Est-ce qu’Apple existerait sans aide gouvernementale ?

Si Steve Jobs et Stephen Wozniak n’allaient pas cracher sur du capital au rabais, on peut croire qu'Apple aurait sans doute vu le jour sans cet argent.
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Est-ce qu’Apple existerait sans aide gouvernementale ?

Publié le 21 novembre 2019
- A +

Par le Minarchiste.

Dans son livre The Entrepreneurial State, Mariana Mazzucato affirme qu’Apple n’aurait pas pu exister sans l’aide gouvernementale.

Apple est souvent considérée comme un « poster child » du capitalisme, démarrée à partir de rien dans un garage et se réinventant grâce à des designs uniques et des innovations révolutionnant le monde de l’électronique.

Est-ce qu’Apple aurait pu avoir autant de succès sans aide de l’État ?

Mazzucato affirme qu’Apple a pu démarrer grâce à de l’argent issu du programme Small Business Administration. En fait, Apple a reçu une participation de 500 000 dollars de Continental Illinois, une banque commerciale privée en partie financée par la SBA.

La banque et la SBA ont réalisé un gain substantiel sur cet investissement lors de l’entrée en bourse d’Apple en 1980.

Par ailleurs, cette même année 1978, Apple a reçu de nombreuses injections de capitaux de la part de firmes de capital risque ou venture capital.

Cet aspect contredit l’une des principales affirmations du livre voulant que le capital risque arrive toujours beaucoup trop tard et n’apparaît qu’une fois tout risque disparu. Pour Apple, le capital risque a investi en même temps que le gouvernement.

En fait, on peut fortement douter de la nécessité pour Apple d’obtenir ces 500 000 dollars. Steve Jobs et Stephen Wozniak n’allaient certainement pas cracher sur du capital au rabais, mais l’entreprise aurait sans doute vu le jour sans cet argent.

Disque dur à grande capacité

Le prix Nobel de physique de 2007 fut attribué à Albert Fert et Peter Grunberg, pour leur découverte de la magnéto-résistance géante qui a permis de développer des disques durs pouvant contenir beaucoup plus de données.

C’est IBM qui a d’abord utilisé cette découverte pour mettre au point un nouveau type de disques durs commercialisables.

Cette technologie était nécessaire à la conception du iPod, le produit révolutionnaire qui a eu un si grand impact sur Apple.

Mazzucato mentionne que leurs recherches ont été financées par les gouvernements de France et d’Allemagne, ce qui est sans doute vrai puisque ces chercheurs œuvraient au sein d’universités publiques.

Les semi-conducteurs

Mazzucato affirme que le gouvernement américain a joué un rôle clé dans l’invention des semi-conducteurs.

Comme le Département de la Défense américain considérait les semi-conducteurs d’une importance stratégique du point de vue militaire, il a créé la Strategic Computing Initiative, qui a alloué un milliard de dollars de soutien à la recherche en informatique entre 1983 et 1993.

Cette initiative s’est surtout concentrée sur l’Intelligence Artificielle et s’est révélée un échec. Il semble que Mazzucato fait fausse route sur ce point.

En fait, les semi-conducteurs sont issus des travaux de recherches menés chez Bell Labs, une division de AT&T. Cette compagnie de téléphonie bénéficiait à l’époque d’un monopole gouvernemental lui permettant de financer ses activités de R&D en y consacrant 1 % de ses revenus.

Autrement dit, ce sont les clients d’AT&T qui ont financé ces recherches en payant des prix trop élevés pour leur service téléphonique.

Il ne s’agit donc pas vraiment de recherches financées par l’État, mais c’est grâce au gouvernement qu’AT&T avait ce monopole.

L’écran tactile

C’est la technologie de l’écran tactile qui a permis aux produits d’Apple de passer à un autre niveau.

Apple a obtenu cette technologie en faisant l’acquisition de l’entreprise FingerWorks en 2005, fondée en 1998 par John Elias et Wayne Westerman.

Est-ce que Westerman a bénéficié de financement public pour faire ses recherches ?

En fait, il a développé son invention durant sa thèse de doctorat à l’Université du Delaware. Cette université étant publique, on peut donc en conclure que cette invention a bénéficié d’aides gouvernementales.

Il faut par contre savoir que l’entreprise Fingerworks aurait probablement disparu si Apple ne l’avait pas acquise. Leur produit trop onéreux et peu convivial ne pouvait satisfaire qu’une clientèle de niche.

