Greta a ressuscité Einstein, par Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury s’attaque à l’instrumentalisation de la science par les écolos tout en défendant sa pratique au nom du progrès et de la philosophie des Lumières.

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Greta Thunberg by stephane_p (CC BY-NC-ND 2.0)

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Greta a ressuscité Einstein, par Jean-Paul Oury

Publié le 20 novembre 2022
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L’écologisme comme idéologie illibérale avait trouvé son égérie avec Greta Thunberg, mais il semblerait, autant par commodité que par opportunité, que sa rhétorique ait glissé de l’antiscience au scientisme le plus étroit.

Pour Jean-Paul Oury, qui signe un essai au titre évocateur Greta a ressuscité Einstein, c’est désormais au nom du « progrès scientifique » bien compris que les écolos cherchent à imposer leur vision du monde à l’ensemble de la population.

 

La « science » comme idéologie

La « science » dont se réclame Greta n’a pas grand-chose à voir avec l’ensemble des pratiques ordinaires des labos et des centres de recherches. Il s’agit plutôt d’un instrument politique, d’un élément de langage aux mains de ses thuriféraires pour imposer un certain nombre de politiques publiques délivrées comme autant de vérités révélées, indiscutables par le commun des mortels, entendez, ceux qui n’appartiennent pas aux classes dirigeantes technocratiques.

Aux mains des technocrates, l’idéologie de la science dont se prévaut l’écologisme devient un système de domination imposant ses règles et s’opposant clairement aux institutions libérales et démocratiques.

Une fois instrumentalisée politiquement, « la science » se fait la servante de plusieurs régimes politiques possibles poussés par les nouveaux militants écolo : la climatocratie, la covidocratie, la biodiversitocratie, la collapsocratie et l’algorithmocratie.

La climatocratie se sert du réchauffement climatique bien réel pour installer la peur, étendre la sphère gouvernementale et produire des interdits. Le style catastrophiste qui en véhicule le message ne supporte aucune critique, aucun dissident et aucun pas de côté. Au nom du « consensus scientifique » sur le sujet, le pouvoir politique l’impose comme vérité révélée abolissant toutes les limites et les normes qui autrefois définissaient le gouvernement représentatif classique.

La covidocratie repose sur les mêmes ressorts : s’appuyer sur une pandémie bien réelle pour ensuite consacrer politiquement un groupe d’experts devenu collège sacré et dont les décisions valent paroles d’Évangile pour initier des politiques publiques exceptionnelles.

Jean-Paul Oury revient avec précision sur la manière dont le docteur Fauci aux États-Unis a assis son autorité scientifique à force de combines politiques, comme la polémique « Raoult » qui aurait dû rester une querelle entre spécialistes mais est devenue politique sous la pression confiscatoire des technocrates. L’idéologisation de la médecine qui en a résulté a considérablement atteint la confiance accordée aux praticiens par leurs patients.

C’est aussi le catastrophisme écologique qui motive les tenants de la biodiversitocratie. Ce qui menace l’humanité, c’est la fameuse sixième extinction supposée se dérouler devant nos yeux, sous le regard imperturbable des dirigeants accusés d’immobilisme. Pour remédier à la fin de l’humanité annoncée, tous les moyens sont bons et certains de ses idéologues sont même prêts à défendre la dictature de salut public. Si la fin de l’Histoire est réelle, tous les coups sont permis, même l’anéantissement de la démocratie et des libertés individuelles.

 

L’idéologie sous couvert de science

Mais « la science » n’est pas seulement instrument de la nouvelle écologie politique. Jean-Paul Oury rappelle que la politique peut également maquiller l’idéologie en science quand cela lui convient, comme c’est le cas pour la collapsologie et l’algorithmocratie.

Dans le premier cas, « la science de l’effondrement » est une construction problématique qui ne correspond à rien de connu en pratique :

« (…) Au lieu de compiler les données et de tirer des statistiques sans aucun présupposé, ils ont posé une hypothèse a priori qui est celle que « la civilisation occidentale nous menait à notre perte » et on voit bien dans leurs exposés successifs qu’ils font une sorte de cherry picking de toutes les données qui corroborent leur hypothèse de départ sans tenir compte de celles qui pourraient l’infirmer. »

Comme la collapsologie, l’algorithmocratie détourne la science au profit de la politique, cette fois en s’appuyant sur la planification technologique. Il s’agit ici de mettre les nouvelles technologies au service de la reprogrammation des comportements humains. À l’heure où certains évoquent avec gourmandise la possibilité d’adopter un permis carbone, le propos est à la fois clairvoyant et glaçant.

Il est ici difficile de rendre compte en quelques lignes de la richesse de l’essai comme de la volonté constante de son auteur d’exposer et de déconstruire avec minutie les diktats du nouveau scientisme écologiste. Jean-Paul Oury s’attaque à l’instrumentalisation des sciences mais bien évidemment il ne condamne pas la science. C’est au nom du progrès et de la philosophie des Lumières que le directeur de publication de l’excellent site The European Scientist prend la plume et défend l’intégrité de sa pratique contre sa récupération par ses ennemis d’aujourd’hui. L’éclairage global donné sur les menaces qui planent aujourd’hui sur la démocratie par les différentes versions scientistes de la technocratie mérite une lecture attentive. À mettre entre toutes les mains !

 

Jean-Paul Oury, Greta a ressuscité Einstein, VA éditions, 2022.

