Retraites : la double peine

Wheel of fortune By: Paul Hudson - CC BY 2.0

Un système ne peut être juste et moral s’il est imposé par la force. Le consentement des individus est indispensable. Pour cette raison, la souscription à l’assurance retraite d’État devrait être volontaire et facultative.

Par Guillaume Bullier.

Notre système de retraites par répartition ne fait que renforcer des inégalités. Cela vous semble contre-intuitif ? Pourtant, en avantageant les plus chanceux en frappant doublement les perdants, ce système crée une injustice qui risque hélas de ne pas être corrigée par la future réforme du gouvernement.

Ceux qui ont la chance de vivre le plus longuement gagnent davantage d’argent qu’ils n’en ont cotisé. Inversement, ceux qui ont le malheur de décéder avant les autres auront cotisé davantage qu’ils n’en auront profité. D’une certaine manière, les survivants profitent des cotisations de ceux qui décéderont plus jeunes. Non seulement bénéficient-ils d’années de vie supplémentaires, ils remportent également le jackpot financier. Tant pis pour les morts, ils n’ont pas eu de chance. Ils peuvent bien payer pour les vivants.

Les morts payent pour les vivants

Et si c’était vous ? Je ne vous le souhaite pas, mais parmi les lecteurs de cet article, certains décéderont plus jeunes que les autres. Si tel était votre cas, que souhaiteriez-vous qu’il advienne de l’argent que vous avez cotisé toute votre vie en travaillant ? Souhaiteriez-vous qu’il soit confisqué et réparti entre ceux qui ont eu plus de chance que vous ? Ou bien souhaiteriez-vous garder le pouvoir de reverser cette somme à une œuvre caritative qui compte pour vous ? Ou bien tout simplement que cette somme revienne à votre famille dont vous n’avez plus la capacité de prendre soin ?

Vous percevez probablement le problème moral que pose le fait de dépouiller les malchanceux du fruit de leur travail, et de leur retirer ce dernier pouvoir de décision sur le devenir de leurs cotisations.

Certes, notre système de retraites est une assurance. Mais une assurance contre quoi ? Ce n’est pas une assurance contre la mort. Au contraire, cette assurance indemnise la survie. Il s’agit donc d’une assurance contre la vie. Dans quel monde vit-on pour considérer qu’il faille absolument indemniser le fait de vivre plus longtemps ?

Ce système crée également des incitations absurdes. Une personne âgée hospitalisée souffrant d’une maladie douloureuse et incurable aura davantage intérêt à se maintenir en vie artificiellement pour augmenter l’héritage de ses enfants. En l’absence de collectivisation, cette même personne aurait potentiellement préféré abréger ses souffrances tout en épargnant des coûts pour ses enfants.

L’impératif du consentement

Que l’on ne se méprenne pas : il est tout à fait légitime de mettre de côté de l’argent pour ses vieux jours, afin de pouvoir en profiter lorsque nous serons moins productifs. Ce qu’il s’agit de dénoncer, c’est la confiscation des cotisations des uns au profit des autres.

Toutefois, certaines personnes peuvent trouver un intérêt à ce système. C’est un pari, un risque que l’on prend : celui de perdre ses cotisations, dans l’espoir d’un gain plus élevé en cas de survie. Dans le cas d’un choix librement consenti, il n’y a pas de problème à ce que plusieurs personnes choisissent de mutualiser leurs cotisations de cette manière. Ce qui est immoral aujourd’hui, c’est d’imposer à des individus non consentants de participer à ce jeu. Comment réagiriez-vous si l’on vous obligeait de jouer votre salaire à la loterie ?

Un système ne peut être juste et moral s’il est imposé par la force. Le consentement des individus est indispensable. Pour cette raison, la souscription à l’assurance retraite d’État devrait être volontaire et facultative, laissant le choix aux individus de constituer leur propre capital ou de souscrire à un autre système de retraite collectif.

La science prolongera bientôt notre longévité, et en premier celle des plus aisés, leur permettant de capter davantage de pensions. Doit-on attendre cela avant de remettre en question notre système de retraite ?

 

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