Le 12 novembre, France a dépensé toutes ses recettes de l’année

Poor man showing empty pocket by Marco Verch Perofessional(CC BY 2.0) — Marco Verch Perofessional, CC-BY

La situation financière de la France est très dégradée et n’est pas près de se normaliser.

Par Nicolas Marques.
Un article de l’Institut économique Molinari1

Les États de l’Union européenne épuisent en moyenne leurs ressources le 16 décembre, 16 jours avant la fin de l’année. C’est quatre jours plus tard que l’année précédente, ce qui représente une amélioration notable.

Parmi les 28 administrations centrales de l’Union, 11 étaient en situation excédentaire l’an passé. Leurs recettes 2018 leur ont permis de financer toutes les dépenses de l’année et de se désendetter. Les champions étaient la Bulgarie (excédent équivalent à 23 jours de dépenses), Malte (excédent de 18 jours), l’Allemagne (excédent de 17 jours) et la Suède (excédent de 17 jours).

Les 17 autres administrations centrales dépensaient la totalité de leurs recettes avant la fin de l’année. Pour 14 d’entre elles, les ressources étaient consommées en décembre. Pour quatre d’entre elles, elles étaient consommées bien avant : France et Roumanie (12 novembre) et Chypre (26 octobre).

Les États restent le point noir des finances publiques européennes. Au niveau de l’Union européenne, les administrations centrales expliquent l’essentiel des dérapages des comptes publics (16 jours non financés). Les administrations d’États fédérés sont équilibrées depuis 2017 (quatre jours d’excédent l’an passé). Les administrations locales sont équilibrées depuis 2014 (deux jours d’excédent l’an passé).

C’est aussi le cas des administrations de Sécurité sociale depuis 2016 (six jours d’excédent l’an passé). Conséquence : toutes administrations confondues, les différents pays de l’Union avaient consommé la totalité de leurs recettes publiques six jours avant la fin de l’année. C’est deux jours de mieux que l’année d’avant.

La situation française est excessivement dégradée

La situation de l’administration centrale française reste excessivement dégradée en dépit de la conjoncture

L’administration centrale française avait dépensé l’intégralité de ses ressources le 12 novembre 2018, 49 jours avant la fin de l’année. Elle figure parmi les États ayant les plus grands déséquilibres au sein l’Union européenne. Elle épuise ses ressources le même jour que la Roumanie. Seul Chypre fait pire en les ayant épuisées le 26 octobre.

Les projections réalisées par l’IEM à partir du dossier de présentation du Projet de loi de finances pour 2020 montrent que la situation n’est pas près de se normaliser. Le nombre de jours de dépenses non financées par l’administration centrale française devrait à nouveau augmenter. Il pourrait représenter 62 jours en 2019 et 59 jours en 2020.

Ces contre-performances s’expliquent par l’incapacité française à rééquilibrer durablement les comptes suite à la dernière crise.

La France ne fait pas comme les autres

Alors que les administrations centrales de l’Union européenne ont profité des neuf dernières années pour résorber leurs déficits, ce n’est pas ce qu’on constate en France. Le mouvement de rééquilibrage des comptes post-crise (2009-2013) s’est essoufflé plus vite qu’ailleurs, il y a six ans. Les cinq dernières années, l’administration centrale française n’a résorbé son déficit que de deux jours. Dans le même temps, l’Union européenne prise dans son ensemble résorbait son déficit de 25 jours.

Depuis le creux de la crise, les dépenses publiques ont baissé quatre fois moins vite en France. Elles n’ont quasiment pas reflué entre 2009 et 2018 (-1,2 %), alors qu’elles baissaient de façon significative dans l’UE (-4,4 %). La France a écourté prématurément la traditionnelle phase post-crise de réduction du poids des dépenses publiques. Conséquence : l’ajustement s’est fait par les recettes. Elles ont augmenté deux fois plus vite en France (+3,5 % vs +1,5 %).

En France, l’ajustement post-crise repose aux trois quarts sur les hausses pérennes de fiscalité, la baisse des dépenses ne comptant que pour un quart. L’Union européenne a fait le choix diamétralement inverse, avec un ajustement reposant aux trois quarts sur la baisse des dépenses et pour un quart sur la hausse de fiscalité.

Le choix français est loin d’être gagnant. À ce stade, la France a moins bien récupéré ses marges de manœuvre financières que le reste de l’Union. La crise laisse un impact trois fois plus important sur les finances publiques. Les recettes et les dépenses publiques ont augmenté de plus de trois points de PIB, contre un point en moyenne dans l’UE entre 2007 et 2018. Le déficit public reste trois fois plus élevé en France (2,5 % du PIB) que dans l’Union (0,7 % du PIB).

Cette évolution décalée du reste de l’Union européenne et la persistance des déficits montrent l’ampleur des difficultés à surmonter. Les derniers équilibres de l’État et des organismes d’administration centrale (ODAC) remontent en France à 1980. Depuis, tous les exercices ont été déséquilibrés et « le jour où toutes les ressources sont consommées » a avancé de 1,2 jour par an en moyenne.

Depuis 1980, la France n’a jamais réussi à mettre à profit une phase d’embellie économique pour rééquilibrer ses comptes publics. Pire, chaque phase d’embellie est plus précaire que la précédente. Entre 1999 et 2001, les déficits français avoisinaient 30 jours par an en moyenne. Entre 2004 et 2007, ils étaient de l’ordre de 40 jours. Entre 2013 et 2018, ils représentaient 50 jours par an en moyenne.

Sur le web

  1. L’objectif de cette étude est de comparer les recettes et les dépenses des administrations centrales des pays membres de l’Union européenne (UE) pour déterminer le jour à partir duquel elles ont épuisé toutes leurs recettes annuelles et commencent à vivre à crédit.

    Ce travail est fait au niveau des 28 pays de l’UE, à partir des dernières données annuelles d’Eurostat, mises à jour le 21 octobre 2019. Il permet de mesurer l’évolution des déséquilibres dans le temps et de comparer la situation des différents pays. Lire l’étude en format PDF.

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