Notre-Dame du Pas De Charge

Pour Notre-Dame, la loi fut vite votée et les barrières administratives rapidement abaissées. Et si on en tirait une leçon pour le reste de l'économie ?
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Cathedrale Notre Dame de Paris By: edwin.11 - CC BY 2.0

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Notre-Dame du Pas De Charge

Publié le 15 mai 2019
- A +

Par h16.

Il y a un mois de cela, le toit de la cathédrale Notre-Dame de Paris s’envolait en fumée. Ce drame patrimonial au retentissement mondial avait alors déclenché un afflux de dons et l’assaut de politiciens volontaristes bien décidés à tout faire pour que l’édifice retrouve rapidement sinon son lustre d’antan, au moins une toiture digne de son rang.

vitraux de la rosace de notre dame de paris

Dans le paragraphe précédent, le mot de loin le plus important est « rapidement ». Car comme je le prévoyais, le chantier qui n’a même pas encore commencé est déjà l’objet de toutes les convoitises et de tous les bricolages les plus éhontés.

Avec cette décontraction caractéristique de nos institutions qui montre une fois de plus de façon limpide à quel point la loi est écrite par ceux qui ne l’appliqueront jamais, s’en foutent et pètent dans la direction générale de ceux qui devront, eux, en subir le joug, le gouvernement et les députés se sont empressés de pousser leur petit texte législatif spécifique afin de bien encadrer cette belle rénovation.

En moins de trois semaines, le texte a été rédigé, lu et relu, discuté puis voté par le législateur qui ne s’est guère embarrassé de détails encombrants.

Pourtant, il y avait bien matière à tiquer : l’article 9, notamment, a occasionné quelques francs froncements de sourcils, des gens ont émis des avis discordants, des journalistes ont timidement reporté les remarques de certaines oppositions qui pouvaient, de loin, passer pour des protestations. Et puis c’est tout.

En effet, cet article habilite le gouvernement à prendre par ordonnance et dans un délai de deux ans toutes les dispositions relevant du domaine de la loi pour faciliter la réalisation des travaux de reconstruction de Notre-Dame dans les meilleurs délais. On ne peut pas dire que ce soit particulièrement restrictif, puisqu’à ce titre l’État pourra par exemple déroger ou adapter les règles d’urbanisme, de protection de l’environnement, de voirie et de transports, celles-là même qui, si un individu ou une entreprise lambda venaient à les contourner, vaudraient aux impétrants les fers aux galères de la République (i.e. les visites musclées de toutes les engeances bureaucratiques de contrôle, de surveillance et de punition que le pays nourrit de son sang).

Mieux, ce même article autorise à déroger aussi aux règles de commande publique. Ce qui revient très concrètement à laisser toute latitude aux responsables du chantier de choisir ceux qu’ils veulent comme prestataires, indépendamment de toute mise en concurrence des appels d’offres par exemple.

On comprend évidemment que l’objectif de ces mesures est d’assouplir les tombereaux de règles en vigueur pour boucler le chantier dans les délais les plus serrés possibles, préférablement dans le cadre du « plan quinquennal » cher à nos énarques, Macron en tête. Que voulez-vous, il faut aller vite pour seoir au bon vouloir du Président qui veut ainsi marquer l’Histoire de France de son passage autrement qu’avec la trace jaune aux odeurs de pneu brûlé qu’il a pour le moment laissée.

Si l’on ajoute à cette vélocité frénétique du chantier l’effervescence législative qui aura vu la loi se concrétiser en quelques jours, on prouve ici que le temps législatif peut être très court lorsqu’il y a de la motivation.

Tout ceci était pour ainsi dire prévu dès le départ de l’incendie. Le résultat est déjà bel et bon, mais on est cependant en droit de se poser quelques questions.

En premier lieu, on peut se demander comment ces dispositions particulièrement arrangeantes nous garantiront que le chantier se déroulera de façon sereine.

En effet, si on peut tout à fait s’attendre à ce qu’un problème tel que la réfection de la cathédrale Notre-Dame sera vraisemblablement résolu correctement par un ensemble d’entreprises privées, s’ébattant dans un marché relativement libre paisiblement régulé par un État raisonnablement casse-couilles, on peut en revanche s’attendre à voir rapidement tourner au vinaigre la tentative de résolution du même problème par un ensemble d’entreprises semi-privées, cornaquées par un nuage de commissions, de comités et d’agences étatiques gourmandes dans un marché largement corrompu tabassé de régulations par un État devenu aussi fou qu’omniprésent.

