Le coût des catastrophes climatiques a-t-il explosé ?

Quelqu’un a dit qu’il existait trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques. Le catastrophisme aime bien les statistiques.

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Le coût des catastrophes climatiques a-t-il explosé ?

Publié le 12 octobre 2018
- A +

Par Gérard-Michel Thermeau.

À quoi servent les journalistes ? On se le demande parfois.

C’est très simple : à entretenir le catastrophisme.

Comme professeur d’histoire-géographie, j’enseigne – j’essaie du moins – à conserver un regard critique sur les documents, à commencer par ceux qui sont proposés dans les manuels. J’ai donc fait ce petit exercice d’étude critique.

À propos d’une dépêche de l’AFP

Le 10 octobre, une dépêche de l’AFP était titrée : « Le coût des catastrophes climatiques sur 20 ans ». Selon le sous-titre : « Entre 1998 et 2017, les pertes s’élèvent à 2 908 milliards de dollars, 2,5 fois plus qu’entre 1978 et 1997. »

Une carte accompagnait cette information. On pouvait y voir que les États-Unis, la Chine et le Japon représentaient à eux seuls 1813 Md$, soit 62 % du total.

L’Afrique sur cette carte paraît une terre bienheureuse, épargnée par ces « catastrophes ». Heureux Africains. Le lecteur doté d’un minimum d’esprit critique se demandera s’il n’y a pas un rapport entre les coûts des catastrophes et le niveau de développement et l’importance de l’activité économique des pays concernés.

Sur les 10 pays recensés, nous trouvons les 5 plus gros PIB mondiaux (PPA) (Chine, EU, Inde, Japon, Allemagne), les 10e, 11e, 12e (France, Mexique, Italie).

N’en doutons pas : dans la Chine maoïste, les catastrophes avaient indéniablement un moindre coût économique dans un pays alors très pauvre. Alors que l’Asie est la partie du monde la plus sensible aux catastrophes, remarquons donc que ce sont avant tout les deux puissances économiques qui enregistrent les coûts les plus élevés.

Restent la Thaïlande et Porto Rico. La Thaïlande est un pays particulièrement sensible aux inondations. Avant, il y avait moins d’usines et le coût de l’inondation des rizières était moins élevé. Quant à Porto-Rico, c’est un endroit très estimable, mais pour une catastrophe d’ampleur mondiale, cela est tout de même un cas peu pertinent.

Et le PIB là-dedans ?

Remarquons que nos braves journalistes ne rapportent pas le coût au montant du PIB mondial. Un chiffre brut n’a aucune signification ici. Le coût des catastrophes a-t-il progressé plus rapidement que le PIB mondial, ou a-t-il, au contraire, progressé moins vite ?

Si j’en crois un article de Wikipedia, le PIB mondial en dollars internationaux a été multiplié par 4,5 entre 1973 et 2010. Or, nous dit-on, le coût des catastrophes a  doublé dans la période 1998-2017 par rapport à la période 1978-1997. On ne voit pas trop « l’explosion » là-dedans.

Le Figaro, par exemple, titre le 11 octobre : « Climat : le coût des catastrophes a explosé en 20 ans ». Il nous informe que l’information est donné par le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (Unisdr). Mazette !

Pour la réduction des risques de catastrophes ou pour l’augmentation du catastrophisme ambiant ? La question se pose.

Le climat ou la littoralisation ?

L’article du Figaro reprend le chiffre donné plus haut (2 900 milliards) et continue : « les catastrophes liées au climat ont représentés près de 80 % des incidents majeurs ». Tout en ajoutant qu’entre 1978 et 1997, c’était seulement 68 %. Et ce serait la preuve de l’influence du « changement climatique ».

Et donc le changement climatique ne frapperait étrangement que certains pays.

Mais on ne nous donne aucun chiffre sur le nombre des catastrophes. Sont-elles plus nombreuses ou chacune d’entre elles aurait-elle un coût économique plus élevé qu’autrefois ?

