Que vaut le consensus sur le climat ?

Peace by Bart(CC BY-NC 2.0) — Bart, CC-BY

Par Hadrien Gournay.

La plus forte objection à tout discours sceptique sur le rôle des gaz à effet de serre émis par l’Homme dans le réchauffement climatique s’appuie sur le consensus scientifique. Le GIEC, organisme lié à l’ONU, réunit les scientifiques de toutes les nations. Or, les spécialistes unanimes s’y accordent pour attribuer de façon très probable à l’Homme la responsabilité du réchauffement planétaire depuis 1950. Dès lors, tout sceptique doit s’attendre à devoir répondre aux questions suivantes :

  • Comment expliquez-vous que la majorité des spécialistes se trompent ?
  • Comment pouvez-vous prétendre faire mieux qu’eux ?
  • Affirmez-vous que les scientifiques mentent ?
  • Êtes-vous adepte des théories du complot ?

Contester une thèse scientifique majoritaire peut être vu au choix comme de l’arrogance ou du « complotisme ». De telles objections sont légitimes et un sceptique doit pouvoir y répondre sans s’offusquer. Dans les trois premières parties nous nous interrogerons sur les raisons légitimes de s’opposer à des conceptions scientifiques fortement majoritaires et sur les conditions pour le faire. Nous présenterons ensuite les principaux biais auxquels la science du climat est confrontée.

Procès d’intention

Une bonne partie des alarmistes ne fait pas confiance à la science lorsqu’elle ne correspond pas à ses convictions écologiques. C’est le cas sur la question des OGM. Sur le climat, un soupçon de corruption frappe systématiquement les scientifiques sceptiques. Si l’un d’entre eux a reçu de l’argent de l’industrie pétrolière, la distinction entre conflit d’intérêt et corruption est oubliée. Pourquoi ne pas appliquer au camp alarmiste la méthode qu’il utilise si généreusement à l’égard de son adversaire ?

Toutefois, les arguments à valeur de Tu quoque ont une valeur très relative. Ils manifestent une contradiction chez notre interlocuteur mais ne nous disent pas quelle position est juste parmi celles qui se contredisent. Les écologistes ont-ils raison d’ordonner de suivre la majorité des scientifiques sur les questions climatiques ? Ou ont-ils le droit de refuser de les suivre au sujet des OGM. En l’occurrence, l’hypothèse d’un mensonge des scientifiques sur le climat n’est ni plausible, ni nécessaire.

Le conflit entre science et démocratie

Néanmoins, nous savons que des champs entiers de recherche ont été dans l’erreur dans le passé. Comment pourrions-nous être sûrs qu’il n’en est pas de même à présent ? Une observation plus précise montre que nombre de ces erreurs avaient pour origine un biais politique ou idéologique. Or, sur ce plan, la science climatique n’est pas du tout neutre. Elle reconnaît ou plutôt elle se vante d’avoir un énorme impact sur nos modes de vie. De manière générale devons-nous et même pouvons-nous laisser des spécialistes décider de notre avenir en adoptant sans examen leurs conclusions ?

Exigence démocratique et rigueur scientifique semblent nous imposer des directions opposées. La méthode scientifique implique un examen des questions entre spécialistes, selon des méthodes rigoureuses, incompatibles avec le débat politique courant. La démocratie exige que nous nous saisissions des questions qui nous concernent.

La configuration du débat climatique actuel n’est pas une solution à ce dilemme. En effet, peut-on qualifier de débat démocratique une situation dans laquelle seule la théorie scientifique majoritaire (ou son équivalent médiatique) a droit de cité ? Permettre aux deux opinions de s’exprimer tout en rappelant que l’une d’elles a la faveur des scientifiques serait une option concurrente. Serait-elle cette fois plus conforme aux exigences démocratiques que scientifiques ? Ce qui décide en faveur de cette solution est le danger d’être politisée que court toute science à implication politique. Ce risque ne pourra être anéanti au cours d’un débat démocratique ouvert mais la diversité des points de vue exprimés limitera les dérives.

La quête d’un équilibre

La contestation d’une thèse scientifique majoritaire devrait au moins s’entourer de certaines garanties. Pour être valable, elle devrait reposer sur deux piliers : les arguments de fond et une explication plausible de l’erreur. Pour qui entend s’opposer à une recherche majoritaire, ces deux conditions sont cumulatives. En l’absence d’argument de fond n’importe quelle suspicion contre la recherche prévaudrait. Présenter les arguments de fond sans expliquer les causes de l’erreur supposée de la recherche risquerait d’avaliser par défaut les théories du complot. Aussi, désigner les biais pouvant affecter la recherche ne prouve pas la fausseté de ses résultats mais constitue un préalable à l’ouverture du débat. C’est dans ce sens que nous présenterons les trois principaux risques de biais pour la recherche climatique.