Le relâchement des règles mis en place par cette nouvelle loi ad hoc n’inspire pas forcément la confiance : si certaines marges de manœuvre vont effectivement être heureusement regagnées, elles pourront l’être aussi pour aider les petits copains et les petits coquins dans un capitalisme de connivence dans lequel la République française est devenue maîtresse. Il serait même étonnant que les enveloppes budgétaire ou temporelle soient miraculeusement respectées et il n’est pas idiot d’imaginer de nombreuses malversations, d’autant qu’il y a un gros milliard d’euros joufflu à la clef…

D’autre part, on est en droit de se demander pourquoi s’arrêter en si bon chemin : en effet, si on parvient à réparer un tel ouvrage d’art dans un temps si court moyennant une bordée d’articles législatifs, pourquoi ne pas appliquer la même recette à d’autres domaines qui pataugent cruellement dans l’enfer législativo-bureaucratique français ?

Pourquoi diable continuer à supporter l’engluement mortel de nos institutions et de nos administrations pour tous les autres bâtiments publics à construire ou à rénover ? Pourquoi continuerait-on, devant le succès de la « méthode Notre-Dame », à supporter le merdoiement intense des grands projets informatiques de l’État (des milliards d’euros sont déjà allés au drain notamment à cause des maquis de lois, règlements et autres décrets en vigueur un peu partout) ? Pourquoi ne pas appliquer cette même méthode à tant d’autres marchés qui ont prouvé par le passé être souples, adaptables et réactifs et qui, grâce à la vigueur législative sans frein de nos élites, sont maintenant des limaces amorphes, anémiques et mourantes ?

En fait, l’expérience Notre-Dame promet d’être intéressante : dans le meilleur des cas, elle prouvera que l’invraisemblable accumulation de lois a littéralement momifié le pays et ses forces vives. Dans le pire, elle donnera une excellente illustration de l’état catastrophique de la corruption du pays.

Voilà qui laissera de Macron une trace intéressante dans l’histoire législative du pays.


—-
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  • macron n’a caché qu’il  » voulait rentrer dans l’histoire « …….pas certain que l’histoire de notre dame le lui permette ; en revanche je suis presque sure que dans quelques années , une fois ND refaite ,un bon gros scandale de corruption , d’argent envolé et de magouilles comme nous y ont habitué nos  » exemplaires politiciens  » feront surface……

  • Dans le cas des echecs dans l informatique (ex Louvois), le probleme n est pas tant l Etat que les SSII qui ont realisé le projet.

    Faire coder a des indiens (car pas cher) des choses ecrites par differentes personnes a different moment (donc pas coherent) dans une langue qu ils ne maitrisent pas forcement … forcement ca va bien se passer 😉

    Surtout quant on sait qu une SSII n a AUCUN interet a faire le travail dans les temps (le marché initial est soumis a un appel d offre -> concurrence. Les avenants eux ne le sont pas, d ou une marge sans commune mesure)

    • Les Indiens sont innocents du crime. Ils font ce qu’on leur demande, ni plus ni moins. Le foutoir dans les commandes publiques a trois sources au moins.

      La première relève du décideur public, pratiquement incapable de formuler sa demande clairement. Le décideur ne sachant pas où il veut aller, il ne faut pas s’étonner ensuite que le résultat réponde exactement à la demande, c’est-à-dire n’importe quoi. La deuxième relève de la mise en concurrence par les seuls prix et d’une certaine malhonnêteté indirecte des experts des deux versants achat et vente, qui proposent et acceptent des prix qu’ils savent intenables (s’ils ne le savent pas, alors ce ne sont pas des experts). La dernière tient à une certaine dose de préférence nationale qui réduit le champ concurrentiel à sa plus simple expression.

      Au total, les experts ne le sont pas tant que ça et la procédure d’appel d’offres conduit à des aberrations aggravées par une concurrence limitée. Les conditions sont réunies pour que les prix triplent ou quadruplent en fin de course, quand il ne faut pas abandonner le projet en pure perte.

      • je ne critiquais pas specialement les indiens (meme si mon experience avec les projets off shore a ete negative).
        Le Probleme c est justement ce que vous dites : « Ils font ce qu’on leur demande, ni plus ni moins »

        En informatique, c est la recette pour un desastre car il est quasiment impossible d avoir des specifications exhaustives et coherentes (a moins d avoir une chose triviale)
        Donc si vous prenez des gens qui vont coder betement sans comprendre ce qui est ecrit, ca n a aucune chance de marcher. Que le codeur soit indien ou francais.
        Etant donne que si vous choisissez de travailler avec des gens que vous verrez jamais, qui parlent pas votre langue, qui sont dans un autre fuseau horaire vous partez avec un gros handicap

        PS: je sui spas sur qu il y ait tellement de Preference nationale sur ce type de marché. Les acheteurs ne sont pas naif et savent bien que les SSII francaises vont sous traiter au maximum a l etranger. A une certaine epoque, Cap ne s en cachait pas. Pas plus que Sopra qui mettait en avant ses roumains

      • @Cavaignac
        Bonjour,
        « Le décideur ne sachant pas où il veut aller, il ne faut pas s’étonner ensuite que le résultat réponde exactement à la demande, c’est-à-dire n’importe quoi »
        On est dans la continuité du :
        « Il y a ceux qui n’attendent plus rien. Je fais en sorte de leur apporter ce qu’ils attendent. » F. H., ancien cap’tain pédalo.

