Climat : le débat qui n’a pas eu lieu

imgscan contrepoints 2013503 GIEC

Au nom d’un pseudo-consensus scientifique et de l’urgence, le débat sur le réchauffement climatique est purement et simplement escamoté.

Par Hadrien Gournay.

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Le débat est un fondement de nos démocraties. Qui le contesterait, à moins d’être opposé à ce mode de gouvernement des hommes ? Aussi, le principe du débat est-il inscrit dans nos sociétés sous différentes formes dont la préservation nous parait également fondamentale. Certaines sont institutionnelles, garanties par nos principes constitutionnels, tels le débat judiciaire ou le débat parlementaire. D’autres sont plus indirectement le résultat de libertés dont nous jouissons tels le débat universitaire ou le débat médiatique. Avec le développement des médias de masse au XXième siècle, ce dernier s’est imposé comme le lieu traditionnel du débat citoyen. Le développement d’internet depuis plus de quinze ans a remis en cause ce monopole de fait et a permis à tout un chacun d’exprimer son opinion et d’être entendu, même par une audience restreinte. Le débat s’est très largement « démédiatisé ». C’est peu dire que les journalistes professionnels qui n’ont de cesse de répéter la nécessité du débat démocratique quand ils en sont le seul canal de transmission, n’ont pas toujours accueilli avec faveur l’irruption du nouveau venu Internet.

Toujours est-il que bien mené, le débat permet idéalement la participation effective des citoyens à la vie publique et de trancher les questions en connaissance des intérêts de chacun. Surtout, Les exemples précédents montrent que la fonction du débat pour ceux qui en défendent le principe n’est pas de résoudre les petites questions mais de trancher les grands problèmes. C’est justement parce qu’un homme est accusé d’un crime, non pas malgré cela, qu’il doit bénéficier de toutes les garanties d’une procédure impartiale. Le même principe peut-être étendu aux questions de sociétés : plus les changements envisagés sont importants, plus le débat est nécessaire. Certes, il est inévitable que toute proposition de changement ne puisse être débattue, dans la mesure où le statu quo est la règle. Les farfelus sont si nombreux que traiter de toutes les idées qui leur viennent à l’esprit serait du temps perdu pour les propositions pertinentes. Le rejet de certaines inepties en précède l’examen public. Il reste à savoir comment se fait ce nécessaire premier tri. En revanche, lorsqu’un changement est proposé, il est naturel que la voix opposée à ce changement soit écoutée, au moins à égalité avec celle qui le défend…

Pourtant ces principes auxquels nous proclamons un attachement infaillible, les appliquons-nous en pratique ?

On a pris l’habitude de dénoncer sous le terme de « pensée unique », des propositions et des idées dont il semble interdit de débattre.

À gauche, une telle critique est régulièrement opposée aux politiques économiques « orthodoxes » de l’union européenne qui seraient appliquées sans égard pour l’opposition des peuples. Dans sa forme générale, ce reproche est en partie fondé mais la manière dont il est formulé à l’extrême gauche doit être largement corrigée. Par exemple, les institutions européennes doivent trancher des questions au niveau d’un continent et ne peuvent adopter le seul point de vue français et même en France la popularité des idées d’extrême gauche a été souvent exagérée. Surtout, et la nuance est de taille, si le débat ne semble pas avoir lieu, c’est au niveau institutionnel, non au niveau médiatique où les opinions d’extrême-gauche ont été très largement relayées. Ce n’est pas à ce sujet que le qualificatif de pensée unique s’applique le mieux.

En revanche, il est un sujet qui remplit tous les critères pour le mériter, un sujet où un changement fondamental de société est promu, associé à la nécessité de « réformer nos modes de vie en profondeur », où les opposants à l’opinion majoritaire se voient appelés « négateurs », désignation dont la proximité avec la contestation de la Shoah n’est nullement fortuite, un domaine où la possibilité de débattre n’est pas reconnu. Ce sujet, c’est le changement climatique. Que penser d’une société affirmant que des principes sont sacrés pour elle et qui les viole dès que l’occasion se présente, là où ils trouvent le plus évidemment leur application ?

Les arguments médiatiques pour refuser ce débat sont le consensus scientifique et l’urgence.

Selon la version médiatique des faits, les spécialistes scientifiques, dont les travaux sont synthétisés par le Giec, attribuent, de façon quasi unanime, un réchauffement très important à l’expulsion par l’homme de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre. Ce réchauffement est d’ailleurs mis en évidence par les nombreuses catastrophes naturelles (ouragans, inondations, sécheresse, montée du niveau des eaux) qu’il provoque. Malheureusement, le consensus scientifique est tout aussi fort pour dire que si nous ne modifions pas nos comportements, ces phénomènes ne pourront que s’accentuer.

Cette présentation est largement erronée pour deux raisons :
1- Les médias trahissent le Giec,
2- Le Giec n’est pas la science.

I Les médias trahissent le Giec

Selon le rapport qui en est fait par les médias, les scientifiques et le Giec sont certains de l’origine humaine d’un réchauffement climatique important assorti d’une augmentation des catastrophes naturelles.

