L’Inde, pays des vaches sacrées, devient premier exportateur de viande bovine

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En protégeant les vaches sacrées, les Hindous ont fait de l’Inde l’un des principaux exportateurs de viande bovine. Le marché est plus fort que la religion.

Par Pierre Silberzahn.

Je montrais dans un récent article qu’on ne peut pas produire du lait et ne pas manger les vaches, et que ne pas manger les vaches c’est décider la fin du lait et la disparition des vaches. Ce qui ne chagrinera pas les véganes.

La réalité dépasse la fiction : vient juste de paraître dans Le Monde magazine du 6 avril 2019 un article qui est une parfaite illustration de mon propos. Ce reportage relate l’impasse de l’élevage en Inde où, pour des raisons religieuses, on ne tue pas les vaches laitières. On les laisse mourir de vieillesse, une vache vivant vingt ans.


L’essentiel de cet article :

Les vaches sacrées manquent vraiment de gratitude

Aussitôt arrivés au pouvoir en 2017 dans l’Uttar Pradesh, au nord de l’Inde, les nationalistes hindous leur ont sauvé la vie en fermant des abattoirs illégaux. Des groupes extrémistes ont même mené des rondes de nuit pour lyncher des acteurs supposés de la filière bovine. Au moins quarante-quatre personnes sont mortes dans ces exécutions sommaires, en majorité des musulmans, entre 2015 et 2018.
Ce que n’avaient pas prévu les nationalistes, c’est que les vaches en liberté deviendraient si nombreuses qu’elles saccageraient les champs, provoquant la colère des habitants. Que faut-il faire des vaches sacrées lorsqu’elles sont trop vieilles pour donner du lait ? Les paysans qui avaient jusqu’ici l’habitude de les vendre aux abattoirs doivent désormais continuer de les nourrir et de les entretenir, en pure perte. Certains préfèrent donc les abandonner discrètement. Les bêtes qui ont retrouvé leur liberté ruminent dans les champs ou encombrent les rues des petites villes. Cette invasion est devenue un cauchemar pour les agriculteurs, contraints de monter la garde jour et nuit dans des cabanons de fortune, pour que leurs parcelles ne soient pas saccagées. Ils doivent dépenser des fortunes en barbelés ou allumer des feux la nuit pour tenir les « nuisibles » éloignées.
Le gouvernement régional, dirigé par un prêtre hindou extrémiste, a finalement pris le problème par les cornes. Il a institué en février une taxe de 0,5 % dévolue au bien-être des bovins et leur a consacré 4,47 milliards de roupies (57,4 millions d’euros) dans son budget annuel, pour notamment leur construire des abris. Un ministre de l’État voisin de Delhi a eu l’idée d’en construire un à côté d’une maison de retraite. « Les humains sont comme les vaches, a déclaré le ministre du Développement, Gopat Rai, avec l’âge ils ne sont plus d’aucune utilité et on les force à partir de chez eux. »

L’Inde a le plus gros cheptel bovin du monde et est le premier producteur mondial de lait. Le lait est partout dans l’alimentation indienne et la vache est sacrée parce qu’elle donne du lait. La production par vache est très basse et le circuit de distribution, réfrigération, pasteurisation quasi inexistant. Le résultat, c’est qu’il y a en quelque sorte davantage de vaches que de lait.

Pas de vaches, pas de lait. Pas de lait, pas de vaches

Une vache ne produit pas de lait sans mise bas préalable d’un veau. En France, une vache laitière est dite « hors d’âge » à 6 ans, après trois lactations, et envoyée à la boucherie. Il n’est pas possible de savoir à quel âge une vache prend sa retraite en Inde. Elle est souvent élevée comme un animal domestique seule ou à trois ou quatre. Si elle finit sa carrière à 15 ans et qu’elle a eu son premier veau à 3 ans, elle aura fait 12 veaux. Faire comme en Occident, manger les vaches en fin de carrière et les veaux n’est pas concevable en Inde. L’Inde est un pays où pour des raisons religieuses une grande partie de la population ne mange pas de viande, sauf de plus en plus du poulet, mais en tous cas pas de viande bovine. La viande n’est consommée que par les musulmans et les dalits (intouchables).

Que faire alors de cette marée de vaches et de veaux ? L’économie indienne a trouvé la solution en contournant le problème. Les musulmans ont créé un réseau d’abattoirs où les bovins sont sacrifiés selon le rite hallal et exportés vers les pays voisins (Vietnam à destination de la Chine). Ce qui n’est pas sans susciter une vraie guerre avec les nationalistes hindous. Ne pouvant consommer sa viande, l’Inde la vend à des incroyants et leur fait manger ce qui est interdit aux autochtones. C’est vraiment transférer le péché.

Et voilà comment l’Inde à la conscience pure et est devenue le premier exportateur mondial de viande. Le gouvernement Modi, pour préparer les élections de 2019 où il vient d’être triomphalement réélu, a interdit le transport des bovins, zébus, buffles chameaux vers les abattoirs, sous la pression des nationalistes hindous en lutte armée contre les musulmans. La mesure, annulée par la suite, aurait condamné l’Inde à perdre son rang de premier exportateur mondial. Mais les commandos nationalistes poursuivent les lynchages contre les musulmans assassins de vaches.

Violences contre les mangeurs de viande, comme en France (à un moindre degré…), où les véganes et les adeptes de L214 agressent les bouchers, saccagent boucheries et élevages pour lutter contre l’oppression et l’exploitation des animaux au nom de l’antispécisme. Nationalistes hindous, véganes, végétariens, L214, même combat avec pour mobile proclamé l’amour des animaux. Il est paradoxal de voir des végétariens être plus agressifs que des carnivores.

Toute guerre doit se trouver un alibi moral. Les Hindous font la guerre aux musulmans et les lapident par amour pour les animaux. Les chrétiens ont fait la guerre aux musulmans au nom de leur Dieu et du Christ : croisades, guerres de religions, massacres par amour du Christ. Dieu est mort (ou en tout cas ne répond plus) et l’amour du Christ ne peut plus justifier une croisade. Notre temps présent a remplacé l’amour du Christ par l’amour des Animaux. Avec les mêmes certitudes, la même agressivité et la même intolérance. Pour eux, tuer une vache c’est comme tuer un homme.

Libérez les vaches !

Pour dire aux captifs : Sortez ! Et à ceux qui sont dans les ténèbres : Paraissez ! Ils paîtront sur les chemins, Et ils trouveront des pâturages sur tous les coteaux. La Bible, Isaïe 49 :9.

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