Les programmes de géographie de lycée soulignent un phénomène très représentatif de la mondialisation : la littoralisation. Les populations et les activités tendent à se concentrer sur les littoraux. L’attraction des littoraux est un phénomène moderne.

En géographie, on évoque aussi l’héliotropisme. L’attraction pour les zones ensoleillées s’est manifesté par la sunbelt aux États-Unis ou par la concentration bétonnière du littoral méditerranéen en France.

Par conséquence, une tempête de même amplitude sur les zones littorales fait infiniment plus de dégâts aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans. Ajoutons-y la bétonisation à outrance, l’installation d’habitations dans des zones inondables, qui multiplient les conséquences économiques des inondations.

Les séismes climatiques

Les catastrophes se décomposaient ainsi : tempêtes, 1330 milliards (soit 45,7 %) ; séismes, 661 milliards (soit 22,7 %) ; inondations, 656 milliards (soit 22,5 %). Le reste ayant un poids sensiblement plus faible.

Toute personne ayant un minimum de vocabulaire aura déjà compris que les « catastrophes climatiques » de l’AFP désignent, en réalité, les « catastrophes naturelles ». À ma connaissance aucun « consensus scientifique » n’attribue encore les séismes au climat. Or les séismes représentent 22 % du total ce qui n’est pas négligeable. Mais dans le catastrophisme, on ne s’arrête pas à de tels détails.

Donner une information erronée, quand on est l’AFP, ce n’est pas une fake news. En effet, soit l’erreur est volontaire et il y a lieu de s’interroger sur la déontologie de ceux qui la propagent. Soit elle est involontaire, et il est urgent de s’interroger sur les capacités de ces « professionnels » de l’information.

Catastrophes naturelles ou climatiques ?

De même, l’article du Figaro mêle-t-il sans cesse les données relevant de catastrophes non « climatiques »  et de catastrophes « climatiques ». Ainsi, la moitié des décès sont dus aux séismes et aux « tsunamis ». Et cela ne trouble pas notre journaliste. On ne voit pas trop, en quoi ces décès peuvent être attribués au « climat ».

« 4,4 milliards » d’individus ont été blessés, déplacés ou ont perdu leur domicile, lit-on dans le même article. Diable, si plus de la moitié de la population mondiale avait été victime du « climat » cela se saurait, non ? Mais le catastrophisme justifie tout.

Alors le « climat », là-dedans ?

N’ayant pas les lumières du directeur de l’Unisdr, je n’en dirai donc rien.

Je n’en dirai rien, n’étant qu’un modeste enseignant et non un journaliste encarté.

Catastrophisme et statistiques

Cette petite critique de documents m’a pris moins d’une heure. Mais il est semble-t-il, encore plus rapide de recopier les informations fournies par l’AFP, l’Unisdr ou tel centre des recherches sans les relire.

Quelqu’un a dit qu’il existait trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques. Le catastrophisme aime bien les statistiques.

 

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  • Merci pour la qualité de votre analyse, alors que vous n’êtes pas un spécialiste de la gestion des risques et de leur financement.

  • Tous les moyens sont bons pour augmenter les « cotisations » catastrophe.dans le même genre il y a les accidents de voitures pour justifier des augmentations déraisonnables et des causes pour intensifier la répression….

  • Denis Kessler patron du réassureur Scor invité par Geneviève Chevillon de sur BFM business cet été expliquait que effectivement il ne voyait pas de tendances à l’augmentation des catastrophes de type climatique – et c’est son métier de faire ça.

    PS : Lies, sacred lies, statistics, se traduit par, mensonges, parjures, statistiques.

  • Rebaptisons donc AFP : Agence Faire Peur

  • Oula chapeau, ça ne doit pas être facile de faire votre métier aujourd’hui : soit vous enseignez la propagande niaiseuse que l’on vous donne, soit vous exprimez vos doutes et vous risquez ne nuire aux notes de vos élèves aux examens nationaux… petite question: jusqu’à quand pourrez vous exprimer des réserves sans vous faire excommunier ?

