Convention citoyenne sur le climat : une diversité d’apparat

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La Convention Citoyenne sur le Climat est une expérience inédite, où 150 français tirés au sort vont débattre sur le réchauffement climatique. Mais ce débat sera-t-il réellement neutre et démocratique ?

Par Philippe Charlez.

La Convention Citoyenne sur le Climat est l’une des principales initiatives issue du grand débat né de la crise des Gilets jaunes.

Expérience inédite de démocratie participative, elle réunit 150 citoyens ordinaires invités à débattre sur le réchauffement climatique.
Ses travaux ont commencé le 4 octobre 2019 et se poursuivront durant six week-ends jusqu’à fin janvier 2020.

La Convention Citoyenne sur le Climat, pourquoi et comment ?

Son but est de formuler des propositions concrètes pour « réduire les émissions françaises de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici la fin de la prochaine décennie, le tout dans un esprit de justice sociale ».

Les propositions prendront la forme de textes législatifs qui seront ensuite soumis soit au référendum soit au vote du Parlement ou même directement mis en œuvre par voie réglementaire.

Les 150 citoyens ordinaires ont été tirés au sort pour former une « France en miniature supposée représenter tous les grands équilibres de la société1 : diversité de genre (52 % de femmes, 48 % d’hommes), diversité générationnelle (6 tranches d’âge à partir de 16 ans), diversité socio-professionnelles (ouvriers, employés, cadres, agriculteurs, personnes en situation de grande pauvreté), diversité géographique (France métropolitaine et territoires d’outre-mer) et enfin diversité territoriale (villes, banlieues et monde rural). »

La première question qui vient à l’esprit est évidemment celle des compétences.

La question des compétences

La transition écologique est un problème extrêmement complexe qu’il est difficile d’appréhender sans connaissance minimum du sujet ce qui est le cas de la plupart des 150 appelés.

Mais la démocratie participative est à ce prix : quelle que soit son origine sociale, culturelle ou géographique chaque citoyen est politiquement responsable et à ce titre a le droit de participer au débat.

La contrepartie est qu’il se forme ou tout au moins s’informe pour apprécier les problèmes posés de façon suffisamment rationnelle en s’abstenant d’intégrer dans ses positions toute dérive émotionnelle et idéologique.

Le comité de gouvernance : diversité et équilibre ?

Mais se former et s’informer sont largement conditionnés par l’équipe d’organisateurs et de formateurs.

Pour que l’équilibre soit respecté et que la vision des citoyens ne soit pas insidieusement orientée vers une pensée unique préétablie, sa diversité devrait être tout aussi rigoureusement choisie que celle des 150 citoyens : économistes, scientifiques, sociologues, politiques, fonctionnaires, industriels, ingénieurs et universitaires issus du public et du privé de tous bords et de toutes sensibilités.

Or, quand on observe de près la composition du comité de gouvernance et de ses garants, il y a de quoi être surpris par son manque de diversité.

Alors que les scientifiques en sont pratiquement absents, l’étiquette Science-Po est surreprésentée, les membres sont majoritairement marqués à gauche avec un passé de syndicaliste ou de militant dans des organisations écologiques et altermondialistes. Les connivences entre les différents membres ne sont pas surprenantes.

Ainsi la première co-présidente milita dans son jeune temps à la LCR, créa en 2001 l’IDDRI avec un autre membre du comité de gouvernance.

De même l’expert climatologue de ce comité de gouvernance fût lui aussi directeur de l’IDDRI jusqu’en 2018. Proche du président du parti Nouvelle Donne, ce dernier supporta Benoit Hamon lors de la dernière présidentielle.
Il assume aujourd’hui à travers le Pacte Finance Climat une vision collapsologique de la société avec des propositions recoupant celles de Greta Thunberg : « pour sauver le climat changeons de société ».

Le second co-président dirige aujourd’hui Terra Nova, un think tank se définissant comme « matrice idéologique de la gauche progressiste. »
Il fût précédemment directeur de rédaction d’Alternatives Économiques un magazine d’orientation antilibérale, néo-keynésienne et altermondialiste que La Tribune classe à la gauche de la gauche.

Enfin, beaucoup plus inquiétant est de trouver parmi les trois garants du projet un écrivain, cinéaste et poète : activiste écologiste très marqué à gauche et coréalisateur du documentaire « Demain », en 2018 il appela les Gilets jaunes à rejoindre les marches pour le climat et participa à L’Affaire du Siècle, lancée par quatre ONG qui attaquent l’État français en justice pour inaction face au changement climatique.

Considérant que la situation actuelle est « une sorte de branle-bas de combat comme avant une guerre mondiale » il est adoubé par l’association extrémiste Extinction Rebellion qui exige de « renoncer de nous-mêmes au modèle de croissance économique actuel pour atteindre le zéro émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici… 2025. »

Par contre nous déplorons l’absence d’industriels du public et du privé, de personnalités d’obédience libérale, de scientifiques académiques et encore plus surprenant d’experts en questions énergétiques.

« Donner la parole aux citoyens »

En dépit du traumatisme du mouvement des Gilets jaunes, des suggestions du Grand débat et du vote vert aux élections européennes, il est plus que décevant de voir le président de la République, qui avait fait de la croissance économique la pierre angulaire de son mandat, s’engager sur une voie politique aussi périlleuse.

Des positions qui n’attireront pas le « jeunisme vert » convaincu qu’Emmanuel Macron est un mondialiste perverti par la société de croissance mais qui risque de faire fuir à grands pas son électorat de centre droit acquis à son positionnement économique.

Au vu de cette composition, on peut aussi craindre qu’un débat promis sans biais véhicule de façon insidieuse et sans réelle discussion contradictoire une pensée unique écrite à l’avance : « il faut sortir du nucléaire, interdire les voitures thermiques et passer à 100 % de renouvelables ».

Si tel était le cas les citoyens fiers et heureux de participer à cette expérience inédite pourraient retourner dans leurs gîtes avec un goût très amer sur la langue : celui d’avoir servi de caution à une cause qui n’est la leur.

  1. La représentativité a été réalisée par l’Institut Harris
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