Le réchauffement climatique rend fou

The Fright By: Neil Piddock - CC BY 2.0

On le savait déjà un peu, tant les annonces liées au changement climatique défient parfois l’entendement.

Par Michel Negynas.

D’après la Une du Soir du 7 avril 2019 :

Désorientés par le réchauffement climatique, des morses se jettent du haut des rochers.

Les ours polaires ne sont pas les seuls à être touchés par le réchauffement de la planète. (…)

Parmi eux, les morses de l’océan Arctique. Les animaux se retrouvent désorientés par la fonte des glaces et grimpent sur des rochers beaucoup trop abrupts pour eux. Incapables de redescendre, ils se laissent tomber et se tuent. »

Après rapide enquête, l’affirmation est déduite d’une vidéo de morse tombant d’une falaise. Mais aucune étude quantitative ne vient étayer l’affirmation. Quant aux ours polaires, ils n’ont jamais été aussi nombreux. L’ironie est que la séquence semble avoir été tournée en 2017, alors que des morses tentaient d’échapper à un troupeau d’ours polaires.

Ainsi, comme l’ours blanc ne fait plus recette, sa population s’accroît au point qu’ils posent des problèmes de sécurité pour les villages inuits, le morse est en passe de prendre le relais de victime emblématique.

Mais il n’y a pas que les morses qui dépriment à cause du réchauffement : les chiens aussi.

D’un autre coté, si ça fait diminuer la population canine, c’est un bien, car : « chiens et chats sont de véritables machines à réchauffement global. » (New Scientist, it takes an estimated 1,1 hectare of land per year to create the chicken and grain that a large dog eats for its food. A Toyota Land Cruiser SUV, driven 10 000 kilometres a year, would use 41 hectares of land, less than half that of the dog. ). Nourrir un chien consomme plus de deux fois plus de terrain que faire 10 000 km en SUV.

Dans le genre scatologique, il y a aussi, de USA Today :

On a estimé que 66 tonnes d’excréments se cachent dans le mont Denali, en Alaska. Cette montagne est particulièrement connue des alpinistes pour sa difficulté, il faut 18 jours pour atteindre son sommet et revenir. La cause de cette quantité gigantesque d’excréments ? Les grimpeurs qui, depuis près d’un siècle, gravissent ce mont et laissent leurs déjections dans des crevasses de la montagne.
Seulement, ces excréments ne se décomposent pas, comme le pensaient les grimpeurs, mais gèlent. Et selon Michael Loso, glaciologue du Service des parcs nationaux américains, comme le glacier fond plus rapidement, les déjections refont surface et le contaminent, ainsi que les rivières et les ruisseaux.

Les crottes gèlent, mais le glacier fond… c’est bien compliqué tout ça.

Vous en voulez une autre ? Elle me plaît particulièrement, on la dirait sortie tout droit d’une parodie d’humoriste, mais non, c’est du sérieux :

« Glaciers, gender, and science: A feminist glaciology framework for global environmental change research »

Glaciers, genre et science : un cadre féministe de la glaciologie pour la recherche sur les changements environnementaux.

Résumé : les glaciers sont des icônes clé du changement climatique. Cependant, les relations entre genre, science et glaciers, en particulier concernant les questions épistémologiques sur la production de la  connaissance glaciologique, sont restées non étudiées… fusionnant les études scientifiques féministes post coloniales et l’écologie politique féministe, le cadre féministe de la glaciologie fournit une analyse robuste en termes de genre, de domination, et des épistémologies dans les systèmes dynamiques socio─ écologiques, conduisant ainsi à une science et à des interactions glaces/humains plus justes et plus équitables.

Mais finie la rigolade, il y a aussi du lourd

Naomi Oreskes est une historienne des sciences, pasionaria du climat. C’est elle qui a « inventé » le concept de « consensus scientifique sur le climat ». Dans un de ses derniers livres, un best seller, The Collapse of Western Civilization: A View from the Future, elle décrit notre futur :

En 2040, les vagues de canicules et les sécheresses furent la norme. Dans les pays prospères, les régions sujettes aux ouragans et tornades furent progressivement mais complètement désertées. Alors, l’été 2041 de l’hémisphère Nord, des canicules sans précédent dévastèrent la planète, détruisant les plantes nourricières dans le monde entier. Des paniques s’ensuivirent, avec des émeutes alimentaires pratiquement dans chaque grande ville. Des migrations de masse d’individus en sous nutrition et déshydratation, couplées avec un accroissement des populations d’insectes, conduisirent à répandre des épidémies de typhus, choléra, dengue, fièvre jaune, et des virus et rétrovirus jusque-là inconnus. L’Union européenne annonça également des programmes de relocalisation volontaire de citoyens éligibles des régions les plus méridionales vers la Scandinavie ou l’Angleterre…

