Scott Morrison : le « miracle » australien sur fond de climat

Scott Morrison a renversé les sondages et s’est fait réélire comme Premier ministre australien. Sa campagne agressive contre la politique « zéro carbone » des travaillistes n’y est pas pour rien.

Par Ludovic Delory.

« J’ai toujours cru aux miracles », s’est-il exclamé samedi devant un parterre de fans. Scott Morrison, Premier ministre sortant, vient d’être plébiscité par les électeurs australiens. Les sondeurs, qui donnaient la gauche gagnante, revoient leur copie et s’inclinent devant le verdict.

Un « effet Trump » aux antipodes ?

C’est une victoire personnelle pour Scott Morrison, un « miracle », comme le commentait aussi la presse hier, à l’annonce des résultats. Le candidat de la coalition libérale-conservatrice a obtenu une courte majorité face à ceux que les sondages et les journaux annonçaient comme les ultra-favoris : les travaillistes emmenés par Bill Shorten. Qui s’est empressé de déclarer à ses militants médusés, à Melbourne, qu’il comptait démissionner :

Il est clair que le Parti travailliste ne sera pas en mesure de former le prochain gouvernement.

L’annonce des résultats a contredit les sondages qui pronostiquaient la formation travailliste légèrement en tête. Justin Trudeau, Premier ministre canadien, s’est montré enthousiaste :

Les sondages ont été complètement déjoués, à l’image d’une certaine élection américaine. Promis à la victoire, les travaillistes ont essuyé une défaite certes courte, mais symbolique. Car la campagne a porté sur les enjeux environnementaux dont les électeurs australiens se sont emparés.

L’échec de la « transition » australienne

L’Australie a vécu une période de black-outs qui aura sans aucun doute pesé sur l’élection. Si l’on en croit le résultat du scrutin, l’ambitieuse politique de transition énergétique a déplu aux Australiens. Le Clean Energy Council, prompt à souligner les efforts en matières d’énergies renouvelables, a omis dans son calcul l’impact des black-outs à répétition vécus par les habitants. Et le parti travailliste, qui promettait une réduction de 45 % des émissions de carbone d’ici 2030, s’est pris les pieds dans le tapis.

Pour quelle raison ? Des promesses impayables et irréalistes. Leur campagne contre l’imposante mine Carmichael a été contrée par l’annonce de suppressions d’emplois. Plusieurs journaux, du Canberra Times au New York Times, soulignent que l’élection a été perdue sur le thème du changement climatique. Avec, dans le chef du premier, ce commentaire :

La politique fiscale semble avoir joué un rôle décisif dans ce résultat. L’accent mis par Bill Shorten sur la promotion d’une plus grande soi-disant  » équité  » par le biais du système fiscal n’a clairement pas réussi à trouver un écho auprès de nombreux électeurs, qui ont rejeté les changements proposés par les travaillistes en matière d’endettement négatif et d’affranchissement des crédits comme une attaque contre les aspirations et l’autosuffisance.

Et pour le second, cette analyse :

Cela pourrait signifier que les guerres climatiques mondiales — qui sévissent déjà depuis des années — vont probablement s’intensifier. Les candidats de gauche ailleurs, comme le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, pourraient apprendre à éviter de faire du climat un enjeu de campagne, alors qu’ici, en Australie, les conservateurs font face à des opposants plus en colère et à un public plus divisé.

L’AEMO (le régulateur du marché de l’énergie en Australie : Australian Energy Market Operator) avait mis en garde, fin 2018, face au risque de coupures d’électricité à Victoria et en Australie du Sud. Le blackout de 2016, quant à lui, est resté dans les mémoires. En réponse, Scott Morrison n’a jamais caché son attachement aux énergies fossiles :

In coal we trust !

La campagne agressive contre le camp travailliste a fini par porter ses fruits. Scott Morrison disposera-t-il de la majorité absolue ? Les Australiens seront-ils entendus dans leur volonté de tourner le dos à la coûteuse « transition énergétique » qu’on leur a vendue ?

L’élection australienne aura en tout cas permis de clarifier les positions entre le réalisme énergétique et l’idéal écologiste qui submerge aujourd’hui les politiques portées en Europe de l’Ouest.

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