    • J’ai eu la chance dans ma scolarité d’avoir un certain nombre de professeurs parfaitement critiques sur le grand roman national tel qu’il nous est présenté – je garde notamment un souvenir ému de ma prof d’Histoire de seconde nous racontant la prise de la Bastille et surtout les raisons qui ont poussé le « bon peuple de Paris » à attaquer cette forteresse… Édifiant.
      Bien sûr, j’étais dans le public.

  • Il est à noter que Porto-Rico est un territoire des Etats-Unis d’Amérique. Il a des ressources plutôt hautes par rapport à d’autres pays des Caraïbes touchés par les mêmes catastrophes. Il est clair qu’il y a moins de richesses à détruire en Haïti par exemple.
    Par ailleurs, étant sous un régime états-unien, il est probable que le chiffrage des dégât y soit beaucoup plus généreux. Entre les assurances et les aides fédérales, les dégâts subis ont beaucoup plus de chances d’être comptabilisés. Là où les gens ne peuvent compter que sur eux-mêmes, la maison détruite n’entre pas dans les statistiques.

  • « Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu’ils ont été dupés. » Mark Twain

    C’est totalement vrai pour le politique moyen ;
    C’est totalement vrai pour le journaliste moyen ;
    C’est totalement vrai pour le citoyen/lecteur moyen ;

  • 2.5 fois.
    En en $ constant ou courant ❓
    Le $ actuel ne vaut pas tripette.

    • Il semblerait que l’inflation entre 1973 et 2018 donne un multiplicateur de 5,95, on ose espérer que ce soit en dollars constants…

    • @ MichelC
      Vous avez bien raison!
      On ne peut parler de « catastrophes climatiques » que si un lien peut être fait en changement du climat et conséquences constatées de façon « sérieuse »!
      Un séisme (« sismique ») est soit tout à fait exceptionnel sur une zone du globe et est alors une catastrophe naturelle exceptionnelle, soit la zone géographique est déjà connue et répertoriée comme instable et à risque +/- évaluable.
      Il y a des façons claires et scientifiques d’en évaluer les dégâts en surface atteinte, en degré sur l’échelle de Richter, en durée du phénomène … . Les conséquences en population atteinte, en nombre de victimes, ou en coût sont bien plus multifactorielles!
      Celui qui construit sa maison dans une zone officiellement inondable ne peut être qu’un inconscient: tant pis pour lui! C’est de la sélection Darwinienne!

  • Une analyse pleine de bon sens et remettent à leur juste place les mots utilisés.

    Le problème de ce type de news, celle de l’AFP, est sa capacité de nuisance en prenant un terme pour un autre (climatique versus naturelle). Pour preuve, sur Facebook, sous la vidéo prise par un monsieur lors du tsunami en Indonésie et diffusée par France Télévision, certaines personnes commentaient en mettant clairement : avec le changement/réchauffement climatique nous aurons plus de tremblement de terre/tsunami.
    Je trouve ce genre de commentaire, même si émanant uniquement d’un inconnu sur un réseau social, inquiétant.

  • Oui, c’est un classique de la propagande climatique que de mélanger coût et intensité des catastrophes naturelles. Comme l’intensité n’augmente pas, on se rabat sur le coût pour faire peur. Voir par exemple : http://www.drroyspencer.com/2018/09/the-30-costliest-u-s-hurricanes-have-not-increased-in-intensity-over-time/

    • En effet c’est une méthode de désinformation très utilisée. Autre exemple: un jour on parle de la température moyenne, un autre des maximales, puis du nombre de jours au dessus de tel ou tel seuil, puis du nombre de jours de canicule, ou encore du nombre de jours sans gel en hiver, etc.

      Cette méthode est très utilisée aussi pour les pôles. Un jour on parle du volume de glace et un autre jour de sa superficie. Ensuite on parle du vêlage des glaciers dans l’océan, ou bien de leur fonte, puis on parle de la banquise, puis du fait que le passage du nord-ouest est dégagé… il y a toujours quelque chose à raconter.

