À quoi sert encore la démocratie face à la tyrannie des privilégiés ?

Philippe Martinez-PASCALVAN(CC BY-SA 2.0)

Le droit de grève a été dévoyé par une minorité d’agents publics financés par les contribuables, dont la vie se trouve singulièrement compliquée par ceux-là même qui vivent de leur argent.

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l’origine de tous les pouvoirs.  Alexis de Tocqueville De la démocratie en Amérique

Tocqueville se méfiait de l’omnipotence de la majorité, de sa tyrannie et du manque d’attention dont pourraient souffrir les « membres de la minorité ».

L’évolution politique de l’Amérique a montré que les pouvoirs ont su s’équilibrer et que nulle part ailleurs la société civile n’est aussi forte et bien représentée que là-bas. En France, nous ne sommes jamais arrivés à un tel équilibre. Il n’y a pas de tyrannie de la majorité mais une tyrannie des privilégiés et des moins représentés.

On peut être critique avec le gouvernement en place. L’IREF l’a souvent été et l’est plus que jamais au sujet de cette réforme des retraites, que nous jugeons dangereuse. Nous sommes parmi les seuls à le dire. Néanmoins, nous respectons les élections et la loi. Nos adversaires au pouvoir ont été élus et ceux qui les contestent n’ont aucun droit de bloquer le pays.

Un État à la fois omnipotent et impuissant

Nous vivons en France ce paradoxe d’un État omnipotent et impuissant à la fois, un État qui phagocyte plus de la moitié des richesses, qui est champion du monde des prélèvements obligatoires, tout en étant incapable de mener à bien une réforme importante. Cela s’est vérifié sous Chirac, Sarkozy et nous assistons au même phénomène aujourd’hui.

Vendredi 6 décembre, déclaration du Premier ministre :

Nous voulons installer un système de retraite juste, qui remplace la solidarité au sein de chaque métier par une solidarité véritablement nationale, où tous les Français sont solidaires de tous les Français.

Mais il a aussi affirmé que des « ajustements se feront concernant les régimes spéciaux » (retour de la clause du grand-père au bénéfice exclusif des régimes spéciaux). « La transition sera progressive », a-t-il ajouté, en donnant rendez-vous mercredi au CESE (Conseil économique, social et environnemental) pour « présenter l’intégralité du projet ».

Pourquoi le CESE, cet organisme si souvent épinglé, dont l’utilité n’a jamais été démontrée et dont la suppression a même été évoquée plusieurs fois ? C’est l’Assemblée nationale qui est l’émanation du peuple, pas le CESE.

Tyrannie des partenaires sociaux

En France, nous ne subissons pas la tyrannie de la majorité, mais celle des « partenaires sociaux » et du « dialogue social » qui est en réalité un monologue social imposé par des syndicats ne représentant personne (moins de 7 % de la population active) mais capables d’empêcher le pays de fonctionner.

Le droit de grève a été dévoyé par une minorité d’agents publics financés par les contribuables, dont la vie se trouve singulièrement compliquée par ceux-là même qui vivent de leur argent.

Faut-il rappeler que la fiche de paye de tous ces employés exaspérés par les grèves et les blocages comporte une contribution obligatoire aux caisses des syndicats ? Situation absurde et inimaginable ailleurs, où les syndicats vivent des cotisations de leurs membres et des services qu’ils proposent. En France, les cotisations volontaires ne représentent qu’à peine 4 % de leur budget. Ils n’existeraient plus sans les cotisations contraintes, sans les subventions directes ou indirectes qu’ils reçoivent, sans l’argent de la formation professionnelle.

On peut quand même créditer Emmanuel Macron de deux exploits : il a réussi à faire croire qu’il était libéral et il a fait descendre les syndicats dans la rue sans avoir accompli une seule vraie réforme. Confirmation qu’en France, la tyrannie de la majorité n’est toujours pas d’actualité.

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