Le Congrès des Hackers : retire-toi du système !

Pourquoi sortir du système ? Si vous n’avez pas eu la chance d’assister à ce sixième Congrès annuel des hackers, Élodie Messéant vous propose un retour sur les conférences les plus mémorables qui y ont eu lieu.

Par Élodie Messéant.

Congrès des Hackers

Le sixième Congrès annuel des hackers s’est tenu à Prague du 4 au 6 octobre. Les conférences les plus marquantes seront présentées ici.

Journalisme et décentralisation

Inbar Preiss, journaliste crypto, nous a présenté une nouvelle forme de journalisme à travers le conflit israélo-palestinien.

Il s’agit d’un journalisme focalisé sur les rapports sociaux horizontaux, étrangers à toute forme d’autorité centralisée, et qui nous permet d’analyser l’information sous un filtre différent de celui des médias traditionnels proches du pouvoir.

Ce journalisme nous présente une autre version du conflit où la violence, la guerre et les politiciens ne sont pas centraux ; et où les citoyens sont partie intégrante du processus de décision et de résolution, notamment grâce à leur initiative pour trouver, ensemble, une solution pacifique.

Cette manière de traiter l’information met en avant l’importance des processus spontanés ; mais surtout, la nécessité de se détacher des décideurs politiques.

Hack et partage de l’information

La lutte d’Aaron Swartz nous a été présentée, brillant informaticien poussé au suicide par le gouvernement américain.

L’auteur du Manifeste de la guérilla pour le libre accès était un fervent défenseur du libre accès à l’information, et en particulier l’accès à la recherche scientifique pour tous.

Son opposition au copyright, à la propriété intellectuelle et à toute forme de mécanisme légal contribuant à restreindre la liberté d’expression et à cloisonner l’accès à l’information entre les mains d’une certaine élite ; sa droiture morale et sa force de conviction l’ont poussé à user de ses compétences de hacker pour s’introduire dans les systèmes informatiques du MIT afin de diffuser des articles de recherche, censés être ouverts au public.

Poursuivi par l’État américain, il encourait plus de trente-cinq ans d’emprisonnement pour crime fédéral.

La diffusion de la connaissance, à travers les outils technologiques comme Internet, représente un enjeu majeur pour les gouvernements : celle-ci est en effet une source d’émancipation intellectuelle et d’affranchissement du pouvoir politique pour l’ensemble de l’humanité ; l’État a donc tout intérêt à la distribution de privilèges pour se maintenir au pouvoir et garder un certain contrôle sur les esprits.

Amoureux de la liberté numérique, nous avons le devoir de préserver l’héritage d’Aaron Swartz et de poursuivre son combat pour un monde plus libre.

Immigration et déshumanisation

Les processus déshumanisant les systèmes d’immigration nous ont été présentés par Travin Keith, expatrié ayant voyagé dans plus de 31 pays, à travers son expérience personnelle.

Ce dernier a mis en avant la lourdeur des procédures administratives et les situations humiliantes auxquelles il a dû faire face ; à ses investissements longs et coûteux ; à son sentiment d’impuissance face aux décisions arbitraires de l’administration qui enfreignent sa liberté de circulation et détruisent les projets d’une vie ; où la capacité à s‘expatrier et à s’affranchir de notre lieu de naissance dépend, finalement, de notre pays d’origine.

Un témoignage poignant qui nous pousse à remettre en cause l’existence des passeports et autres documents d’identité obligatoires ; ainsi que la liberté d’action des gouvernements.

Censure à Cuba

Reinaldo Escobar Casas, journaliste cubain indépendant, nous a parlé de la liberté d’expression et l’accès aux technologies informatiques à Cuba. En 1988, il est rejeté par la profession en raison de ses divergences avec le Parti communiste cubain.

En raison des difficultés pour accéder à internet, où le coût de la connexion s’élève jusqu’à un quart d’un salaire mensuel et où la plupart des sites sont censurés par le gouvernement, des jeunes Cubains ont eu l’initiative de créer un réseau alternatif à La Havane, en utilisant des proxy et VPN pour jouer à des jeux-vidéo.

Leur initiative pourtant apolitique n’a pas manqué d’être frappée par la censure, dans la continuité d’une politique répressive depuis 60 ans où les médias et outils de communication sont contrôlés par l’État.

En parallèle, les Cubains se sont organisés et ont développé un marché noir pour répondre à la forte demande sociale d’un modèle économique plus libre.

Escobar nous a démontré comment l’accès à la nourriture, aux médicaments, à l’information et aux nouvelles technologies s’améliore considérablement grâce à l’entreprenariat et aux innovations technologiques comme la blockchain.

La liberté avant l’égalité

Li Zhao Schoolland, enseignante et traductrice, nous a raconté son enfance sous le régime communiste chinois où la pauvreté, les persécutions et les humiliations étaient quotidiennes.

Elle nous a montré pourquoi un gouvernement qui prétend gérer et maîtriser l’intégralité de l’ordre social est voué à l’échec ; pourquoi l’égalité matérielle est une valeur chimérique et que son invocation dans un cadre politique l’effraie par-dessus tout ; pourquoi les concepts holistiques comme l’intérêt de classe n’ont aucun sens du fait de l’impossibilité de réduire chaque particularité au tout qui le compose – ou pour le dire autrement, pourquoi réduire un individu à son groupe social d’appartenance est un non-sens.

Sa conclusion lucide : « Ne vous demandez pas ce qu’un gouvernement peut faire pour vous. Demandez-vous ce qu’il peut vous faire ».

 

Pourquoi dont-on sortir du système ?

Si une grande partie de la population préfère la sécurité à la liberté, et souhaite réduire l’imprévisibilité et les risques inhérents à l’absence de mécanismes étatiques qui se veulent protecteurs, l’évolution technologique nous permet aujourd’hui de construire notre propre système parallèle et décentralisé où les interactions humaines et les échanges sont libérés de tout interventionnisme.

Internet, la blockchain et en particulier les cryptomonnaies sont les plus belles innovations technologiques des dernières décennies.
Elles représentent une chance inouïe pour nous affranchir des gouvernements oppressifs – à condition d’en avoir la maîtrise – où chacun peut participer et s’exprimer librement.

Chaque initiative individuelle en faveur de ce nouveau modèle sociétal contribue à affaiblir nos tyrans, qui cherchent à s’approprier ces technologies pour mieux contrôler les populations.

Ne leur laissons pas la possibilité de nous dompter avec des outils plus performants qu’auparavant. Sortons du système.

L’avenir cypherpunk, c’est maintenant !

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