La France est-elle si attractive qu’on le dit ?

La bonne performance française est principalement due au fait que notre pays est la première destination européenne des investissements étrangers pour la R&D et l’industrie.

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French female fan rooting for France during final By: Marco Verch - CC BY 2.0

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La France est-elle si attractive qu’on le dit ?

Publié le 13 juin 2019
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Par Philbert Carbon.
Un article de l’Iref-Europe

Les médias ont fait leurs choux gras ces derniers jours du baromètre de l’attractivité de la France publié par le cabinet de conseil EY. Notre pays semble en effet tirer son épingle du jeu puisqu’avec 1 027 investissements étrangers réalisés en 2018 (+ 1 % par rapport à 2017), la France dépasse désormais l’Allemagne. Il n’en fallait pas plus pour que journaux, radios et télés fassent leur Une sur cette « bonne nouvelle » selon les propos de Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie et des Finances.

Les investissements étrangers (973) en Allemagne baissent de 13 % entre 2017 et 2018 tout comme au Royaume-Uni. Ce dernier pays conserve tout de même la première place du podium avec 1054 investissements étrangers. En moyenne, les pays européens voient leurs investissements étrangers baisser, en nombre de projets (6 356), de 4 % en 2018.

La France, première pour la R&D et l’industrie

Cette bonne performance française est principalement due au fait que notre pays est la première destination européenne des investissements étrangers pour la R&D et l’industrie.

Dans ces deux domaines, la France devance largement ses suivants. Elle cumule davantage de projets en R&D (144) que le Royaume-Uni (74) et l’Allemagne (64) réunis. L’Hexagone est aussi en tête pour les projets industriels (339, dont 80 % d’extensions), devant la Turquie (203) et l’Allemagne (152).

Au mois de mai 2019, le cabinet A.T. Kearney a publié un classement qui portait sur les investissements mondiaux. La France y figurait à la cinquième place, derrière les États-Unis, l’Allemagne, le Canada et le Royaume-Uni. Viennent ensuite le Japon et la Chine. Cette fois, la France est devancée par ses voisins. Voilà qui relativise les résultats présentés par EY qui portent pourtant sur la même période (des différences dans les méthodes de calcul sans doute) !

De nombreux bémols

Nous nous réjouissons de cette bonne place française. Mais il est nécessaire de regarder les autres chiffres du baromètre EY. Ils relativisent encore davantage les bons chiffres mis en avant.

Soulignons d’abord qu’en dépit du Brexit, qui n’en finit pas de se concrétiser et qui plonge l’économie britannique dans une grande incertitude, le Royaume-Uni a accueilli l’année dernière davantage d’investissements étrangers que la France.

Les perspectives pour 2019 ne sont guère encourageantes pour la France. Après l’enthousiasme – pour ne pas dire l’irrationnelle euphorie – qui a suivi l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, le soufflé est en train de retomber. Alors que 55 % des dirigeants internationaux interrogés par EY en 2017 pensaient que l’attractivité du pays allait s’améliorer au cours des trois prochaines années, ils ne sont plus, cette année, que 30 % à avoir cette opinion. Une baisse de 25 points qui s’explique sans doute par le dessillement de ces mêmes dirigeants qui s’aperçoivent que les grandes réformes annoncées n’ont pas la taille requise.

Conséquence immédiate de ce réveil, les dirigeants internationaux ne sont plus que 19 % à envisager des investissements en France en 2019, contre 24 % l’année dernière. Une baisse de 5 points qui pourraient faire descendre notre pays de la deuxième marche du podium.

Les dirigeants interrogés par EY mettent en avant les atouts français : des spécificités sectorielles fortes (aéronautique, luxe, biotechnologies principalement), un rayonnement touristique certain, sa capacité d’innovation et de recherche, son accessibilité internationale et ses infrastructures.

Mais les efforts qui restent à accomplir ne sont pas oubliés :

  • intensifier l’action de simplification administrative pour les entreprises (47 % des investisseurs interrogés) ;
  • améliorer la compétitivité fiscale de la France (44 %) ;
  • poursuivre l’action de réduction du coût du travail (37 %) ;
  • aller plus loin dans la réforme du droit du travail vers une plus grande flexibilité (32 %) ;
  • repenser le dialogue avec les partenaires sociaux (31 %).

Dans son baromètre EY fait le cumul de certains projets considérés comme stratégiques sur la période 2009-2018. Le tableau ci-dessous en fait la synthèse :

Cumul des investissements 2009-2018

Royaume-Uni Allemagne France Pays-Bas
Projets de centres de décision 679 301 226 239
Projets dans le secteur digital 1 971 1 142 860 365
Projets en provenance de Chine et d’Inde 854 853 257 206
Projets en provenance des États-Unis 2 951 1 624 1 505 701
Total des projets stratégiques 6 455 3 920 2 848 1 511

On remarque que la France est systématiquement devancée par le Royaume-Uni et l’Allemagne, et même parfois talonnée et dépassée par les Pays-Bas qui ont presque quatre fois moins d’habitants.

