Chute du Mur : l’anniversaire occulté

Berlin 2012-Berliner Mauer Park by _TuVeuxMaPhoto_(CC BY-NC 2.0) — _TuVeuxMaPhoto_, CC-BY

La chute du mur de Berlin a immédiatement été suivie de l’érection d’un autre mur : celui de la conspiration du silence sur les crimes du communisme.

Par Jean-Baptiste Noé.

Le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin est passablement occulté, en tout cas beaucoup moins traité que les dizaines anniversaires de Mai 68. Trente ans après, cet événement dérange parce qu’il oblige à considérer que le système communiste était mauvais et qu’il a échoué.

Le Monde Diplomatique fait sa Une de novembre avec un article au titre éloquent : « Allemagne de l’Est, histoire d’une annexion ». À croire que les troupes de la RFA ont lancé leurs panzers à l’assaut de Berlin et que des divisions de la Wehrmacht peuplées de descendants de SS s’en sont pris à l’armée de libération démocratique et populaire est-allemande.

Le mur est tombé nous dit-on. Mais il n’est pas tombé seul. Il est tombé parce que des Allemands se sont levés contre l’oppression marxiste et ont voulu mettre un terme à un régime totalitaire et à sa police politique.

Ce 9 novembre 1989 fut le prélude à deux ans de soubresauts qui ont conduit à la dissolution de l’URSS en décembre 1991. France2 a diffusé une série de six épisodes consacrés à la Guerre froide (Apocalypse) essentiellement centrée sur la guerre du Vietnam. Le dernier épisode, qui couvre la période allant de 1964 à 1991 évoque à peine la fin de l’URSS : quelques minutes sur une heure d’émission. Jamais les causes de la fin du système soviétique ne sont évoquées ; ses crimes sont à peine mentionnés et les acteurs de la fin du communisme ne sont pas traités.

Pour une partie du monde médiatique, il faut cacher la chute du communisme et taire et camoufler son échec. Ce sont les mêmes qui oublient la répression à Budapest en 1956 et à Prague en 1968. La chute du mur de Berlin a immédiatement été suivie de l’érection d’un autre mur : celui de la conspiration du silence sur les crimes du communisme.

Les minorités sont les vainqueurs de l’histoire

La leçon principale du communisme, c’est que ce sont les minorités qui font l’histoire. En 1917, les bolcheviks étaient minoritaires dans la Russie tsariste. Ils ont réussi à prendre en main la révolution d’octobre, à noyauter les soviets et à imposer leur volonté à l’ensemble du pays, par la force et par la violence. La masse russe a suivi cette minorité, par intérêt pour certains, par atavisme pour d’autres.

En 1991, ce sont aussi des minorités qui ont mis un terme à l’URSS. Des personnes qui, en Russie, en Pologne, dans les pays baltes ou en Tchéquie, ont refusé le communisme et ont lutté contre lui. La résistance n’a pas été collective, mais personnelle. Il y a les personnes connues et une kyrielle de résistants anonymes qui ont lutté contre le communisme à leur échelle.

Lutte contre la propagande marxiste-léniniste infusée à l’école en s’attachant à instruire ses enfants, transmission de la foi chrétienne au milieu d’un État à l’athéisme virulent, conservation et transmission de la culture nationale, de la langue, de la littérature, quand l’idéologie marxiste écrasait tout ce qu’elle assimilait à « l’art bourgeois ».

Les dissidents au communisme ont lutté avec les armes de la culture et le courage propre de personnes libres qui refusent le conformisme ambiant. Le très beau film d’Andrzej Wajda, Katyn, montre comment parler des massacres commis par l’armée soviétique à Katyn en 1940 revenait à s’exposer à la répression policière. Officiellement, ces crimes avaient été commis par les nazis. Dire la vérité historique, se lever contre l’écriture officielle de l’histoire pouvait conduire à la prison. La dissidence, c’était dire la vérité de l’histoire en attribuant à l’URSS la réalité de ces massacres.

La vie des autres montre très bien l’espionnage quotidien organisé en RDA et la destruction des personnes que cela engendre, y compris chez les policiers de la Stasi. Avec néanmoins un bémol de taille : dans le film, le policier ne dénonce pas l’écrivain dissident. Cet élément est faux, jamais aucun policier de la Stasi n’a contrevenu aux ordres. Ce qui est reproché au dramaturge Georg Dreyman c’est la rédaction d’un article sur les suicides en RDA. Puisque l’Allemagne communiste est le paradis, il ne peut pas y avoir de suicide, et encore moins un accroissement des suicides. Révéler une vérité statistique conduit à la prison. Le communisme est le règne du mensonge, de la laideur et de l’oppression des hommes entre eux.