Ce sont les dirigeants d’Apple qui ont eu l’idée d’intégrer cette technologie à un téléphone cellulaire pour créer le iPhone.

Les piles Li-ion

Ces piles ont été développées graduellement dans le cadre d’une succession de recherches menées depuis les années 1970, et initiées par le laboratoire de la compagnie pétrolière

Exxon qui les a commercialisées en premier, sans intervention du secteur public.

Ce sont les travaux de John B. Goodenough qui ont permis de les améliorer jusqu’à leur commercialisation par Sony. Ces recherches ont été menées à l’Université d’Oxford en Angleterre et lui ont valu le prix Nobel.

Comme Oxford reçoit sûrement du financement public pour la recherche, le gouvernement a donc participé à cette invention, mais il est fort probable qu’elle aurait quand même vu le jour.

Écran à cristaux liquides

Mazzucato mentionne aussi cet écran comme une invention gouvernementale ayant bénéficié à Apple.

Pourtant, le premier écran à cristaux liquides a été inventé par George H. Heilmeier en 1968 alors qu’il travaillait pour les laboratoires RCA, une firme privée.

Les développements subséquents ont surtout impliqué des firmes privées telles que Hoffmann-LaRoche, Seiko, Westinghouse, Sharp, Brownm Boveri & Cie, Philips, Epson, Citizen, Merck KGaA, Hitachi, NEC, Samsung et Toshiba.

En somme, cette invention semble le fruit des efforts de R&D d’entreprises privées.

L’Internet

Évidemment, un téléphone intelligent ne serait pas très intelligent sans l’Internet.

Selon Mazzucato, l’Internet est une invention purement gouvernementale. À mon avis, cela n’a rien à voir avec la question qui nous préoccupe ici.

On pourrait aussi dire qu’il n’y aurait pas de voitures sans routes, mais cela ne signifie pas que les fabricants d’automobiles doivent financer les routes. Ce sont les automobilistes qui les financent à partir des taxes sur l’essence et les péages.

Dans le même ordre d’idées, les fabricants de téléphones cellulaires et de tablette ne doivent financer l’Internet.

C’est encore le syndrôme du « you didn’t build that » qui se manifeste.

Par ailleurs, dans un article antérieur, j’avais démontré que l’Internet a des origines beaucoup plus privées que certains le pensent et qu’en fait, le gouvernement en a bloqué l’accès pendant plus de 25 ans avant que le secteur privé puisse en profiter.

Le gouvernement a donc nui à la commercialisation de l’Internet, ce qui va à l’encontre de la thèse de Mazzucato.

Le système GPS

De nos jours, les iPad et iPhone bénéficient du système GPS qui a débuté dans les années 1970 dans le cadre du programe militaire américain NAVSTAR.

L’objectif était de prime abord militaire, mais la technologie a été mise à la disposition des civils à partir de 1983.

Il s’agit évidemment d’une infrastructure purement gouvernementale.

Ceci dit, les technologies ayant permis de rendre le GPS utile à tous, incluant les produits Apple, ont été développées par le secteur privé.

Au final, dans une société libérale, on peut s’attendre à ce que le gouvernement s’occupe des infrastructures essentielles et que le secteur privé s’occupe du reste. Ce qui est le cas de la constellation de satellites formant le GPS.

La R&D d’Apple

Mazzucato affirme qu’Apple dépense de moins en moins en R&D relativement à ses revenus et que par conséquent elle semble se défausser davantage sur les gouvernements pour financer les découvertes lui permettant d’améliorer ses produits.

Il est vrai qu’à ses débuts, Apple dépensait une plus grande part de ses revenus en R&D.

Par exemple, en 1991, la firme a dépensé 9,2 % de ses ventes en R&D comparativement à 5,4 % en 2018.

Par contre, les dépenses de R&D d’Apple ont tout de même augmenté de 23,4 % au cours de cette période pour atteindre 14 milliards de dollars !

En revanche, aux États-Unis, le gouvernement américain dépense environ 140 milliards par an pour soutenir la recherche alors que le secteur privé dépense 370 milliards en R&D.

Ce n’est pas la R&D qui a diminué dans le cas d’Apple, mais bien les revenus qui ont explosé du fait que l’entreprise commercialise de plus en plus de produits à marges élevées.

Il serait inutile et du gaspillage pour Apple de dépenser 10 milliards de plus en R&D pour revenir à 9 % de ses ventes.

