Nagui ou la criminalisation des déviants climatiques

Nagui II by YeTi urbain(CC BY-ND 2.0) — YeTi urbain, CC-BY

Comment une haine tranquille s’installe vis-à-vis des climato-réalistes. Exemple banal avec Nagui.

Par Benoît Rittaud.

Après l’inénarrable Claire Nouvian qui avait traité Élisabeth Lévy d’« hystérique » dans l’émission de Pascal Praud sur CNews, voilà que Nagui s’y met lui aussi en traitant les climatosceptiques de « criminels ».

La scène se passe sur le plateau du jeu télévisé « Tout le monde veut prendre sa place », diffusé en milieu de journée sur France 2. Derrière son pupitre, une candidate se voit poser la question : « Comment appelle-t-on la théorie affirmant que le réchauffement climatique est une invention ? ».

Au cas où le téléspectateur ignorerait que cette théorie est l’apanage des complotistes compulsifs, la question est signalée comme relevant de la catégorie « infox et idées reçues ». De la sorte, il ne sera pas dit que France Télévisions aura incité quiconque à se renseigner par lui-même sur la réalité du climat.

La candidate doit choisir entre quatre propositions : trois néologismes créés pour l’occasion, ainsi que la réponse attendue, le « climatoscepticisme » (sic). En réalité les climatosceptiques — ou plutôt climatoréalistes — ne parlent pas du réchauffement comme d’une « invention », mais convenons qu’un quizz télévisé n’a pas vocation à constituer un résumé pour décideurs de l’état de la science. Finalement la candidate fait le bon choix, et tant mieux pour elle.

L’important se produit lorsque Nagui valide la réponse d’une manière pour le moins brutale : « Ceux qui pensent que le réchauffement climatique est une invention ne sont pas forcément des idiots, mais clairement des criminels, et ce sont des… climatosceptiques ! Oui ! Bien joué ! »

Cette injure gratuite ne déshonore que son auteur, mais illustre l’inquiétante banalisation de l’agressivité contre les déviants. On se souvient de Claire Nouvian sur le plateau de CNews qui, il y a quelques semaines, avait pris à partie Élisabeth Lévy sans la moindre retenue, comme si le refus de cette dernière de hurler avec les loups sur le climat autorisait son lynchage médiatique.

Cette violence qui s’installe n’est pour l’instant que verbale, mais la petite musique que font entendre les Nagui et les Nouvian indique qu’une certaine partie de la société s’est ouvertement choisi des boucs émissaires. Sûre d’elle-même, cette frange connaît fort peu les méchants qu’elle se désigne, ce qui ne l’empêche pas d’apprendre consciencieusement à les détester. Sa haine tranquille s’installe sans qu’on y pense, au point qu’elle peut se déverser de façon incidente dans un jeu télévisé tout ce qu’il y a de consensuel.

On se remettra de la bêtise d’un présentateur télévisé qui connaît si peu la science et ses méthodes qu’il en confond le bien avec le vrai. (Si encore il était le seul à commettre cette erreur…) Les climatoréalistes doivent néanmoins tenir compte de ce que révèle cet épisode : désormais ils ne sont plus de simples partisans de la Terre plate mais des criminels à condamner. Les moqueries ignorantes ne les ayant pas ensevelis, s’installe à présent un discours de haine.

Ne comptons pas trop sur nos climatologues assermentés du GIEC pour rappeler que la liberté intellectuelle est nécessaire à la science. Ils ont jusque là montré tant de complaisance pour cette atmosphère de délation qu’on ne peut guère attendre d’eux autre chose qu’un regard fuyant. Lorsqu’avoir peur est pris pour un signe de sagesse, on n’est plus capable d’un discours lucide et tolérant.

Puissent les climatoréalistes ne pas tomber à leur tour dans ce piège de la violence.

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