source du soutien financier au développement des EnR électriques.

Le coupable est déjà connu

Si un blackout devait advenir ou si des coupures tournantes de courant s’imposaient, un coupable est déjà tout désigné à la vindicte : le nucléaire !

Élément dominant du mix électrique, les regards inquisiteurs se tourneraient vers lui, arguant d’une moindre disponibilité constatée de l’ensemble des réacteurs. L’argument ne serait pas sans fondement car depuis plusieurs années la disponibilité globale du nucléaire chute sous l’empilement des contraintes règlementaires de plus en plus lourdes à respecter, ce dont se réjouissent les antinucléaires.

De plus, la famille des réacteurs les plus anciens atteint progressivement la séquence des quatrièmes révisions décennales, ce qui implique des arrêts prolongés pour mener les contrôles et les travaux.

Mais RTE connait ces contraintes industrielles quantifiées et planifiées depuis longtemps. Elles font partie des éléments à prendre en compte pour équilibrer la demande et l’offre électrique, sa mission prioritaire.

Funambules sur un fil électrique

L’opinion, à qui les médias présentent avec constance l’inverse de la réalité, s’est accoutumée à marcher sur la tête.

Voir pousser partout des mâts éoliens et des champs photovoltaïques n’étonne donc presque plus personne. Pas plus que demander de faire des efforts ruineux pour décarboner à prix d’or un système électrique qui l’est déjà. Tout paraît… logique (comme de vouloir tondre un chauve), alors que tant reste à faire par ailleurs (transport, habitations,…).

Cette même opinion plébiscite cette évolution « écologique » sans réaliser que la France (et surtout RTE…) ne pourra à la fois satisfaire aux injonctions vertes et laxistes du politique et à celles, immuables et implacables, de la physique.

Imposer aux Français de marcher la tête à l’envers, sur un fil, et dans le noir devrait éveiller quelques suspicions sur l’avenir dangereux et peu « durable » d’une telle situation.

Quand il fera noir, il sera trop tard.

Et chacun pourra alors chanter la chanson de Johnny Halliday « Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir… ».

  1. Une libre reprise, avec son accord, d’un article publié par Gérard Petit sur « Le monde de l’Énergie ».
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.