D’autres études relativisent l’attractivité française

Alors, cette deuxième place dans le baromètre de l’attractivité en 2018 n’est-elle qu’un feu de paille ? On pourrait le croire à la lecture d’autres études publiées ces dernières semaines.

Citons, par exemple, celle conduite par BCG et Cadremploi qui montre que 76 % des experts du digital français sont prêts à quitter l’Hexagone (contre 67 % en moyenne mondiale). Et où veulent-ils aller ces french geeks ? Au pays des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) ? Non ! Au pays des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiomi) alors ? Pas davantage ! Ils rêvent de Suisse et de Canada, des pays où la qualité de la vie leur semble supérieure à la nôtre.

Autre chiffre, celui du nombre de candidatures d’étudiants étrangers (extra-européens) aux universités françaises. Il est en baisse de 22 % par rapport à 2018, selon le point fait en février par Campus France. Et l’augmentation des frais universitaires voulue par le gouvernement n’y est pour rien. L’hémorragie est plus ancienne : déjà en février 2018, on observait une chute de 25% par rapport à 2017 ; et entre 2011 et 2016, le nombre d’étudiants non européens a baissé de 8,5% en France tandis qu’il progressait de 37 % aux États-Unis.

Les acteurs de la nouvelle économie et les étudiants étrangers qui désertent la France, cela relativise encore un peu plus l’attractivité du pays.

Intensifier le rythme des réformes, mais surtout leur profondeur afin, comme le rappelait il y a quelques jours Jean-Philippe Delsol, que les Français soient davantage libres et responsables, s’avère donc indispensable.

Sur le web

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  • çà dépend.. si il s’agit de profiter e la manne d’argent public pour installer une base commerciale en europe .. peut etre
    si il s’agit de construire des unités de production , non.

    • Oui les investissements étrangers bénéficient des mêmes aides que les intra. Cependant je pense que les investisseurs ne se décident pas ou rarement sur ce critère, car la France collectiviste dispose malgré tout de nombreux atouts notamment géographique.

      • Heureusement que la France a des atouts, peut-être un peu plus que d’autres pays moins bien lotis, sinon il y a longtemps qu’elle se serait effondrée sous le poids de son Etat obèse, parasite démesuré.

        Mais il ne faudrait pas non plus tirer trop longtemps ni trop fort sur la corde car même le pays le plus béni des dieux pourrait céder à son tour sous l’épreuve. A force de consommer son capital, la France finira par en être démunie.

        Déjà deux révoltes contre des lois ineptes en quelques années, d’abord les BR puis les GJ. A chaque fois, il s’agissait de lois haineuses contre la bagnole, des lois visant à punir la liberté essentielle de se déplacer. Comme quoi, les Français ne sont pas totalement hypnotisés par la propagande escrologiste.

        Jamais deux sans trois, dit le proverbe. Les politiciens et les hauts fonctionnaires feraient bien de méditer le sage conseil de Pompidou (« foutez la paix aux Français ») et de calmer leur enthousiasme législatif. Il n’est pas communicatif.

        • «Heureusement que la France a des atouts..»

          Ouais ben on dirait que c’est un crime de le dire. C’est tout ! Pour le reste de la leçon merci je la connais.

    • apparemement il s agit d apres l article d investissement en R&D et industrie. donc pas vraiement d ouvrir un point de vente

    • Je suppose, pour vous plussoyer, que vous répondez au titre et non à la conclusion…

    • Les programmes fiscaux concernant la R&D sont performants en France, le reste non. Il est donc facile et particulièrement rentable de faire de la R&D en France (effet d’aubaine en plus) et de fabriquer les produits ailleurs.

  • des  » bonnes nouvelles « , on n’a pas finit d’en apprendre ; je vous pari que dans les prochaines semaines on va nous claironner une baisse du chômage , de l’insécurité , du nombre de morts sur les routes et j’en passe et des meilleures …..les municipales et les présidentielles approchent à grand pas et la France va miraculeusement se relever ….si si , promis……

  • En ce qui concerne le Royaume Uni les décideurs dans le monde économique ne sont pas idiots. Plus le Brexit sera « Hard » plus ce pays baissera ses taxes et facilitera les investissements étrangers. Et pour des américains ou des chinois, Brexit ou pas, on continuera à y parler Anglais.

    • vu le niveau en anglais des chinois, je me demande si c est vraiment un critere …

      quant a etre sur qu un brexit hard signifira moins de taxes, je vous trouve optimiste. les gens ont vote brexit non pas pour moins de taxes mais pour avoir moins de polonais …

  • La france reste malgre tout attractive pour son soleil ses paysages et sa braderie d’entreprises sans oublier ses genereuses subventions !

