Les conséquences désastreuses de la Théorie Monétaire Moderne (MMT)

Faut-il revenir aux politiques de relance budgétaire ? L’exemple de la Théorie Monétaire Moderne (MMT) et ses conséquences.

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Alexandria Ocasio-Cortez-Women's march on NYC 2019 by Dimitri Rodriguez

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Les conséquences désastreuses de la Théorie Monétaire Moderne (MMT)

Publié le 10 juin 2019
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Par Jonathan Lebenson.

La Théorie Monétaire Moderne (ou MMT selon son acronyme anglais) est citée régulièrement dans la presse américaine en cette année 2019, notamment depuis que la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, nouvelle égérie des Démocrates, a déclaré en être une adepte. Récemment le premier manuel qui s’en inspire est en en rupture de stock deux mois après sa parution !

Plus qu’une théorie, il faut l’envisager comme une boîte à outils à l’usage des gouvernements dans un environnement de taux bas.

Bien que proposant des solutions parfois dures à réaliser ou néfastes pour la liberté économique, elle suggère quelques idées intéressantes pour dépoussiérer l’arsenal économique des gouvernements. En tous les cas, vous risquez d’en entendre parler dans les années qui viennent, notamment dans un contexte européen où les gouvernements veulent mettre un terme aux politiques d’austérité et favoriser à nouveau la dépense publique.

La planche à billets

Premier postulat : un gouvernement souverain ne peut devenir insolvable dans sa propre devise car il sera toujours capable d’honorer ses engagements en imprimant davantage de billets pour payer les intérêts de la dette, sans craindre un défaut. Le seul risque qu’il doit considérer ici est l’inflation.

Tant qu’il y a assez de travailleurs et d’infrastructures pour répondre à une demande croissante sans créer d’inflation, l’État peut dépenser autant qu’il le veut pour atteindre ses objectifs : par exemple arriver au plein emploi ou alors préserver l’environnement.

Les apôtres du MMT s’inspirent largement des théories de John Maynard Keynes et d’Abba Lerner qui donnent une part centrale à la dépense publique et à la planification étatique.

Le risque est évidemment de ne voir qu’une facette du problème, à savoir celui de l’État émetteur, et pas celui des utilisateurs qui peuvent eux-mêmes influer sur la valeur de cette monnaie. Par exemple si l’argent est thésaurisé ou dépensé, le résultat sera différent, ou alors si les acteurs économiques prévoient que la valeur future de la monnaie va augmenter ou diminuer, ils choisiront leur façon d’allouer leur richesse.

Théoriquement, un État souverain peut utiliser librement la planche à billets, mais en pratique, il peut aussi briser la confiance des marchés et les pousser à remettre en question la valeur de la monnaie, provoquant ainsi un défaut. Pour l’instant le dollar semble être dans une position indétrônable, tant que les États étrangers et la population continuent à acheter sa dette sans broncher mais qu’arrivera-t-il quand d’autres monnaies de référence viendront la concurrencer (RMB chinois) ?

Les taux zéro : « Lower for longer »

Partant du constat précédent, dans un contexte de taux bas généralisés dans les pays développés, les adeptes du MMT veulent se focaliser sur le levier budgétaire pour stimuler l’économie.

Dans le passé, les taux d’intérêt fluctuaient beaucoup tandis que la balance budgétaire était plutôt fixe et rigide ; à l’inverse, dans la nouvelle configuration qui pourrait devenir la norme, les taux sont quasi-fixes à 0 % (en Europe et au Japon depuis une décennie) donc les politiques budgétaires doivent être beaucoup plus dynamiques en réponse à cette politique monétaire statique.

La dette de l’État produite par la dépense budgétaire sera monétisée pour financer l’économie. L’avantage est de pouvoir cibler beaucoup mieux la création de monnaie et de crédit et de la diriger directement vers les populations concernées.

Les années 30 et 40 aux États-Unis donnent d’excellents exemples d’application de ces politiques. On peut citer comme exemple le bonus anticipé payé aux vétérans américains en 1936 sous forme de bons du trésor pouvant être immédiatement vendus ou gardés à maturité. 80 % des obligations furent vendues dans l’année et majoritairement dépensées, représentant un stimulus total de 2 % du PIB.