Dire la vérité, dire la culture

Les principaux dissidents n’ont pas été des hommes politiques, mais des lettrés et des hommes de foi. C’est l’écrivain Vaclav Havel, qui a conduit la révolution de velours en 1989. C’est Milan Kundera, autre écrivain tchèque, obligé de fuir en France. C’est bien sûr Alexandre Soljenitsyne, accueilli comme un paria et un traitre en France par toute la gauche bienpensante qui refusait de reconnaître les crimes commis en URSS. Ces personnes-là, ou leurs fils spirituels, tenant encore les journaux et les médias, il n’est guère surprenant que l’événement de la chute du Mur soit passé sous silence.

La Pologne a donné des résistants de grande envergure, hommes de foi et d’un courage exemplaire. Jerzy Popiełuszko, aumônier du syndicat Solidarnosc, a lutté sans relâche contre le mensonge communiste. Après avoir échappé à plusieurs attentats organisés par le régime, il a été arrêté par la police le 19 octobre 1984. Torturé à mort, son corps a été jeté dans la Vistule, où il ne fut retrouvé que plusieurs jours plus tard. Ses funérailles furent l’occasion de rassemblements massifs en sa faveur et de défiance à l’égard du régime. Il y a bien évidemment Jean-Paul II, qui a échappé de peu à un attentat organisé contre lui le 13 mai 1981 sur ordre de Brejnev et dont les coups de boutoir ont fait plier Moscou.

Mstislav Rostropovitch, violoncelliste, expulsé d’URSS lui aussi, en venant jouer au pied du mur de Berlin a montré à sa façon que la culture réprimée et réprouvée pouvait gagner face au régime du mensonge.

Une chute que personne ne voulait

En 1989, pour beaucoup d’esprits occidentaux attachés au communisme, le démantèlement du mur devait donner un nouveau souffle à l’URSS ; il n’était bien évidemment pas question que cela aboutisse à la disparition du bloc communiste. La réunification allemande d’une part (1990) et les mouvements populaires d’autre part dans chacun des États vassalisés ont été autant d’imprévus derrière lesquels les Occidentaux ont couru. Beaucoup n’ont pas accepté cette disparition non prévue de l’URSS et ont toujours refusé d’analyser les raisons de cette disparition.

Les dictatures ne tombent pas parce qu’elles ont économiquement failli, même si la ruine économique peut aider à les fragiliser. Elles tombent parce que des minorités agissantes, composées d’Hommes de culture et de foi, refusent la dictature et sont prêts à donner leur vie pour abattre le régime. Lorsque ces minorités deviennent suffisamment fortes, elles arrivent à mettre en mouvement la majorité et ainsi à faire pression sur le gouvernement.

Mais encore fallait-il des personnes qui comprennent l’essence du marxisme et son incompatibilité avec la dignité humaine. Tout l’inverse donc des sociaux-démocrates pour qui le marxisme au fond n’est pas mauvais, seule fut ratée son application.

La chute de l’URSS reste à accomplir

C’est une opposition intellectuelle et rationnelle au marxisme qui a donné le ressort suffisant à certaines personnes pour résister, fût-ce au prix de la mort. Le dissident ne lutte pas contre un régime, il lutte contre une idéologie, dont la traduction visible est un régime politique. La commémoration a minima de la chute du mur de Berlin est à cet égard biaisée : c’est le régime politique qui est rejeté, non l’idéologie qui l’a porté. Pour trop de monde encore, le marxisme n’a pas failli, il n’est pas « intrinsèquement pervers » selon l’expression de Pie XI, qui étant en poste diplomatique en Pologne a vu l’arrivée des Soviétiques en 1922.

La disparition de l’URSS a engendré une transformation politique forte en Europe, mais sur le plan des idées, peu de choses ont changé. Le refus de reconnaître la perfidie radicale du marxisme a conduit à la permanence de sa branche non violente qu’est la social-démocratie, qui poursuit son exploitation humaine notamment par des taux de prélèvement fiscaux désormais confiscatoires.

Comme au temps de l’URSS, il y a des réalités objectives qui ne peuvent pas être dites, des statistiques qui sont camouflées, une culture qui est arasée. Plutôt que de détruire les églises et les châteaux, comme au temps de Khrouchtchev, on n’entretient pas les bâtiments, qui tombent en ruine, le budget de la culture étant dévolu à la promotion du nouvel art réaliste-soviétique.

Les cours de marxisme-léninisme, enseignés tous les ans à tous les âges du système scolaire, ont été remplacés par les cours de développement durable, dévoiement de la géographie, qui véhiculent la même peur, la même ignorance de la science et la même haine de soi. L’histoire est occultée, au profit d’une réécriture politique du passé et les médias officiels gorgés d’argent public délivrent la propagande quotidienne.

Trente ans après la chute du mur de Berlin, la Pravda est toujours là, et toujours aussi mensongère, ainsi que le virus marxiste, qui a muté vers l’écologisme et l’idole Gaïa. La haine du bourgeois a été remplacée par la haine de la culture européenne ; quant à la liberté de parole, elle est de plus en plus restreinte. Il reste encore à agir pour que l’URSS s’effondre, mais à l’Ouest cette fois-ci.

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