Message à Bruno Le Maire : vive le capitalisme !

Bruno Le Maire by Fondapol (CC BY-NC-ND 2.0) — Fondapol , CC-BY

Ce n’est pas le capitalisme qui doit changer, c’est l’action publique. Ce n’est pas le capitalisme qui est mourant, c’est l’État-providence.

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Le ministre de l’Économie expliquait récemment : « Une chose est sûre, le capitalisme doit changer ». En janvier, Bruno Le Maire affirmait déjà : « Le capitalisme des inégalités est mort ». Le propos n’est pas neuf : en 1928, considérant que « l’inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme », le programme de l’Internationale communiste le proclamait « mourant »…

Le capitalisme n’est pas parfait : 740 millions de personnes vivent encore sous le seuil international de pauvreté, le développement économique pollue, les inégalités interrogent la cohésion sociale (et nationale) nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie. Il reste pourtant le seul système qui soit capable de promouvoir à la fois l’amélioration du niveau de vie et la liberté pour tous. Le socialisme a échoué, conduisant systématiquement à l’oppression des individus et la misère des peuples, comme le Venezuela le montre.

Le capitalisme a sorti le monde de la pauvreté : selon la Banque mondiale, « entre 1990 et 2015, le taux d’extrême pauvreté a reculé d’un point par an en moyenne, passant de près de 36 % à 10 % », pour atteindre 8,6 % en 2018 (il était de 90 % au début du XIXe siècle). Il a enrichi les Français : selon l’Insee, notre PIB a été multiplié par 8 entre 1949 et 2007, le salaire moyen par tête passant de 7600 à 32 000 euros dans l’économie marchande ! C’est à lui que nous devons également notre meilleure santé, nos services publics et nos équipements du quotidien. Gageons que personne ne souhaite réellement revenir à l’époque où nos grands-mères frottaient le linge à la main, s’inquiétaient des retards, s’angoissaient de la mort de leurs nourrissons faute de vaccins, de chauffage ou de nourriture !

Le capitalisme n’est pas une oeuvre artificielle

Ce résultat n’est pas le fruit du hasard. L’historien Henri Sée écrivait en 1926 que le capitalisme « n’est pas une œuvre artificielle : des milliers de causes ont contribué à l’édifier. Il est donc probable qu’une révolution brusque, catastrophique, sera incapable de le mettre à bas ».

Répartition des gains. Le capitalisme est, comme l’avait décrit Fernand Braudel, une dynamique faite de destructions créatrices. C’est un mouvement déstabilisateur d’extension continue du champ du marché. Là où certains rêvent d’un monde sans aléa et de parcours linéaires maîtrisés et anticipés par la rationalité technocratique, il est synonyme de risque et d’incertitude et ne connaît que la concurrence des modèles et la découverte progressive de la vérité par la diversité des expérimentations – ce qu’Hayek avait compris. À ce titre, il s’accommode mal de toute forme de planification, d’uniformité et de centralisation, et se révèle profondément inconfortable pour ceux qui fantasment d’un monde sans aléa.

La question qui mériterait d’être posée est celle de la répartition des gains de la croissance. En l’espèce, il y a matière à plaider que le principal obstacle ne vient pas d’un système multiséculaire promoteur de progrès économique et social, mais plutôt des dysfonctionnements d’un État social assez récent, financièrement exsangue du fait d’une gestion calamiteuse, qui étouffe la société de ses normes et contraint la mobilité sociale par la multiplication des statuts.

Ce n’est pas le capitalisme qui doit changer, c’est l’action publique. Ce n’est pas le capitalisme qui est mourant, c’est l’État-providence. La bonne nouvelle, c’est que cette mission-là relève bien, elle, du champ de compétence du gouvernement.

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