Crise des urgences : les mauvaises solutions proposées par l’État (4)

Ce que prévoit le plan d’Agnès Buzyn pour désengorger les services d’urgences consiste à réinventer l’eau tiède, à singer le marché.

Par Patrick de Casanove.

Agnès Buzyn veut résoudre le problème de l’affluence aux urgences par la mise en place d’un plan de 750 millions sur trois ans.

Ce plan consiste à réinventer l’eau tiède, à singer le marché, savoir organiser ce qui auparavant se faisait spontanément, ou qui aurait pu se faire si la liberté de travail avait existé.

Ce qui va être fait

La grande nouveauté est à trouver du côté de la mise en place d’un « tout nouveau service public » d’ici à l’été 2020 avec la création d’un « service distant universel » dont le but est de « répondre à toute heure aux demandes de soins » des Français.

Son nom : le service d’accès aux soins (SAS).

En clair, ce service aux contours encore flous devant être éclaircis en novembre prochain, offrira au patient des « conseils », une « téléconsultation » ou encore des « télésoins »… Et lui permettra de prendre rendez-vous avec un médecin généraliste dans les 24 heures en fonction des troubles qu’il aura rapportés.

Son objectif est de venir à bout des 43 % de passages aux urgences présentés comme évitables si ce patient avait su à qui s’adresser pour se faire soigner, peut-on lire dans le dossier de presse présentant ces mesures.

Les détails de ce service d’accès aux soins (SAS) seront annoncés au mois de novembre.

Une mutualisation des numéros de téléphone d’urgence (15, 18, 112, 116, 117) pourrait également voir le jour.

Un service public pour sauver un service public c’est le serpent qui se mord la queue.

Le ministre veut aussi « renforcer l’offre de consultations médicales sans rendez-vous » : pour désengorger les services d’urgences, le plan d’Agnès Buzyn entend par exemple s’appuyer sur les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), dispositif né en 2016, destiné à regrouper les professionnels de santé d’un territoire autour d’un projet médical pour assurer des soins de base.

La nouveauté, à en croire la ministre, réside dans son déploiement ambitieux : « L’objectif étant de 1000 CPTS en 2022 ». Or, librement organisés, il y avait toujours une place pour une consultation urgente, ou non.

L’élargissement des compétences aux professionnels non-médecins : pour prendre en charge certains patients, des « protocoles de coopération » pourront voir le jour fin 2019 pour permettre d’une part aux kinésithérapeutes de prendre en charge les lombalgies et les entorses de la cheville et d’autre part aux pharmaciens et aux infirmiers de s’occuper des « pathologies simples ».

Les pharmaciens pourront également « renouveler ou adapter » des ordonnances prescrites.

Soit autant de dispositions déjà initiées par la réforme de l’hôpital de 2009 et réaffirmées par la loi Santé votée au mois de mars dernier.

On entre là dans la délégation de tâches.

Cette partie du dossier ne peut être traitée si l’on oublie que le médecin, aujourd’hui en France, est noyé dans des tâches non médicales et sous une paperasse sans cesse croissante.

La création du métier d’assistant médical, sa mise à disposition en tout petit nombre et sous conditions ne résoudra pas grand-chose.

Ce métier existe depuis belle lurette en Suisse, pour tous les cabinets et avec d’autres équipements que ceux de nos pauvres cabinets de médecine générale.

Bref, ce sont des réponses techniques à un problème politique, parce que les choix en matière de santé sont faits sur des critères politiques.

Ce qu’il faudrait faire

Il y a pénurie. Si la cause n’est pas clairement identifiée et traitée, la pénurie persistera.

Nous aurons une pénurie subventionnée, mais une pénurie tout de même.

C’est la même chose pour la pauvreté induite par le socialisme et abreuvée d’aides sociales. Les pauvres sont toujours pauvres, mais aidés. Or l’objectif devrait être qu’il n’y ait plus ni pénurie, ni pauvres.

La Sécurité sociale n’est plus qu’une entité administrative dont le but est de survivre.  » Il faut sauver la Sécu  » est le B.A-BA de la politique de santé en France alors que, pour le plus grand bénéfice des Français, il devrait s’agir de prendre « en charge leurs soins quelles que soient leurs ressources, leur situation ou leur état de santé. » comme rappelé supra dans les rôles dévolus à la Sécu.

Le système social français repose sur une erreur anthropologique qui consiste à croire que l’être humain est incapable de choisir avec discernement.

À partir de là les gouvernants, qui sont pourtant des êtres humains, décident pour lui. Ils lui enlèvent son libre arbitre et sa responsabilité. Ce faisant, ils détruisent son humanité.

« Ce n’est pas un moindre inconvénient à eux de détruire le principe de la responsabilité ou du moins de la déplacer. La responsabilité ! Mais c’est tout pour l’Homme : c’est son moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. Sans elle, l’Homme n’a plus de libre arbitre, il n’est plus perfectible, il n’est plus un être moral, il n’apprend rien, il n’est rien. Il tombe dans l’inertie, et ne compte plus que comme une unité dans un troupeau. » Frédéric Bastiat, Services privés, service public (1850)

Il n’est pas possible de corriger plus de 70 ans d’errements politiques sans aller plus loin que  verser 750 millions pour solde de tout compte.

