Cette gauche réactionnaire en guerre contre le futur

Une partie tristement importante de la classe intellectuelle a depuis longtemps davantage cherché à dénoncer le monde qu’à faire l’effort de le comprendre.

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Cette gauche réactionnaire en guerre contre le futur

Publié le 23 juillet 2019
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Par Vincent Debierre.

Depuis que les termes de « gauche » et de « droite » existent, c’est-à-dire depuis la Révolution française, les partisans du premier camp tiennent pour acquis qu’ils sont du côté du progrès, qu’ils sont tournés vers un futur qu’ils rendront meilleur. Ils enjoignent leurs concitoyens à s’ouvrir sur le monde, et sur les autres peuples. Et ils se font fort d’employer la raison et la critique intellectuelle pour fragiliser et réfuter les prétentions des puissants à gouverner. Mais la pertinence de ces grandes tendances s’effrite.

Au sujet du futur, l’espoir cède à gauche régulièrement à la peur. L’avant-garde de la gauche multiplie les tentatives de régulation des échanges culturels et intellectuels : à commencer par les campus universitaires, dont certains, dans les pays anglophones, sont désormais régis par sa vision identitaire et inéluctablement conflictuelle des dynamiques humaines.

À l’âge des communications instantanées, des échanges commerciaux à l’échelle planétaire, du voyage et de l’expatriation devenus banals pour les jeunes générations, la gauche intellectuelle semble se recroqueviller. Lorsque Steven Pinker, linguiste et psychologue à l’université de Harvard, compile1 les données montrant l’amélioration de la condition humaine (en termes de richesse, de santé, d’espérance de vie, de libertés, de sécurité, de droits de l’Homme, de paix, etc.) sur Terre dans les derniers siècles et surtout les dernières décennies, elle s’égosille, crie au mensonge, à la complaisance vis-à-vis de la pauvreté et de l’injustice. Pinker en conclut, non sans malice, que « les progressistes haïssent le progrès ».

La moralisation de l’Humanité

Les aventures de Pinker illustrent le constat suivant : crispée, la gauche intellectuelle s’arc-boute contre des développements dont il aurait pu être pensé, sans doute naïvement, qu’elle leur ouvrirait les bras2. En effet : la critique scientifique et morale de l’Église et de la religion, la défense des avancées des savoirs et des techniques face aux superstitions et aux immobilismes, la conviction que l’humanité entière doit être englobée dans la sphère de préoccupation morale, et que chacun à tout à gagner à vivre sous la protection des Droits de l’Homme, ont longtemps été des puissants axes de mobilisation pour les intellectuels de gauche 3.

Mais aujourd’hui, la gauche, surtout dans les pays anglophones, a changé de visage. Cette transformation n’est pas inexplicable, et suit, nous allons le voir, certains invariants mentaux. Néanmoins, elle est incontestablement profonde, et spectaculaire. C’est ce que ce texte affirme, en explorant l’hostilité de cette gauche intellectuelle aux technologies, à l’universalisme, et à de nombreuses connaissances scientifiques.

Une partie tristement importante de la classe intellectuelle a depuis longtemps davantage cherché à dénoncer le monde qu’à faire l’effort de le comprendre. À un présent honni, elle opposait souvent un futur rêvé. Désormais, il semble que même le futur suscite le mépris et l’hostilité d’une avant-garde qui, tel Fox Mulder des X-Files, envisage avant tout, à son égard, la guerre.

À suivre…

  1. Pinker, Enlightenment Now: The Case for Reason, Science, Humanism and Progress (Viking, 2018) (cit. on pp. 1, 2).
  2. J-F. Revel, Ni Marx ni Jésus : de la seconde révolution américaine à la seconde révolution mondiale (Robert Laffont, 1970) (cit. on p. 1).
  3. R. Gross and N. Levitt, Higher Superstition: The Academic Left and its Quarrels With Science (Johns Hopkins University Press, 1994) (cit. on pp. 1, 2, 6, 8) ; Sokal and J. Bricmont, Impostures Intellectuelles (Éditions Odile Jacob, 1997) (cit. on pp. 1, 6).
Voir les commentaires (18)

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  • Il est plus valorisant de dénoncer les injustices, même inventées, que de constater l’amélioration fantastique de la condition humaine depuis deux siècles, preuves à l’appui.

    La réponse est en général de deux types :
    – nier les chiffres.
    – dire que la catastrophe nous guette, que si les gens vivent mieux, ce n’est qu’une accalmie avant l’apocalypse.
    C’est donc simplement une dérive religieuse de la gauche.