Au cours de cette démarche, nous aurons à cœur de répondre à la question suivante : comment, si l’on suppose que l’hypothèse du RCA1 est seulement plausible pourrait-elle conduire à ce qu’une très faible part des articles de recherche la conteste ouvertement ? Une hypothèse plausible signifie ici que dans l’hypothèse d’une science non affectée de biais, les chercheurs adoptant et contestant l’hypothèse se répartiraient en deux parties égales. Nous ne pensons pas que présenter le RCA comme une hypothèse purement fantaisiste soit réaliste.

Les trois principaux biais de la recherche climatique sont les préférences des chercheurs, les biais de candidature, la surreprésentation de la majorité.

Premier biais : préférences des chercheurs

Présentation du biais lié aux préférences

La théorie du réchauffement planétaire lié à l’activité humaine est intéressante à plus d’un titre pour les scientifiques du climat. Elle donne aux chercheurs un rôle central dans la prévision du climat futur, de ses conséquences sur nos sociétés et des mesures à mettre en œuvre pour y faire face. De ce fait, elle leur offre davantage d’emplois. Les effectifs de la profession ont été multipliés et les emplois de la majorité des chercheurs du domaine dépendent de la conviction de la validité de la théorie. Elle permet en outre à ceux qui conserveraient leur emploi en cas de réduction des effectifs de diriger des équipes plus importantes. Elle offre à tous une image, un rôle et un prestige dans la population auxquels il leur est difficile d’être insensibles.

Tout cela peut-être résumé par la formule suivante : l’hypothèse du RCA est extrêmement valorisante sur les plans matériel et symbolique pour les chercheurs du climat. Lier ce constat et le travail des chercheurs implique-t-il un mensonge ou un complot de ces derniers ?

Existence du biais lié aux préférences

Dans la société actuelle, les salariés estiment qu’ils devraient être mieux rémunérés. Les fonctionnaires voudraient être plus nombreux et mieux payés. Les chefs d’entreprise pensent qu’ils devraient payer moins d’impôt. Pourtant, les solutions défendues par la majorité des membres de chacun de ces groupes ne sont pas compatibles. Une ou plusieurs d’entre elles est fausse. En outre, ces revendications correspondent à leurs intérêts (ou du moins à leur intérêt visible). Devons-nous en conclure qu’ils ne sont pas sincères lorsqu’ils prétendent que la solution qu’ils défendent est à la fois juste et bénéfique à la société dans son ensemble ?

Il existe chez l’Homme une tendance à donner crédit aux hypothèses les plus valorisantes, les plus agréables pour lui. Ce ne serait donc pas le fait qu’une partie des chercheurs soit affectée par ce biais qui serait étonnant mais bien le contraire. Il ne s’agit pas de mettre les chercheurs au ban de l’humanité et de leur attribuer une tare dont celle-ci serait dépourvue mais de ne pas les écarter du lot commun.

Nous partirons d’une hypothèse modeste en supposant que ce biais affecte la recherche de telle sorte que les scientifiques partisans du RCA passent de 50 à 65 %.

Deuxième biais : le biais de candidature

Présentation du biais de candidature

La thèse de la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique est en accord avec la théorie du gouvernement mondial, théorie ou tendance prônant un système autoritaire à l’échelle internationale. Elle en est le meilleur argument en ce qu’elle se fonde sur l’autorité de la science et en ce que les excès de chaque pays rejaillit non sur lui-même (ce qui lui laisserait la liberté de décider si les avantages de son comportement dépasse celui des autres) mais sur les autres.

Néanmoins, l’accord entre mondialisme autoritaire et hypothèse anthropique ne suffit pas à prouver que le premier est à l’origine de la seconde. Un mécanisme explicatif est nécessaire.

Le plus plausible est un biais de sélection ou plus exactement un biais de candidature. Les jeunes gens qui tout en présentant des dispositions particulières pour la science sont réceptifs à une telle vision des sociétés humaines auront certainement tendance à s’engager vers une voie qui promet de satisfaire leurs présupposés. Ceux qui s’y opposent n’auront pas de plaisir à entrer dans un domaine où ils se sauront isolés. Quant aux maniaques qui vivent dans un groupe donné pour s’opposer à la tendance majoritaire de celui-ci, ils n’atteindront jamais un nombre suffisant pour compenser le biais de sélection ainsi décrit.

Existence du biais de candidature

Là encore, la description d’un mécanisme plausible ne peut établir son rôle dans la science climatique. L’idée d’un gouvernement mondial n’a pas émergé du RCA et non l’inverse ? Le mondialisme autoritaire avait-il une importance suffisante pour influencer substantiellement le profil des candidats à une carrière de climatologue ? Et même s’il avait cette importance générale a-t-il eu cette influence sur la science ? Le développement actuel de cette théorie ne fournit pas la réponse. Il peut résulter des travaux des climatologues et non avoir influencé ceux-ci.