  • De nos jours les journalistes de la nouvelle génération sont d’une ignorance crasse et de plus orientés politiquement correctement. Qu’ils fassent de la propagande au lieu du journalisme n’a rien d »étonnant. Quand on pense qu’il y a peu le Figaro était un journal sérieux!

    • @Virgile
      Bonjour,
      Ils ne peuvent faire que de la propagande : ils n’ont qu’une seule source d’information et comme dans « Good Morning Vietnam » les rapporteurs de nouvelles ne vérifient pas. Et tout autant qu’Adrian Cronauer, incarné par Robin Williams, celui qui rapporterait des informations véridiques vérifiées par lui-même, mais classées non officielles, recevrait les foudres de l’establishment,et devrait plier bagages.

    • Qu’est ce qui empêche le Figaro d’embaucher des journalistes sérieux ? Je pense que c’est un problème plus général qui concerne le traitement d’une information surabondante. J’ai l’impression que ce sont les réseaux sociaux qui font la loi, le journaliste n’est plus qu’une chambre d’enregistrement, analyser est une perte de temps.

    • C’est sûrement vrai et ce n’est pas si simple : en fait, dans la population, le désir de précision statistique est assez peu répandu, la représentation des chiffres est même pour certains extrêmement empirique. De ce fait, beaucoup d’individus ne se sentent pas floués car ils ne se représentent pas grand chose de ce déluge de chiffres (il n’y a qu’à faire référence au nombre de personnes qui disent ne pas pouvoir se représenter un milliard d’euros…)

  • Que du bon sens ! Merci pour cet article qui remet l’église au milieu du village, et qui nous change de la bouillie servie par les « journalistes ».

  • entendu d’une oreille distraite ce matin sur europe1,Mme Tutubiana,et un autre vrp en assurances:
    il y a augmentation des phénomènes climatiques, c’est évident, et cela coûte de plus en plus cher
    mais c’est affreux ça ma bonne dame, journaliste de son état
    et de citer le dernier cyclone aux USa, le plus terrible que l’on ait jamais vu
    un auditeur renchérit, il a du arroser ses carottes au milieu d’octobre, si c’est pas une preuve ça?
    Ces parasites qui vivent bien sur notre dos, qui voyagent à travers le monde en nous forçant à aller au boulot à vélo, normalement ils doivent connaître les chiffres officiels cités dans l’article non?
    ce sont donc des escrocs?des voyous?
    je me pose la question?
    heu plus vraiment…

    • avant de programmer une augmentation des primes d’assurance, il est de bon ton d’affoler la populace version catastrophe..
      Il serait bien que ces primes soient calculés en fonction des risques encourus( zone inondables etc..) plutôt que de faire casquer ceux qui n’ont pas pris le risque d’habiter dans ces zones

      • pas vraiment augmenter les primes d’assurance au sens propre, si il y a concurrence ce genre de chose est modérée, mais ajouter une contribution climat obligatoire alimentant une vague caisse …

  • Erreur de casting!
    Ce qui est dénommé ici catastrophe climatique ne sont que des événements catastrophiques météorologiques car leurs fréquences et intensités ne corrèlent en rien avec les changements climatiques (qui prennent beaucoup de temps pour se manifester et avoir des conséquences).
    Voir le dernier livre de R. Pielke Jr, The Rightful Place of Science: Disasters & Climate Change

  • @ Riffraff,
    « THERE ARE LIES, DAMNED LIES AND STATISTICS »
    Mark Twain attribuait ce mot célèbre à Benjamin Disraeli
    _________

    À propos de statistiques…

    • Cet aphorisme du démographe Alfred Sauvy : 
    « Les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce qu’on veut leur faire dire ».

    • Les statistiques, « comme les mini-jupes, donnent une bonne indication, mais elle cachent l’essentiel. Elles sont [au praticien] ce que le bec de gaz est à l’ivrogne : elles le soutiennent plus qu’elles ne l’éclairent. »

  • Les commentaires sont fermés.

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