La Casa de Papel, la série qui a tout faux en économie

The federal Reserve by CityGypsy11(CC BY-NC 2.0)

Dans cette série qui repose sur une escroquerie intellectuelle et économique, El Profesor affirme qu’il ne fait de mal à personne en imprimant ses billets. En réalité il vole les plus pauvres.

Par Eddie Willers.

Dire que La Casa de Papel a marqué cette année 2018 est un euphémisme. Pas un jour ne passe sans que l’on entende une reprise de Bella Ciao, chanson anti-fasciste remise au goût du jour par la série. Un succès planétaire brillamment orchestré par Netflix qui en avait racheté les droits à Antena 3.

Pourtant, je n’ai jamais réussi à tellement accrocher à cette série dont le scénario tournait rapidement en rond et dont les personnages n’évoluaient que très peu. Mais au-delà de cela, un élément m’a profondément dérangé : son scénario repose sur une escroquerie intellectuelle et économique.

Un homme brillant, El Profesor, a décidé de réaliser un braquage d’un genre nouveau. En lieu et place de simplement dérober des billets dans une banque, il va prendre en otage l’usine nationale d’impression de billets. Entouré d’un gang trié sur le volet, il pourra ainsi imprimer autant de billets qu’il le souhaite.

C’est à ce moment que la supercherie prend forme. El Profesor explique à ses acolytes qu’en réalité, ils ne volent personne. Puisque l’argent qu’ils impriment n’appartient à personne, ils n’auront pas à faire face à une opposition populaire. Mieux, ils en profiteront pour dénoncer les banques qui feraient exactement la même chose qu’eux mais en se servant sur le dos de leurs pauvres clients.

Au vu de l’écho de cette série, j’estimais qu’il était nécessaire de remettre les choses à plat et de voir à quel point l’esprit apparemment si brillant du Profesor faisait fausse route.

L’argent est une forme de reconnaissance de dette. Je cultive la vigne et souhaite obtenir des clémentines en février pour me nourrir. Je promets au cultivateur de lui donner un certain nombre de grappes de raisin en septembre en échange d’un kilo de clémentine en février. Cette reconnaissance de dette est écrite sur un papier.

Le cultivateur peut ensuite utiliser cette reconnaissance de dette pour aller voir le boucher du village qui lui aussi aimerait bien obtenir du raisin en septembre et échange la reconnaissance de dette « raisin » contre une côte de boeuf.

Au fur et à mesure de l’histoire cette reconnaissance de dette prend une forme de plus en plus liquide et au lieu d’écrire sur les papiers « 100 grappes de raisin », les hommes objectiveront la valeur de leurs services et produits en or, en dollars, en euros … Pour autant l’origine fondamentale de l’argent demeure la même : c’est une forme de reconnaissance de dette.

Ainsi, imprimer des billets ex nihilo comme nos amis de La Casa de Papel revient à créer des titres de reconnaissance de dette fondés sur le néant absolu ! Ils s’arrogent donc le droit d’obtenir un service ou un produit sans rien en retour. Il me semble que cela ressemble grandement à la définition du vol.

Nos billets comme notre épargne constituent une réserve de pouvoir d’achat. Le montant de notre épargne ne veut pas dire grand chose s’il est incapable de se matérialiser en achats sonnants et trébuchants de produits et services. Vous pouvez être milliardaire en dollars zimbabwéens, pour autant c’est à peine si vous pourrez vous acheter un oeuf.

Lorsque de nouveaux billets sont émis, ils viennent rogner sur le pouvoir d’achat de tous les autres détenteurs de billets. En effet, l’offre de produits et services n’a pas bougé d’un iota et dans le même temps, un nombre plus important de personnes entre en compétition pour acheter ces mêmes biens. Les prix augmentent donc. Le pouvoir d’achat de tous ceux qui n’ont pas reçu ces nouveaux billets, lui, se détériore.

En affirmant qu’il ne fait de mal à personne en imprimant ses billets, El Profesor se trompe. En réalité il vole les plus pauvres. Regardez du côté du Venezuela ce qu’il se passe lorsque la Banque Centrale imprime des billets à tout-va dans une fuite en avant des plus tragiques : les prix s’envolent au rythme de 42 500% annuels. Revenez me dire qu’elle ne vole pas les plus pauvres.

Enfin, dire que les banques font exactement la même chose est encore une fois faux ou au mieux malhonnête. Seule une banque centrale peut réellement imprimer autant de monnaie qu’elle le souhaite. Bien que ce système leur donne beaucoup de largesses, le système de réserves fractionnaires empêche les banques de faire tourner la planche à billets à leur guise. En effet, elles sont contraintes de déposer 10% de leurs encours de crédit à la banque centrale.

Sauf erreur de ma part, nos brigands version 2.0 n’avaient pas exactement prévu d’en faire de même.

De par son audience, La Casa de Papel a véhiculé très largement l’idée selon laquelle on pouvait imprimer des billets en nombre sans faire de mal à personne. Comme nous l’avons vu, cette idée est on ne peut plus fausse. C’est pourtant celle que défendent toutes ces personnes qui souhaitent le retour à la Banque de France qui financerait sans intérêt et donc sans aucun coût pour le contribuable (sic) les déficits français.

Il serait donc temps de dire une bonne fois pour toute ciao à ces fausses bonnes idées.

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