Votre métier est-il vraiment pénible ?

Certains métiers sont plus pénibles que d’autres. Mais la pénibilité n’est pas, juridiquement, un critère facile à définir. Explications.

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Votre métier est-il vraiment pénible ?

Publié le 7 juin 2019
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Par Hubert Jaspard1.
Un article de The Conversation

Vous vous sentez fatigué après votre journée de travail ? Vous avez des douleurs dans le dos ou dans les articulations ? Peut-être avez-vous un travail pénible qui occasionne ces douleurs et cette lassitude ? Mais qu’est-ce qu’un travail pénible ? Un travail considéré comme « non pénible » peut-il quand même être « pénible » ?

Une étude publiée par la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) en 2018 permet de publier un « hit parade » des métiers les moins favorables au bien-être psychologique (et non les plus pénibles !) à savoir dans l’ordre :

  1. cuisiniers
  2. employés et agents de maîtrise de l’hôtellerie et de la restauration
  3. aides-soignants
  4. métiers de bouche (boucher, charcutier, boulanger)
  5. employés de banque/assurance
  6. ouvriers non qualifiés de la mécanique
  7. ouvriers qualifiés des travaux publics, du béton et de l’extraction
  8. ouvriers non qualifiés du second-œuvre du bâtiment
  9. infirmiers/sages-femmes
  10. agents de gardiennage et de sécurité.

Ce que dit la loi

Mais s’agit-il pour autant des métiers les plus pénibles ? Après plusieurs évolutions réglementaires, l’ordonnance n°2017-1389 du 22 septembre 2017 a retenu 10 facteurs de risques, regroupés en trois grandes catégories, pour qualifier cette pénibilité : ils dépendent de l’environnement du poste de travail et de la nature des tâches.

  • Les contraintes physiques marquées : il s’agit des métiers avec de la manutention (1), des métiers soumis à des vibrations (2) ou qui nécessitent une posture pénible (3) ;
  • L’environnement physique agressif : l’exposition aux agents chimiques dangereux y compris les poussières et les fumées (4), les activités exercées en milieu hyperbare(5), les températures extrêmes (6) et le bruit (7) ;
  • Certains rythmes de travail : on parle ici du travail de nuit (8), le travail en alternance (les fameux 3/8) (9) et enfin les gestes répétitifs (10).

Au regard des fameux 10 critères de pénibilité, certains métiers présents dans ce classement interpellent : les employés de banque/assurance et à un degré moindre, les agents de gardiennage et de sécurité ne semblent pas être exposés aux facteurs de risques énoncés dans la loi. À l’inverse, certains métiers (éboueur/ripeur ou agent de conditionnement dans l’agroalimentaire) semblent remplir ces critères, mais ne figurent pas dans la liste.

Un autre élément est déterminant pour connaître la pénibilité d’un métier : l’espérance de vie à 35 ans selon la catégorie socio-professionnelle. L’Observatoire des seniors précise qu’il existe un lien direct entre espérance de vie et pénibilité. Mais cette réalité est également à nuancer. Par exemple, un homme-cadre a une espérance de vie à 35 ans de 49 ans contre 49,8 ans pour une femme ouvrière.

Observatoire des seniors

Intégrer la notion de « bien-être »

On voit ici que la notion de métier « pénible » repose prioritairement sur des critères endogènes. Mais de nombreux autres facteurs entrent en ligne de compte, liés au travail (durée du travail, conditions de travail, ambiance de travail, rémunération) ou au mode de vie personnel (alimentation, consommation d’alcool) ou aux deux (conciliation vie personnelle et professionnelle, temps de transport).

Les facteurs psychologiques sont également prépondérants. On peut citer notamment quatre situations qui influent sur l’environnement psychologique des salariés :

  • Modèle « situation de travail tendue » ou « job train » de Karasek : le questionnaire issu de ses travaux est l’un des outils les plus connus pour évaluer les facteurs de risques psychosociaux. Il permet de mettre en évidence que le déséquilibre entre de fortes exigences et un manque d’autonomie, appelé « job strain » (« situation de travail tendue »), est un facteur de stress. S’il permet dans certains cas d’identifier les facteurs de risque propres à un contexte de travail donné, il n’est pas adapté à toutes les situations. Ainsi, les employés et les femmes sont plus exposés à la tension au travail.
  • Modèle du « déséquilibre efforts/récompenses » de Siegrest : il repose sur la distorsion pouvant exister entre l’effort requis pour un travail et la reconnaissance ou la récompense. Rappelons-nous ce devoir réalisé avec sérieux, volonté et rigueur élevés, mais qui ne vaudra de la part de notre professeur un commentaire succinct : « c’est médiocre ! » Le sentiment de reconnaissance/non reconnaissance est donc un facteur fort de bien-être/mal-être.
  • Théorie de la justice organisationnelle de Greenberg : ce concept est utilisé pour décrire le rôle de l’équité quand elle est directement liée au monde du travail. Il repose sur le sentiment de chaque salarié par rapport à son collègue : suis-je aussi bien payé que lui, suis-je autant reconnu, ma charge de travail est-elle la même ? Un sentiment d’inéquité influe alors négativement sur la perception du salarié et sur son bien-être.
  • Le sentiment d’insécurité au travail : un arrêt de la Cour de cassation de 2010 rappelle la responsabilité des employeurs qui découle de l’obligation de sécurité. Cela traduit la reconnaissance du lien direct pouvant exister entre le sentiment d’insécurité aux causes diverses (relations avec des clients agressifs et violents, incertitudes sur sa situation personnelle).