Examinons si ces affirmations se trouvent dans la partie « les éléments scientifiques » des rapports du Giec.
Pour la première, c’est effectivement le cas page 17 sous cette forme :
« Il est extrêmement probable que plus de la moitié de l’augmentation observée de la température moyenne à la surface du globe entre 1951 et 2010 est due à l’augmentation anthropique des concentrations de gaz à effet de serre et à d’autres forçages anthropiques conjugués. L’estimation la plus probable de la contribution humaine au réchauffement est semblable au réchauffement observé sur cette période »

Le Giec présente également un tableau d’ensemble des extrêmes climatiques (page 7 du rapport). Sans surprise, il estime que les records de chaleurs sont plus nombreux à l’inverse des records de froid et que la hausse du niveau des mers était « probablement » attribuable à l’homme. En est-il de même des inondations, des sécheresses et des cyclones tropicaux ? Le tableau qui suit entend résumer celui du Giec sur ces points :

tableau des extrèmes du Giec

Nous découvrons que, jusqu’à maintenant, la double condition d’une augmentation des phénomènes extrêmes et d’une responsabilité humaine correspondante ne se trouve réunie que pour les seuls les épisodes de précipitations abondantes (avec toutefois un degré de confiance moyen sur ce dernier point). Pour les sécheresses et les cyclones le degré de confiance dans une évolution est faible à l’échelle planétaire et il y a peu de chances pour que l’homme soit responsable d’une évolution éventuelle.
Le Giec est plus pessimiste pour l’avenir mais une augmentation de l’activité des cyclones tropicaux intense à l’avenir est seulement « plus probable qu’improbable ».

Que nous montre cette comparaison entre le compte-rendu qui en est fait et ce qui se trouve réellement dans les rapports du Giec ? D’un côté les médias traditionnels traitent de tous les noms ceux qui n’acceptent pas les contenus des rapports comme vérité d’évangile (comme dans le cas de la contribution humaine au réchauffement). De l’autre, ils ignorent superbement le contenu des mêmes rapports lorsqu’ils ne servent pas leur propagande !

Cependant, tout ceci repose sur la confiance dans les rapports du Giec et sur l’idée qu’ils constituent une représentation fiable de la communauté scientifique.

II Le Giec n’est pas la science

Selon le battage médiatique les rapports du Giec correspondraient au consensus de l’écrasante majorité des chercheurs. Il en serait ainsi de l’attribution de plus de la moitié du réchauffement à l’activité humaine.
Or la Société américaine de météorologie (AMS) a sondé ces membres sur cette question en 2012.

Un tableau, visible en dernière page, en synthétise les résultats :

Sondage AMSConcentrons-nous sur la 4 ème colonne en partant de la droite, représentant les membres de l’AMS publiant principalement sur le climat. La formulation du Giec selon laquelle l’homme est très probablement responsable de plus de la moitié du réchauffement récent ne retient que 73 % d’assentiment. Les autres catégories de réponse « l’homme est responsable de la moitié », « nous ne savons pas », « pas assez de preuve », « d’abord naturel » « il n’y a pas de réchauffement » qui représentent un point de vue sceptique au regard des conclusions du Giec ont séduit 27 % des répondants. Il nous semble légitime de comptabiliser dans la catégorie « sceptique » ceux qui « ne savent pas » ou estiment « ne pas disposer d’assez de preuves » puisqu’une personne convaincue que le réchauffement est « très probablement » lié à l’homme pour plus de la moitié ne retiendrait pas ce type de formulation.

Certes, ce sondage montre que l’affirmation du Giec est très largement majoritaire (73 %) parmi les chercheurs mais pas autant que les médias ne l’affirment et pas au point de justifier la censure du point de vue opposé. Si l’on parle de consensus lorsque toutes les personnes réunies autour de la table sont d’accord, alors à partir de trois spécialistes autour de la table vous avez une majorité de chance de trouver un sceptique. Pour qu’il soit plus probable de ne trouver que des « carbonistes », il faudrait ne réunir autour de la table que deux spécialistes. Les réunions du Giec se font-elles en si petit comité ?

Conclusion

Les médias dominants affirment que les scientifiques unanimes représentés par le Giec sont certains d’une hausse rapide des températures et d’une multiplication des catastrophes naturelles liées à l’activité humaine et au rejet de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ils ajoutent que ces mêmes scientifiques prévoient des hausses de températures vertigineuses à l’avenir et les douze plaies d’Égypte si nous ne modifions pas nos comportements.

La réalité est qu’une forte majorité, loin de l’unanimité cependant, attribue au moins la moitié du réchauffement à l’homme mais qu’une majorité refuse pour l’essentiel de lui attribuer une hausse des catastrophes naturelles qui n’est pas certaine non plus. Pour l’avenir, si le Giec se montre pessimiste concernant la hausse des températures, il reste relativement prudent concernant l’évolution des catastrophes naturelles.