Le coût des catastrophes climatiques a-t-il explosé ?

Sharp EL-8 By: Daniel Sancho - CC BY 2.0

Quelqu’un a dit qu’il existait trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques. Le catastrophisme aime bien les statistiques.

Par Gérard-Michel Thermeau.

À quoi servent les journalistes ? On se le demande parfois.

C’est très simple : à entretenir le catastrophisme.

Comme professeur d’histoire-géographie, j’enseigne – j’essaie du moins – à conserver un regard critique sur les documents, à commencer par ceux qui sont proposés dans les manuels. J’ai donc fait ce petit exercice d’étude critique.

À propos d’une dépêche de l’AFP

Le 10 octobre, une dépêche de l’AFP était titrée : « Le coût des catastrophes climatiques sur 20 ans ». Selon le sous-titre : « Entre 1998 et 2017, les pertes s’élèvent à 2 908 milliards de dollars, 2,5 fois plus qu’entre 1978 et 1997. »

Une carte accompagnait cette information. On pouvait y voir que les États-Unis, la Chine et le Japon représentaient à eux seuls 1813 Md$, soit 62 % du total.

L’Afrique sur cette carte paraît une terre bienheureuse, épargnée par ces « catastrophes ». Heureux Africains. Le lecteur doté d’un minimum d’esprit critique se demandera s’il n’y a pas un rapport entre les coûts des catastrophes et le niveau de développement et l’importance de l’activité économique des pays concernés.

Sur les 10 pays recensés, nous trouvons les 5 plus gros PIB mondiaux (PPA) (Chine, EU, Inde, Japon, Allemagne), les 10e, 11e, 12e (France, Mexique, Italie).

N’en doutons pas : dans la Chine maoïste, les catastrophes avaient indéniablement un moindre coût économique dans un pays alors très pauvre. Alors que l’Asie est la partie du monde la plus sensible aux catastrophes, remarquons donc que ce sont avant tout les deux puissances économiques qui enregistrent les coûts les plus élevés.

Restent la Thaïlande et Porto Rico. La Thaïlande est un pays particulièrement sensible aux inondations. Avant, il y avait moins d’usines et le coût de l’inondation des rizières était moins élevé. Quant à Porto-Rico, c’est un endroit très estimable, mais pour une catastrophe d’ampleur mondiale, cela est tout de même un cas peu pertinent.

Et le PIB là-dedans ?

Remarquons que nos braves journalistes ne rapportent pas le coût au montant du PIB mondial. Un chiffre brut n’a aucune signification ici. Le coût des catastrophes a-t-il progressé plus rapidement que le PIB mondial, ou a-t-il, au contraire, progressé moins vite ?

Si j’en crois un article de Wikipedia, le PIB mondial en dollars internationaux a été multiplié par 4,5 entre 1973 et 2010. Or, nous dit-on, le coût des catastrophes a  doublé dans la période 1998-2017 par rapport à la période 1978-1997. On ne voit pas trop « l’explosion » là-dedans.

Le Figaro, par exemple, titre le 11 octobre : « Climat : le coût des catastrophes a explosé en 20 ans ». Il nous informe que l’information est donné par le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (Unisdr). Mazette !

Pour la réduction des risques de catastrophes ou pour l’augmentation du catastrophisme ambiant ? La question se pose.

Le climat ou la littoralisation ?

L’article du Figaro reprend le chiffre donné plus haut (2 900 milliards) et continue : « les catastrophes liées au climat ont représentés près de 80 % des incidents majeurs ». Tout en ajoutant qu’entre 1978 et 1997, c’était seulement 68 %. Et ce serait la preuve de l’influence du « changement climatique ».

Et donc le changement climatique ne frapperait étrangement que certains pays.

Mais on ne nous donne aucun chiffre sur le nombre des catastrophes. Sont-elles plus nombreuses ou chacune d’entre elles aurait-elle un coût économique plus élevé qu’autrefois ?

Les programmes de géographie de lycée soulignent un phénomène très représentatif de la mondialisation : la littoralisation. Les populations et les activités tendent à se concentrer sur les littoraux. L’attraction des littoraux est un phénomène moderne.

En géographie, on évoque aussi l’héliotropisme. L’attraction pour les zones ensoleillées s’est manifesté par la sunbelt aux États-Unis ou par la concentration bétonnière du littoral méditerranéen en France.

Par conséquence, une tempête de même amplitude sur les zones littorales fait infiniment plus de dégâts aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans. Ajoutons-y la bétonisation à outrance, l’installation d’habitations dans des zones inondables, qui multiplient les conséquences économiques des inondations.

Les séismes climatiques

Les catastrophes se décomposaient ainsi : tempêtes, 1330 milliards (soit 45,7 %) ; séismes, 661 milliards (soit 22,7 %) ; inondations, 656 milliards (soit 22,5 %). Le reste ayant un poids sensiblement plus faible.

Toute personne ayant un minimum de vocabulaire aura déjà compris que les « catastrophes climatiques » de l’AFP désignent, en réalité, les « catastrophes naturelles ». À ma connaissance aucun « consensus scientifique » n’attribue encore les séismes au climat. Or les séismes représentent 22 % du total ce qui n’est pas négligeable. Mais dans le catastrophisme, on ne s’arrête pas à de tels détails.

Donner une information erronée, quand on est l’AFP, ce n’est pas une fake news. En effet, soit l’erreur est volontaire et il y a lieu de s’interroger sur la déontologie de ceux qui la propagent. Soit elle est involontaire, et il est urgent de s’interroger sur les capacités de ces « professionnels » de l’information.

Catastrophes naturelles ou climatiques ?

De même, l’article du Figaro mêle-t-il sans cesse les données relevant de catastrophes non « climatiques »  et de catastrophes « climatiques ». Ainsi, la moitié des décès sont dus aux séismes et aux « tsunamis ». Et cela ne trouble pas notre journaliste. On ne voit pas trop, en quoi ces décès peuvent être attribués au « climat ».

« 4,4 milliards » d’individus ont été blessés, déplacés ou ont perdu leur domicile, lit-on dans le même article. Diable, si plus de la moitié de la population mondiale avait été victime du « climat » cela se saurait, non ? Mais le catastrophisme justifie tout.

Alors le « climat », là-dedans ?

N’ayant pas les lumières du directeur de l’Unisdr, je n’en dirai donc rien.

Je n’en dirai rien, n’étant qu’un modeste enseignant et non un journaliste encarté.

Catastrophisme et statistiques

Cette petite critique de documents m’a pris moins d’une heure. Mais il est semble-t-il, encore plus rapide de recopier les informations fournies par l’AFP, l’Unisdr ou tel centre des recherches sans les relire.

Quelqu’un a dit qu’il existait trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques. Le catastrophisme aime bien les statistiques.