Les enseignements sont donc nombreux. À côté de critères objectifs définis par la loi, on voit que les facteurs subjectifs influent fortement sur la pénibilité des métiers. On constate aussi que l’équilibre vie personnelle/vie professionnelle impacte fortement le ressenti des salariés. Ainsi, parmi les métiers considérés comme apportant le moins de bien-être, les rythmes de travail (cuisinier, aide-soignant, infirmier) apparaissent comme un critère décisif.

La capacité de se « réaliser » dans son travail ou d’exercer un travail utile est également un facteur atténuant de la pénibilité : l’autonomie, la responsabilité, transmission de savoirs. Enfin, les questions de valeurs, d’interactions sociales et d’ambiance de travail sont également prépondérantes dans cette évaluation de la pénibilité des métiers. Autant de paramètres à prendre en compte par les managers… à défaut de réglementation en la matière.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

  1. Enseignant vacataire, École des hautes études en santé publique (EHESP) – USPC.
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  • la démarche, comme l’indique le dernier paragraphe, est bizarre , on ressent la pénibilité… donc tout travail peut être pénible…

    il aurait fallu peut être dire usant, en avançant des éléments objectifs..

    derrière l’idée de chercher une définition de la pénibilité..c’est toujours regarder les autres…les jalouser les envier… sinon quoi?

    les conditions de travail seules peuvent être objectivées pas le ressenti..
    pour le coté physique c’est assez simple bruit, charge , temperature..
    on a ,par contre, peu l’habitude de mesure la charge intellectuelle et psychologique d’un travail..
    et pour les deux, la pénibilité ressentie et l’usure constatée sont différent..

    l’idée de pénibilité en France est associée à la retraite de répartition… qui a un travail pénible…a le droit prendre sa retraite plus vite…

    une personne qui n’a d’autre choix que de faire un metier dans lequel il souffre…devrait EN prendre la « retraite  » après la première semaine…et chercher autre chose..

    la pénibilité concerne donc en réalité les personnes qui ne peuvent choisir..

    et donc par exemple changer de boulot vers un boulot qui leur plait plus, donc pour lequel ils sont prêts à accepter un salaire moins élevé..

    un des facteur par la bande de pénibilité ressentie est…la rigidité du marché de l’emploi…

    • A mon sens la principale difficulté à définir la pénibilité, en deça d’un seuil à partir duquel tout le monde est d’accord objectivement, concerne l’adéquation capacités du travailleur / exigences de l’emploi. Par exemple tout le monde ne supporte pas le travail de nuit de la même façon ou tout le monde ne gère pas le stress liés aux responsabilités avec la même facilité.
      Dans le cas du burnout, il me semble que dans pas mal de situations, les victimes ne le font pas en raison d’une pénibilité objective du poste, mais parce qu’elles sont aux limites hautes de leurs capacités par rapport aux exigences (ou nouvelles exigences) du poste.
      En général ces ajustements devraient se faire naturellement, les gens changent d’emploi pour trouver le bon équilibre, sauf lorsque le chômage est élevé (vaut mieux un emploi pénible que rien du tout). Dans le cas du plein emploi, les salaires aussi suivraient la pénibilité afin d’attirer des candidats sauf si l’immigration est inadaptée.

      En résumé la pénibilité c’est avant tout une question de politique (enfin de non politique) économique et migratoire.

  • J’ aime bien le dernier paragraphe. Il fût un temps où les patrons, les familles d’ entrepreneurs, avaient le soucis de leurs employés, c’ était une culture transmise et il y avait le goût de l’ entreprise pour l’ entreprise et ses responsabilités, pas pour se bâfrer en le minimum de temps et mettre la clef sous la porte, c’ était avant le tournant libéral de 1983 et avant que la gauche soixante huitarde, syndicats en tête, vienne tout flinguer en mettant en avant des figures comme Tapie. Je caricature…à peine.

  • La pénibilité correspond à des metiers usant physiquement ou mentalement , tous.
    En fait tous les metiers finissent par etre penibles soit en une heure soit en un an en cinq ans etc tout depend de la personne qui l’exerce .

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Pas davantage d’information à l’étranger : cette préoccupation semble exclusivement franco-française. En Europe, on considère généralement que le caractère pénible d’un emploi est compensé par un salaire plus élevé. L’Usine Nouvelle, dans un article de 2010 explique que la différ... Poursuivre la lecture

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