Le livre est conçu comme de la science-fiction, mais les auteurs prétendent que c’est à partir de faits et d’études scientifiques réels… Cela a été écrit en 2014. Évidemment, quasiment tout est hautement improbable. En 2040, nous n’aurons pas encore doublé la concentration de CO2 dans l’atmosphère ; même le GIEC ne prévoit encore rien d’alarmant à cette date, avec guère plus que 1,5 degré de réchauffement (on en est à 1 degré actuellement).

Mais il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que cela laisse des traces dans les esprits, particulièrement chez les jeunes. On commence à voir des jeunes couples qui décident de ne pas avoir d’enfants, soit parce qu’ils considèrent que nous sommes déjà trop nombreux, soit qu’ils sont effrayés de la description du monde dans lequel vivra leur progéniture.

Et si nous n’avons encore jamais vu de réfugiés climatiques, nous connaissons déjà un suicide climatique, comme cet avocat, « très engagé dans la protection de l’environnement chez « Bip Apple » », qui confirme s’être aspergé d’essence avant d’y mettre le feu, une métaphore de la destruction de la planète.

Les Échos s’inquiètent également de cette dérive :

Quand le changement climatique dérègle… les esprits

Dans le monde anglo-saxon, la recherche psychiatrique s’intéresse de plus en plus aux effets du réchauffement climatique sur la santé mentale. Un enjeu qu’il ne faudrait pas passer sous silence.

Les auteurs de l’étude dans « Nature Climate Change » ont calculé que si les températures continuaient à augmenter au rythme actuel ces deux pays, les États-Unis et le Mexique, pourraient connaître, d’ici à 2050, entre 9000 et 40 000 suicides supplémentaires : une vague comparable à celle qui suit habituellement une récession économique.

Mais ce n’est pas tout :

Car il existe un troisième niveau d’analyse, un troisième levier par lequel le dérèglement climatique agit sur la santé mentale. D’après les projections, la planète devrait compter quelque 250 millions de migrants climatiques d’ici à 2050. Or les migrants, quelle que soit la raison qui les a poussés à quitter leur région ou leur pays, sont toujours fragilisés sur le plan psychologique.

L’article démarre sur le cyclone Katrina, qui est un phénomène météo, et finit sur les migrants climatiques. Il remplit toutes les cases.

Alors l’anxiété monte

Ce ne serait d’ailleurs pas étonnant que certains dépriment :

Les psychologues et psychiatres placent leurs pions au travers de la publication d’un rapport sur la relation entre changement climatique et dépression, par une collaboration de 27 institutions académiques :

Climate change and related weather events have been linked to elevated rates of depression, anxiety, and pre-and-post-traumatic stress in Canada. The “Lancet Countdown: Tracking Progress on Health and Climate Change”, an international research collaboration between 27 academic institutions and inter-governmental organisations, has released a report on the relationship between climate change and depression, anxiety, and stress disorders. It was developed with the Canadian Medical Association and Canadian Public Health Association.

On notera une notion nouvelle : le stress pré-traumatique

On n’hésite plus à mettre en scène cette anxiété à travers des enfants malades, comme Greta Thunberg, autiste Asperger, en instrumentalisant un des symptômes de sa maladie, qui est de développer des idées fixes.

Mais bon sang, que fait la justice !

La justice réagit : elle invente le « préjudice d’anxiété ». Expérimenté sur les antennes téléphoniques, il s’applique maintenant au cas de l’amiante… Nul doute qu’on y viendra, concernant l’anxiété climatique. Vous pourrez alors porter plainte contre votre voisin dès qu’il achètera une grosse berline.

Les avocats ont de beaux jours devant eux ; associés à des organes de communication et des ONG, ils créeront des préjudices médiatiquement, au mépris de toute considération scientifique, pour mieux les plaider (du côté des victimes comme des méchants). Certains ont déjà tracé la voie en France, on les connaît.

Cette négation de l’acquis des Lumières, ce chaos mental, voir notre jeunesse manipulée, tout cela me plonge dans une profonde anxiété.

Du coup, je me demande si je ne vais pas porter plainte.

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