Partant de cet exemple historique, une des propositions phares du MMT est le « Jobs Guarantee » réminiscent des politiques du Works Progress Administration de Franklin D. Roosevelt : les chômeurs seraient employés par l’État à des activités productives au lieu de recevoir un chèque d’allocations sans contrepartie à la fin du mois. L’avantage est pour les populations concernées de rester dans le circuit productif pour pouvoir retourner travailler dans le privé par la suite ; cela soulève évidemment des questions sur les pouvoirs accordés à l’État dans la direction de l’économie. Dans quels secteurs ces emplois seraient-ils créés, et à quel niveau de salaires ? Si les salaires du public sont trop hauts ou trop bas, cela a un effet néfaste sur le secteur privé.

Ce qui rend la MMT potentiellement dangereuse est qu’elle ne peut fonctionner que lorsque l’État exerce un contrôle total sur l’évaluation de sa devise. Les promoteurs de cette théorie sont naturellement situés à la gauche de l’échiquier politique américain du côté de Bernie Sanders et AOC, donc pas forcément chez les partisans du libéralisme !

En revanche, elle nous ouvre les yeux sur un phénomène contemporain durable qui a été récemment analysé par Ray Dalio, gérant du fonds Bridgewater Associates dans une de ses notes de recherche : les taux d’intérêt sont bas et le seront encore longtemps – que reste-t-il donc comme levier à l’État pour stimuler l’économie ?

De MP1 à MP3

Dalio différencie 3 politiques monétaires pour simplifier son analyse :

  • MP1 : la fixation du niveau de taux d’intérêt
  • MP2 : le « Quantitative Easing » : les banques impriment de la monnaie et achètent des actifs financiers
  • MP3 : la coordination des politiques monétaires et fiscales.

Les deux premières politiques semblent arrivées aux limites de leurs capacités vu leur impact faible sur certains pays au taux de chômage structurel élevé et à la croissance molle, tels la France. MP1 et MP2 ne produisent pas les effets de ruissellement escomptés, favorisant surtout les hauts revenus et les investisseurs (l’exemple des dix dernières années ayant provoqué l’inflation du prix des actifs comme l’immobilier en est un bon exemple), et ne ciblant pas assez précisément les secteurs prioritaires (éducation, R&D).

Pour pallier la lenteur des politiques budgétaires à impacter l’économie, on peut imaginer un système de politiques flexibles (MP3) qui augmente ou réduit la charge fiscale, selon les performances économiques : moins d’impôts en récession, plus en expansion, un peu comme les taux d’intérêt ont fonctionné jusqu’à présent. Cela implique de fixer des seuils automatiques, ou alors une grande réactivité des gouvernements et une coordination entre les analystes économiques et les décideurs politiques.

L’analyse de Dalio est intéressante car elle montre comment une théorie dont les principes sont proches du socialisme peut nous conduire à remettre en question les outils traditionnels d’intervention de l’État dans l’économie pour les rendre plus efficaces et donc peut-être moins généralisés. En tous les cas, les exemples historiques abondent (il en cite de nombreux, de la Chine impériale au New Deal), et vous n’avez pas fini d’en entendre parler !

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  • La MMT est vieille comme le monde. Elle consiste à refiler la patate chaude au suivant pour ne pas se brûler les doigts.

  • Si l’Etat crée des emplois (non régaliens), il n’y a aucune raison que ses employés puissent retourner dans le privé par la suite. Par définition, les emplois publics ne supportent aucune taxe puisqu’ils sont financés par les taxes, ou par la planche à billet dans le cadre des injection monétaires péniblement justifiées par la TMM, ce qui revient au même. Les taxes sur les emplois publics sont fictives, le seul mouvement économique réel étant le salaire net de toute taxe. La somme des salaires nets du public improductif est égale à la somme des taxes ou de l’inflation prélevées sur le privé producteur de toutes les richesses.

    Sur le marché de l’emploi, le public crée une concurrence insurmontable pour le privé, pour deux raisons : le secteur privé supporte seul le poids de toutes les taxes et le secteur public n’est pas contraint de produire pour survivre. Pas la moindre taxe, aucune obligation de production : qui serait assez stupide pour choisir un autre emploi ? Vite, tous fonctionnaires à vie !