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  • Les religions ont toujours aimé les jeunes filles vierges qui avaient des illumination comme Jeanne D’Arc, Bernadette Soubirou et maintenant l’autiste Gréta , Ces jeunes filles ne peuvent mentir car elle représente la pureté virginale et les contredire serait un blasphème

  • Les Français se foutent de l’écologie : il suffit de voir les résultats des élections. Mais la gauche y voit un moyen d’appliquer son idéologie de dictature du prolétariat dans laquelle ses élus de gauches captent les richesses du pays à leur profit. Il ne faut pas oublier qu’il n’y a que 2 façons de devenir riche : en créant de la richesse par son talent ; ou en spoliant les autres.

  • Que l’IPCC-GIEC, organisme de communication ayant sombré dans le scientisme en ne retenant que les articles qui servent sa cause, soit déclaré responsable des conséquences de ses décisions. Le rapport politique exige : soit… Exigeons en retour. Ils se basent des données contestables prétendument irréfutables : qu’ils en assument les conséquences pénales et civiles. 90 000 milliards de dollars et tout notre mode de vie sont en jeu. L’erreur fait partie du processus scientifique mais s’immiscer dans le processus de décision politique relève d’une tout autre mayonnaise… Cet ouvrage de monsieur Oury, comme le précédent, est excellent, concernant biodiversité et Covid, entre autres. Du petit lait… J’avais à peine refermé Sapiens et le Climat que je l’ai englouti d’un trait ! J’enchainerai ensuite sur Rémy Prud’homme, Les Vrais Responsables de la crise énergétique, en tachant tout de même d’achever le fascinant Thermodynamique de l’Évolution de Rodier… Et pendant que je lis, je n’entends pas l’insignifiante ritournelle des millénaristes verts, qui devrait prendre du plomb dans l’aile quand la crise qu’elle a engendrée frappera.

    • @drddupuy
      Mais le fiasco de la COP27, consommé ce matin-même, est tardivement réconfortant.
      Il révèle enfin qu’à l’évidence l’IPCC(GIEC pour les français) après 33 ans d’illusionisme d’apparence scientifique n’avait d’autre but que d’instaurer une prétendue « justice climatique » pour piller la minorité prospère accusée de contrarier le climat par un train de vie trop enviable.
      L’environnement est sensible à nos excès mais le climat ne nous demande pas notre avis pour vivre sa vie chaotique: nos ancêtres ont su s’y adapter tant bien que mal, à notre génération d’en faire autant, de préférence sans chercher futilement des boucs émissaires.

  • certes… reste que le monde scientifique , surtout payé par l’argent public, porte une responsabilité…

    je vais le répéter..mais quand es foules défilent en scandant il faut croire les « scientifiques « , ceux qui sont désignés comme tels doivent se lever et dire calmement… « ben non… » il faut ADMETTRE les faits et la logique…si on veut savoir ce qui est faux…

    hubris et pouvoir…

    ceci dit… comme connaitre l’etat de la science est ardu.. (ce qu’on sait et ne sait pas.) . en pratique le citoyen , si on lui demande de trancher!!! va écouter celui qui lui semble le plus « compétent »… exactement comme le patient écoute son médecin…

    la confiance donc l’impartialité est primordiale et avec le concept de conflit d’interet..
    un médecin a til interet à prescrire tel médicament ou telle procédure thérapeutique?
    un climatologue a t’il interet à défendre la validité de la théorie du RCA?
    les scientifiques publiques ont ils légitimes à « conseiller » un gouvernement?

    parfois dire on sait pas.. malgré le pognon que vous nous donnez..

    • Un véritable « homme de science » ne veut surtout pas être cru(e) mais simplement compris(e).

    • Le problème c’est que les scientifiques qui s’élèvent contre la doxa voient leur carrière mis en péril. Il n’y a qu’à voir ce qui est arrivé dernièrement à Peter Ried de l’université James Cook en Australie pour s’en convaincre. C’est l’université elle-même qui a intenté une action disciplinaire contre lui pour avoir osé critiquer les travaux douteux de se confrères sur la grande barrière de corail. L’université devrait être le lieu où toute parole et débat doivent être protégés. Ce n’est plus le cas, que ces universités soient publiques ou privées.
      Cela fait 40 ans que des « scientifiques » nous annoncent que l’apocalypse va arriver dans les 10ans. Ça fait 40 ans que les effets observables du réchauffement climatique anthropique n’ont pas été observés. Cela devrait suffer à disqualifier la théorie…et pourtant.

  • Je n’ai pas lu l’essai, je trouve les résumés inclus dans cet article assez convaincants, à l’exception du chapitre sur la « covidocratie »; j’en étais (naïvement?) resté à l’idée que c’est plutôt Raoult qui avait porté le débat devant le grand public, en utilisant en particulier « youtube » pour jeter le doute sur les prises de position officielles et pour convaincre les personnes ne faisant pas partie des autorités médicales de la justesse de ses analyses. J’ai personnellement pu lire le « méta document » que raoult faisait circuler et qui prétendait prouver que son remède était le bon: j’en ai conclu que nous n’étions plus dans une démarche scientifique mais dans une lutte de pouvoir stérile.
    Enfin je rappellerai qu’il s’agissait dans cette pandémie de vies humaines, et que les politiques suivies pouvaient, si elles n’étaient pas appliquées correctement ou pas du tout appliquées,
    se chiffrer en dizaines de miniers de victimes, à l’inverse de la climatocratie qui n’a pas d’autre impact qu’economique.
    Enfin, j’ai été effaré par la récupération politique du mouvement antivax, et par le contenu invraisemblable de certaines vidéos complotistes (inutile de les citer…) qui circulaient sur les réseaux sociaux.
    .

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