Conclusion

Mazzucato oublie qu’il y a une différence considérable entre faire une découverte scientifique et innover de manière à mettre à disposition cette découverte entre les mains du plus grand nombre sous la forme d’un produit utile et désirable.

Les entreprises privées sont sans conteste les plus aptes à innover et inventer des nouveaux produits qui améliorent notre niveau de vie.

Elles font aussi un peu de recherche fondamentale, mais il n’y a pas de mal à ce que le gouvernement aide financièrement les universités publiques ou privées à ce niveau.

Les sommes impliquées ne sont pas si élevées et pourraient être financées en veillant à ce que l’État retienne une part des brevets obtenus suite à des recherches qu’il a financées.

Nous aurions alors un système auto-suffisant qui pourrait même être privatisé ; comme NAV Canada et Aéroport de Montréal par exemple.

La privatisation d’un tel organisme sous la forme d’une société sans but lucratif permettrait de dépolitiser la recherche, c’est-à-dire empêcher les politiciens de favoriser certains secteurs ou certains objectifs au niveau de la recherche (picking winners).

Sur le web

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  • Pour info, en 2004 alors qu’Apple n’avait pas encore acheté Fingerworks , il existait déjà plus de 60 modèles de smartphones à écran tactile.

  • Cet article aurait pu peut-être intéressant dans la démonstration mais il oublie un fait historique majeur.
    En 1997 alors qu’Apple était en complète faillite, Apple a été sauve par un prêt sans conditions de 150 millions de USD par Microsoft.

  • Sur le fait que le gouvernement doive financer les infrastructures, relire le fantastique chapitre « vendez les routes, vendez les hôpitaux, vendez tout » du très grand livre de David Friedman (le fils de Milton) « vers une société sans état ».

    Ou encore, sur le fait que le secteur privé créerait quand même des infrastructures même sans rentabilité : les travaux de Ronald COASE, prix Nobel d’économie 1991 sur les externalités et les biens communs (cf ses travaux sur les phares britanniques du 19 ième siècle)

  • Oui et quand ils étaient petits les deux Steve fondateurs ont certainement été nourris au lait. Donc sans vaches laitières Apple n’aurait sûrement pas existé.
    A cause de l’inévitable capillarité entre secteurs public et privé, il faudrait en déduire que le privé doit tout, jusqu’à son existence, à l’État? Bullshit!

    • En fait, cela revient à affirmer une évidence : au fur et à mesure que la spécialisation du travail progresse, tout le monde devient interdépendant pour un meilleur niveau de vie. Cf moi le crayon de milton friedman sur YouTube, édifiant !
      De là à en déduire comme le fait MAZZUCATO que cela implique que les uns doivent tout aux autres et n’aurait pas existés sans eux, c’est attribuer l’origine de la spécialisation du travail à quelqu’un (ici, au gouvernement) alors que cela relève de l’ordre spontané.

    • Et d’ailleurs sans bullshit, pas de vaches laitières non plus … 🙂

  • Lorsque l’Etat finance une activité, notamment la recherche, il le fait en redistribuant des richesses déjà créées par ailleurs. Notez que l’Etat ne peut pas distribuer puisqu’il ne crée aucune richesse en dehors des fonctions régaliennes. L’Etat ne peut que REdistribuer : une première distribution a déjà eu lieu, naturellement, en fonction des droits légitimes de chacun, mais l’Etat a détruit cet ordre spontané par l’impôt illégitime, réduisant les droits de chacun à néant.

    Quand, au bord d’une route, vous croisez un panneau annonçant fièrement que telle ou telle institution construit ou rénove une route, il s’agit d’un mensonge éhonté. Il en va de même avec la recherche. Ce n’est pas l’Etat qui finance la recherche publique mais en réalité les individus taxés.

    Autrement dit, si l’Etat ne taxait pas, la recherche existerait spontanément sans lui et, on peut l’imaginer, dans d’autres direction de travail certainement beaucoup plus utiles à la collectivité. En effet, si l’Etat emploie la force, c’est nécessairement pour imposer une situation sous-optimale. Dans le cas contraire, ce que l’Etat décide de financer le serait déjà et il n’aurait aucune raison de s’imposer par la force.

    Il apparaît que certains scientifiques sont très attachés à la collectivisation de la société par l’Etat car ils supposent que sans ce dernier, ils ne seraient pas aussi bien financés. Leur crainte implique que leurs travaux sont peu ou pas utiles. Ils savent en outre que, bien avant d’être des chercheurs, ils sont avant tout des rentiers.

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