Le communisme est une idéologie totalitaire à prétention universaliste. Son influence au XXe siècle montre que le mondialisme autoritaire répond à des ressorts psychologiques profonds. Cependant le communisme n’est qu’une forme particulière du mondialisme autoritaire dont les liens avec le RCA semblent lointains voire inexistants. De par ses accointances avec la théorie du gouvernement mondial, l’écologie politique en général semble une bien meilleure piste.

Le parcours de John Holdren, même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un chercheur du climat, nous parait révélateur. Principal conseiller scientifique de l’administration Obama entre 2009 et 2016, il fut chargé de la politique de lutte contre le changement climatique. En 1977 en compagnie de Paul R. Ehrlich1un livre traitant des problématiques de population. L’explosion de la population était censée entraîner de très importantes famines d’ici l’an 2000 si rien n’était fait. Parmi les mesures préconisées pour éviter le pire, les auteurs faisaient la promotion d’un « gouvernement planétaire contrôlant le développement, l’administration, la conservation et la distribution de toutes les ressources naturelles »

Néanmoins, nous n’avons pas de preuve définitive de l’existence d’un tel lien. L’ambition assumée de ce texte est d’en souligner le caractère vraisemblable. Il nous parait raisonnable d’estimer que l’influence de ce biais fera passer la proportion d’alarmiste de 65 à 80 %.

Troisième biais : sur-représentation de la majorité

Proportion des sceptiques et alarmistes : des études contradictoires

Études et sondages ont tenté de mesurer la part relative des camps sceptique et alarmiste. Or, certaines, très proches dans le temps, ont abouti à des résultats contradictoires.

En 2013, une étude publiée par Cook et d’autres auteurs portant sur près de 12 000 résumés de recherche sur 20 ans, avait conclu que 97,1 % des articles prenant position sur la question attribuaient le réchauffement climatique à l’activité humaine.

Un an plus tôt une étude menée par l’AMS (la société américaine de météorologie) avait montré une proportion bien plus importante de scientifiques sceptiques.

Ainsi, seulement 73 % des membres de l’association publiant sur les questions climatiques répondaient par l’affirmative aux deux questions de l’existence d’un réchauffement et d’une responsabilité essentiellement humaines ; les sceptiques, répondant par la négative à l’une de ces deux questions ou doutant de l’une des réponses. Ils représenteraient donc 27 % des scientifiques au lieu des 2,9 % de l’étude de Cook ! Extraire la proportion de sceptiques parmi les auteurs ayant une formation spécifiquement climatique peut réduire un peu le gouffre. La proportion de sceptiques est désormais de 22 %. La différence reste inexplicable. Comment ne pas attribuer un tel écart à la malhonnêteté des auteurs de l’une des études ? Pourtant, ces chiffres sont bien plus compatibles que les apparences ne le laissent penser.

Explication du phénomène

L’opposition des deux camps en présence conduit à une recherche polarisée. C’est pourquoi des relecteurs alarmistes ne laisseraient probablement pas passer un article sceptique assumé comme tel et inversement. En partant de ce postulat, d’une proportion de 20 % de sceptiques, et d’un nombre de trois relecteurs par articles, nous pouvons calculer la proportion des articles sceptiques et carbonistes publiés.

Il y aura 80 articles carbonistes pour 20 articles sceptiques soumis à la publication. Dans ces conditions, les chances d’avoir une majorité de relecteurs sceptiques (au moins deux sur trois) est de 10,4 %. Autrement dit sur 20 articles sceptiques, en moyenne 2,08 seront publiés. À l’inverse, les 80 articles alarmistes ont 89,6 % de chances d’avoir une majorité de relecteurs « de leur bord ». Cela représente 71,68 articles alarmistes publiés. Les 71,68 articles alarmistes publiés par rapport aux 2,08 articles sceptiques représentent bien une proportion de 97,1 % d’articles alarmistes.

Cette proportion de 20 % de sceptiques était le chiffre que nous avons retenu après le deuxième biais. Nous avons par ailleurs extrait de l’étude de l’AMS un chiffre de 27 %. Deux positions sont possibles face à cette divergence. Les uns souligneront que  parmi ceux qui ne savent pas une majorité estime quand même la responsabilité humaine plus probable. Les autres insisteront sur le découragement et l’auto-censure face au risque de refus de publication pour expliquer la différence.

Le phénomène de sur-représentation de la majorité dans un contexte bi-partisan n’a rien d’exceptionnel. Lors des élections américaines, victoires démocrates ou républicaines se traduisent par des écarts plus importants en siège qu’en voix. En France, le rassemblement national hérite de peu d’élus au regard des électeurs qui lui ont apporté leur voix.

Au total, il faut admettre qu’un point de vue dominant la recherche peut se révéler erroné. Cela nous autorise à argumenter contre l’opinion alarmiste et contre les bouleversements sociaux qu’elle inspire. Tous les changements radicaux ne méritent pas d’être défendus mais tous sont contestables.

  1. Réchauffement climatique d’origine anthropique.
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