Depuis 70 ans l’État a montré non seulement son incapacité à assurer une protection sociale pour tous mais aussi sa propension à aggraver le problème.

Le modèle social de 1945 est en faillite.

Disparition des incitations productives, nombre insuffisant de médecins formés, tout cela entraîne des pénuries dont les urgences, pour ce qui nous occupe aujourd’hui, ne sont qu’une des victimes. Les pénuries entraînent des rationnements.

Nous l’avons vu, mal-investissement, pénuries et rationnement sont des signes caractéristiques, pathognomoniques dirait un médecin, d’un système socialiste.

Pour venir à bout de la pénurie il faut créer l’abondance et la prospérité. Il faut donc sortir du socialisme et faire le choix d’un autre modèle social.

Il faut revenir sur le système des droits sociaux qui sont de faux droits. Ce ne sont que des droits de tirage sur la société, des droits-créances sur le travail d’autrui.

Il ne faut plus bâtir la société sur le vol, sous le fabuleux alibi de la solidarité. La première chose à faire sera de revenir aux droits naturels : rendre la liberté et respecter de la propriété privée.

La liberté de choisir

Ce choix de société doit revenir aux Français directement grâce à la liberté de choisir le service qui leur convient le mieux ; cela signifie que l’État doit se retirer pour qu’une protection sociale, un accès au soins de meilleure qualité, soient mis en place.

« C’est pourquoi, chaque fois que nous ne voulons pas qu’une chose soit faite par le gouvernement, il en conclut que nous ne voulons pas que cette chose soit faite du tout. Nous repoussons l’instruction par l’État ; donc nous ne voulons pas d’instruction. Nous repoussons une religion d’État ; donc nous ne voulons pas de religion. Nous repoussons l’égalisation par l’État ; donc nous ne voulons pas d’égalité, etc. C’est comme s’il nous accusait de ne vouloir pas que les Hommes mangent, parce que nous repoussons la culture du blé par l’État. » Frédéric Bastiat, La Loi (1850)

Pour que les Français exercent leur pouvoir d’achat ils doivent disposer de l’intégralité de leurs ressources : pour le salarié, recevoir son salaire complet, pour un pensionné l’intégralité de ses pensions, pour un non-salarié conserver l »intégralité de son chiffre d’affaires diminué des frais nécessaires à l’exercice de sa profession.

Ce dispositif est complété par une imposition simple, faible et proportionnelle pour remplacer le fatras étouffant actuel.

À partir de là, la protection sociale ne sera plus un monopole étatique mais sera ouverte à la concurrence.

Les Français auront la liberté de choisir entre la Sécurité sociale, les mutuelles ou les assurances. Ils n’auront qu’un interlocuteur au lieu de  deux actuellement.

Chacun choisira le contrat qui lui convient et pourra librement en changer.

Bien entendu personne ne sera, et ne pourra être exclu pour raison de santé. Il existera une grande souplesse dans les contrats. Puisque les assurances et les gens seront liés par des contrats ils seront obligatoirement respectés. Là est le rôle de l’État. Alors qu’aujourd’hui aucun contrat ne garantit au Français qu’ils seront remboursés. Le remboursement dépend du caprice du législateur.

Le prix des services médicaux sera libre. Les médecins organiseront leur cabinet comme ils l’entendent en horaires, personnel et matériel.

Ils ne seront plus soumis à des contrôles comptables, ni victimes de délits statistiques. Le contrôle qualité sera fourni, par exemple, par les sociétés savantes.

Grâce aux vertus de la responsabilité et de la concurrence, si le service rendu par le médecin convient, les honoraires demandés seront acceptés. Si le service ne convient pas la personne trouvera ailleurs le service qui lui convient, ou les honoraires seront revus à la baisse.

« La responsabilité, c’est l’enchaînement naturel qui existe, relativement à l’être agissant, entre l’acte et ses conséquences ; c’est un système complet de peines et de récompenses fatales, qu’aucun Homme n’a inventé, qui agit avec toute la régularité des grandes lois naturelles, et que nous pouvons par conséquent regarder comme d’institution divine. Elle a évidemment pour objet de restreindre le nombre des actions funestes, de multiplier celui des actions utiles ». Frédéric Bastiat, Responsabilité (1850)

La médecine générale comme la médecine hospitalière retrouveront leur attractivité.

Les besoins seront satisfaits par la merveilleuse loi capitaliste qui veut que si un besoin existe quelqu’un y rpondra dans un échange libre, pour un prix satisfaisant les parties.

Dans ce contexte, à partir du moment où un besoin de prise en charge des urgences existe, il sera pourvu au meilleur prix et sans gaspillages, et les médecins innoveront pour y répondre.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.