  • en fait…SI on sacralise la nature..alors en effet on peut être contre le progrès humain de façon générale..
    il y a quelques décennies pour vous montrer que le monde allait mal on vous montrait un enfant décharné dans les bras de sa mère…
    désormais un tortue morte pour avoir mangé du plastique…

    on pleure un orang outang sans jamais vous montrer le petit indonésien.. on pleure un éléphant sans vous montrer le paysan africain..

    parfois il s’agit simplement d’ignorance parfois il s’agit de gens qui ont un but « rationnel » de dépopulation..et qui veulent le progrès mais pas pour tous…

    au journal télévisé , j’ai vu un symbole de ce qui est pour moi qui suis un plouc une infantilisation des adultes…des gens qui consacrent des ressources et du temps à sauver des oisillons tombés du nid…chose qui se produit depuis des temps immémoriaux..

    est ce qu’il y a eu la moindre étude pour estimer quel effet ça avait sur une population d’animaux d’en sauver à grand coût quelques individus parmi une large population?

    il faut être ou bien un enfant ou bien prodigieusement riche pour penser qu’on peut sauver tous les animaux…

  • Démagogie, sectarisme et propagande…..Depuis Lenine rien n’ a changé.

  • Au fond c’est quoi la gauche ? C’est faire payer Mes idées par Ton pognon : une affaire classique d’intérêt personnel, soit pour briller en société en revendiquant facilement et sans risques de belles idées humanistes, soit pour en tirer bénéfice (sur les plus riches) en exigeant davantage de redistribution (au nom du fameux « intérêt général, pas le mien bien sûr..), soit par déficit de statut social en espérant obtenir un poste, une fonction, une prérogative dans un régime « de gauche », soit pas peur, grâce à l’assurance d’un Etat providence m’évitant toute prise de risque inconsidérée et m’abritant des risque inconnus (principe de précaution..).
    C’est de l’individualisme maquillé n’hésitant pas à critiquer l’individualisme revendiqué et franc des libéraux !
    Les socialistes sont tous des faux culs, aigris de la défaite historique de leur théorie spoliatrice et partageuse devant les constats de la réussite mondiale du capitalisme dans le recul de la misère.

  • « Le socialisme ne fonctionne qu’au paradis, où l’on peut s’en passer, et en enfer, où on l’a vraiment. »
    Thomas Sowell

  • Le socialisme et le communisme ne sont pas des images d’un avenir meilleur pour l’humanité. mais simplement des images illusoires et embellies de son état présent…

  • Ils le dénoncent justement car ils sont incapables de le comprendre!

  • Le progressisme à l’œuvre dans l’université d’Evergreen (État de Washington) en 2017 : https://www.youtube.com/watch?v=u54cAvqLRpA
    Rien à envier aux gardes rouges de Mao !

  • J’attends la suite avec impatience..

    En fait c’est une question de point de vue, voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. A gauche c’est le verre à moitié vide, que des progrès restent à accomplir, ça c’est normal. Le hic c’est que personne ne sait planifier ces progrès. On est dans l’imaginaire..

  • il faut sauver la planète et ses habitants de l’aliénation mentale développée par les carbocentristes qui deviennent d’autant plus fous que leur soi-disant science fait faillite (comme un certain H dans son bunker)

  • …l’hostilité de cette gauche intellectuelle aux technologies, à l’universalisme, et à de nombreuses connaissances scientifiques.
    Ce n’est pas compliqué: ils sont contre tout ce qui peut émanciper les individus.

  • Je ne peux qu’abonder.
    Mon article sur le même sujet, paru en 2007 :
    http://www.gaucheliberale.org/post/2007/02/11/La-gauche-reactionnaire
    Bon, les noms des personnalités politiques sont un peu désuets, je vous l’accorde.

  • La gauche préfère le sort du Venezuela… Avec les taux d’intérêts négatifs, elle abhorre le futur… parce qu’il serait mieux sans elle ❓

  • L’écologisme, c’est la haine absolue, passionnelle, irraisonnée, des générations futures.

  • Quelques citations résumant parfaitement ce qu’est le socialisme.
    Quelques perles parmis d’autres…

    « Les capitalistes cupides gagnent de l’argent en vendant des services. Les bons socialistes, eux, ils le volent. »
    David Friedman
    « Le socialisme ne dure que jusqu’à ce que se termine l’argent des autres. »
    Margaret Thatcher
    « Le socialisme est une philosophie de l’échec, le credo de l’ignorance et l’évangile de l’envie. »
    Winston Churchill
    « Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère. »
    Winston Churchill
    Pour finir une pointe d’humour d’un personnage qui en connaissait un rayon sur le sujet…
    « Les socialistes ont eu tort de venir au pouvoir. Ils auraient dû faire comme Dieu : ne jamais se montrer pour qu’on continue à y croire. »
    Coluche ?

    https://www.wikiberal.org/wiki/Citations_sur_le_socialisme

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