    • Le soleil…
      51 jours de bon ensoleillement par an à Paris. Pour Brest, je n’ai pas trouvé le chiffre, il doit être négatif, seulement 210 jours de pluie.

      • Allons, allons, il faut toujours beau en Bretagne. Un coup de biniou, un coup de chouchenn, une bonne dose de beurre salé dans la crêpe, et le soleil brille.

  • Pour rebondir sur le fait que les geek francais cherchent a quitter le pays, j ai vu hier un sondage de stackoverflow (site pour les informaticiens). L enquete portait sur les developpeurs du monde entier.Les francais etaient de loin les plus pessimiste (https://insights.stackoverflow.com/survey/2019?utm_source=Iterable&utm_medium=email&utm_campaign=dev-survey-2019)
    Il est vrai que travailler dans l IT en France n est pas tres rejouissant: le gros des emplois sont concentres a Paris, ville chere et sale. Mais vous etes pas tres bien payé : vous devez laisser quasiment la moitie de votre salaire pour habiter dans un appartement minuscule dont la derniere refection date d il y a 30 ans…
    Le gros des employeurs francais sont des ESN (nouveau nom des SSII, surnommé dans le milieu marchand de viande vu la consideration qu ils ont pour leur personnel)
    Alors evidement, les gens pensent a partir … On est en train de rejoindre les pays de l est ou du sud, que les diplomés fuient car ils n y ont aucune perspective

  • Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les services de com de l’Elysée sont experts pour montrer un seul aspect de nos résultats économiques, bien vite transformé en un slogan (le chomage baisse, la France est attractive etc…). En réalité, la situation est catastrophique, l’activité est portée à bout de bras par des travaux et des dépenses écologiques…

  • Dans Madyness ce matin :
    « Paru mi-mai, le rapport Startup Ecosystem Rankings, cru 2019, établi conjointement par Crunchbase, Similarweb et Coworker, a fait couler beaucoup d’encre… outre-Atlantique. Et pour cause : les États-Unis se classent une fois de plus premiers au classement des écosystèmes les plus attractifs pour les startups. Côté français, c’est plutôt la désillusion. Après plusieurs années durant lesquelles l’attractivité de l’Hexagone n’avait cessé de grimper, la cote de la France est en berne. Elle a perdu deux places au classement, sortant du top 10 pour s’établir à la onzième place. Une petite forme qui contraste avec le dynamisme d’autres écosystèmes européens : les Pays-Bas gagnent neuf places pour entrer dans le top 10, directement à la sixième place ; et l’Espagne en gagne quatre, passant devant la France pour ravir la dixième place. »
    https://www.maddyness.com/2019/06/12/etude-france-ecosystemes-startup/

    • Juste 1 commentaire : aux US, les « business Angel » peuvent retirer jusqu’à 3 ans de pertes de leurs impôts quand ils investissent dans une entreprise… Quand on fait ça en France, on se fait matraquer, que l’entreprise en question marche bien ou périclite… Tout est dit sur l’attractivité de la France. Seul le crédit impot recherche permet de faire un peu de R&D à tarif abordable !

  • la France, attractive pour les bac-5…

  • Avec une prévision de croissance de 1,3% cette année je ne vois pas ce qui s’arrange!

  • Je sais qu’il ne faut tomber dans la sinistrose et le french bashing, mais quand on lit ça:
    http://seppi.over-blog.com/2019/06/sur-les-marches-mondiaux-l-agriculture-francaise-a-encore-sa-place-sur-un-strapontin.html

    Et encore, la France tire son épingue du jeu grace notamment aux vins et spiritueux: on dit merci aux grands groupes genre LVMH.
    Par contre, pour le commerce intraeuropéen, c’est dramatique et si on suit le discours de notre PM, ce sera pire demain.

  • C’est lié au tapis rouge fiscal,s’en vont dès qu’il n’y a plus d’aides.Par contre pour les particuliers l’enfer fiscal continue,la suppression de la taxe d’habitation remise à plus tard suite au lobbying de l’Association des pleureuses(des maires)de France dirigée par Baroin LR acoquiné pour l’occasion avec Laignel vieux fossile socialiste qui s’était fait connaître en son temps pour sa vision bien socialiste de la démocratie….quant aux vins et produits de luxe ce ne sont pas les français qui les achètent,et en plus on perd la TVA il suffit de voir les files de touristes dans les grands magasins au service de détaxe!!!!!!!!!!!

  • La proportion d’investissements étrangers en France n’est elle pas en partie causée par la faiblesse de l’investissement franco-français, la faiblesse de la part d’épargne qui y est affectée, faiblesse du capital-risque français? Et donc du bradage d’entreprises, de patrimoine…
    Cela a aussi été écrit ici, l’attrait de niches fiscales et de subventions à l’investissement et à la reprise d’entreprises en difficulté, parfois/souvent aussitôt vidées de leur trésorerie…

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