    Si on laisse faire l’Etat et sa banque centrale, l’emploi privé est condamné à disparaître et la société condamnée à la collectivisation. Mais, revers du billet fraîchement imprimé sur la planche, une société collectivisée ne produit plus de richesses. Dès aujourd’hui, c’est un phénomène du même ordre que nous pouvons observer à travers le monde en conséquence des politiques monétaires menées par l’ensemble des principales banques centrales. A chaque nouvelle injection, l’économie productive s’essouffle un peu plus et la croissance s’évanouit progressivement. Le mouvement est d’abord lent car quelques gardes-fous sont encore admis puis il va s’accélérant, les dernières barrières à la folie monétaire devenant insupportables pour les hommes de l’Etat, avides de spolier toujours plus les richesses créées par les populations productives. Avec le discours de la MMT, nous y sommes. On invente une théorie farfelue pour justifier l’injustifiable, pour donner l’apparence de la raison à ce qui n’est rien d’autre qu’un pillage généralisé. La MMT accélèrerait le phénomène de manière dramatique. La récession mondiale généralisée est le terme de cette démence monétaire.

    Dans une société collectivisée improductive, il n’y a plus que le capital à consommer (détruire). Le temps de survie est ainsi proportionnel à la vitesse de destruction du capital, de quelques années (fréquent) à quelques décennies (plus rare).

  • C’est exactement la politique monétaire que pratique en France Emmanuel Macon.

  • si cela n’avait pas de conséquences si tragiques, on pourrait rire de l’orgueil de ces jeunes politiciens qui n’ont jamais rien fait et qui semblent découvrir le graal économique !

  • « les gouvernements veulent mettre un terme aux politiques d’austérité »
    quelle politiques d’austérité? Ou alors il s’agit d’un’ nouvelle définition de l’austérité qui signifierait simplement que la dépense des état n’augmente plus de manière exponentielle?

  • Et personne ne se pose la question de pourquoi les taux d’intérêt sont si bas? ça n’aurait rien à voire avec la création monétaire des banque entièrement basé que la création de nouveau prêts? pour continuer à faire tourner ce manège idiot il faut toujours prêter plus quitte à prêter pour rembourser dans la foulée? quitte a avoir des taux négatifs? Non seulement cela mais alors que les banques inonde l’économie de prêts nos gouvernants s’acharnent à bloquer cette même économie à cout de règlements, d’interdictions, de restrictions si bien que les liquidités disponibles ne se tourne pas vers les investissements mais vers le produits financiers, l’immobilier et la dettes d’état. On se retrouve avec des sociétés comme uber qui d’un coté dispose de milliards à dépenser et dont l’activité est rendue impossible ou non rentable. Il n’y plus aucune logique dans l’économie actuelle, les règles sur jeu sont tellement bidonnées que tout calcul économique est rendu impossible. des milliers dos sociétés zombies survivent grâce à ce système et couleront instantanément au premier retournement. Il est impossible que cela continue indéfiniment et cela ce terminera probablement avec des millions de mort tout comme la grande dépression, le new deal n’aillant rien résolu.

    • Faux : le new deal a amélioré la situation des USA !

      • c’est sujet à discussion…

        • Effectivement breizh.
          Je m’explique : la situation était catastrophique avant l’arrivée au pouvoir démocratique de Roosevelt. Évoquons les résultats précis de cette politique de relance avec des indicateurs que vous, libéraux, appréciez :
          PIB : 600 milliards en 1933
          1 000 milliards en 1940 (juste après le début de la guerre)
          Donc il y a eu création de richesses
          https://fr.wikipedia.org/wiki/New_Deal#/media/Fichier:PIBUSA1920-40.svg
          Dette : stable à 40 % pendant le New Deal, malgré des investissements et des dépenses massives.
          https://fr.wikipedia.org/wiki/New_Deal#/media/Fichier:Debt1929-50fr.jpg
          Gestion prudente donc…
          Chômage : 21 % 1933
          15 % 1940
          https://en.wikipedia.org/wiki/New_Deal#/media/File:US_Unemployment_from_1910-1960.svg
          Ces résultats économiques globalement corrects ont été accompagnées d’une politique sociale généreuse et d’une réduction de l’esclavage et de la pauvreté.

          Je veux bien comprendre votre acharnement face à toute politique sociale dès lors qu’on ne privatise pas tout, mais tout de même…

          • Une « réduction de l’esclavage » par le ND ? Le potentiel créatif des gauchos pour réécrire l’histoire (économique) est une source de réjouissance constamment renouvelée.

          • PIB US (nominal, chiffres bruts, sans calculs, sans manipulations) :
            1929 = 105 milliards
            1933 = 575 milliards
            1940 = 103 milliards
            1945 = 228 milliards

            Précision technique pour comprendre les différences : le PIB dit « réel » est une valeur calculée a posteriori. Cette valeur n’est pas observable dans la réalité mais est indispensable pour calculer le taux de croissance hors inflation. Ce n’est donc pas une valeur objectivement constatée, contrairement à ce que sa dénomination pourrait laisser croire. Le seul chiffre incontestable, objectivement comptabilisé dans les faits, est le PIB nominal, qui amalgame indifféremment croissance et inflation. Seul ce dernier fait référence pour celui qui souhaite établir un état des lieux historique, par exemple pour connaître la masse financière réellement disponible au sein d’une population à un instant t. En revanche, celui qui veut comparer des pouvoirs d’achat à diverses périodes utilisera le PIB réel. Selon l’étude menée, il faut choisir l’un ou l’autre indicateur. Evidemment, ce choix peut également servir une démonstration idéologique, établie au mépris de la réalité.

            Ce que disent vraiment les chiffres : il faut attendre 1941 retrouver un PIB nominal supérieur à 1929, avec ensuite un boom économique par injections budgétaires et monétaires au service de l’effort de guerre. La politique de FDR n’a donc pas permis de retrouver le niveau de richesse de 1929. C’est en réalité la déflation qui fait illusion pour le PIB dit réel. Ce n’était pas une déflation productive et capitaliste saine, bien qu’utile, mais plutôt une déflation de correction des excès, extrêmement dure économiquement et socialement parlant. Elle n’a pas permis aux individus d’augmenter leur pouvoir d’achat puisque dans le même temps la masse des revenus individuels s’était effondrée.

            Question timing, comme souvent dans ces cas là, FDR est arrivé après la bataille et a profité du rebond naturel de l’économie, une fois évacués les excès ayant mené à la dépression en 1929, eux-mêmes conséquence directe de l’accumulation des erreurs de politique budgétaire et monétaire post-WWI. La politique de FDR était tellement performante qu’elle a même failli provoquer une deuxième dépression entre 1937 et 1939 (après seulement 4 ans de socialisme décontracté), dépression évitée de justesse par l’imminence de la guerre. La guerre : une affaire qui marche !

          • Si seulement vous pouviez lire les articles que vous citez: Regardez le paragraphe concernant le bilan économique…
            La situation s’est vraiment améliorée après sous Truman quand il a réduit les impôts.
            Mais comme lorsque vous produisez du bullshit ca prend 10 fois plus de temps pour le démonter que pour vous de le construire, je suis désolé mais je ne vais pas vous sortir de votre crasse économique aujourd’hui. Je suis trop crevé.
            Mon conseil en économie faites comme en science dure: Essayez de démontrer que ce que vous croyez vrai est faux. Essayez vraiment de l’infirmer. Si vraiment vous n’y arrivez pas alors il y a une chance que ce soit vrai.

    • «Et personne ne se pose la question de pourquoi les taux d’intérêt sont si bas? ça n’aurait rien à voire avec la création monétaire des banque entièrement basé que la création de nouveau prêts»

      La logique est pas d’inflation = tx bas ; donc la question est pourquoi une inflation faible depuis 2012 malgré les politiques monétaires ? On parle beaucoup de risques (hyper)inflationnistes mais peut-être qu’on assistera effectivement à une déflation.

      • Je ne sais pas comment il est possible de ne pas voir l’inflation des prix des actifs financiers et immobiliers tellement elle est massive et généralisée. Alors, certes, les prix à la consommation progressent plus lentement. Mais tout de même…

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