    • Je travaille avec des indiens et je confirme leur innocence. Ils font ce qu’on leur demande. Si ce qu’on leur demande est erroné, incomplet, ambigu ou incohérent, le résultat sera à l’avenant. Sous-traiter des tâches à des pays à bas coûts exige une grande rigueur et un grand professionalisme dans la définition des besoins, les spécifications techniques et le suivi de l’avancement.

      Louvois et compagnie sont avant tout victimes de la quatrième façon de dépenser de l’argent selon Friedman: https://www.contrepoints.org/2012/07/31/92169-les-quatre-facons-de-depenser-largent-selon-friedman

    • Ce n’est pas une histoire de prix mais une recherche de profit sans monopoliser leur troupe de gens competents en sachant que le client n’en a rien a battre et que de toute facon l’utilisateur fera du sabotage ,on ne bouge pas un fonctionnaire qui n’attend que la retraite pour bosser….vous avez entendu parler de penalites ou d’interdiction d’utiliser le prestataire ?

  • Bah ! Encore une fois la presse montre que pour eux, la défense de la biodiversité chez les cafards est plus importante que la protection de la démocratie …

    Tant que les subventions et les avantages fiscaux continuent de couler à flots dans les rédactions, tout va bien !

  • La petite bête
    15 mai 2019 at 12 h 04 min

    Le pire est sans doute le contournement de l’administration des Monuments Historiques. Sans doute qu’ils n’y connaissent rien, comme l’Académie des Sciences ne pige rien en sciences.
    La marque du totalitarisme, c’est l’arbitraire, autrement appelé deux pouds, deux mesures. Nous y sommes. Et pas seulement pour Notre-Dame.
    Dans ma commune, pour faire un simple parking, il a fallu vérifier avec toure une équipe ah hoc, que ne se cachait pas un squelette ou un tesson du Moyen-Age. Le prince ne s’aurait s’accomoder de retards et de coûts qui entravent son projet (et quel projet…).
    Il faut évincer ce type de toute urgence.

  • Hors sujet:
    J’ai d’enormes problemes pour passer un commentaire a partir de firefox android ,meme apres un changement de pseudo , estce due a un changement sur le site ou ma configuration ?
    Sur chrome , c’est nickel..

  • « Notre-Dame du Pas De Charge »

    De toutes manières, cela risque d’être « Notre-Dame des courants d’air » (comme dans le film « le petit baigneur ») pendant un bon moment …

    Les touristes vont s’enrhumer pendant quelques années !

  • Un régal cet article, comme tous les articles de H16 😀

    J’aurais une question: y a t-il une étude évaluant toutes les règlementations inutiles pour le bâtiment (tous les bâtiments)? Et je ne parle même pas des taxes et impôts sur l’immobilier qui sont légion.

    Merci beaucoup

  • claude henry de chasne
    15 mai 2019 at 16 h 48 min

    moi je vois plutôt çà comme l’EPR… triplement des budgets, pas de responsable .. payez braves gens

  • Réparer ND est sans doute louable, mais la nature des mesures prévues montre une fois de plus que ce gouvernement d’ordonnances est bien décidé à ce passer de plus en plus souvent de la loi. Quand la politique de Macron le justifie, il n’y a plus de loi, plus de Parlement, plus rien, sinon lui… Décidément, nous ne sommes plus en démocratie.

  • Je suis effarée devant la fébrilité de tous ces gens qui ne veulent pas restaurer à l’identique Notre Dame. Quand on sait le projet de rénovation de la place qui est devant Notre Dame, on n’est plus étonné. Ces gens ne sont que les marchands du temple. A la limite, on devrait exclure le culte catholique de cette cathédrale comme cela ce serait encore mieux!!!
    D’ailleurs Mgr Aupetit souhaite rapidement refaire les offices dans cette cathédrale même si elle est en travaux car il a senti le danger.

    Je me demande pourquoi on ne met pas le feu à certains monuments, églises et cathédrales notamment pour pouvoir reconstruire selon le bon vouloir de ces Frères trois points (Franc maçon).
    Et si tous ces gens, progressistes, considèrent que le passé ne doit plus exister, même chose pour le présent, ce qui est meilleur c’est le futur, ce qui n’existe pas encore, alors détruisons tout notre patrimoine pour faire de la France une page blanche!!!
    Et ensuite ces mêmes gens s’étonneront que notre société soit émiettée, fracturée, communautariste, individualiste.
    Notre-Dame: les sénateurs prêts à se battre contre la loi d’exception
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/notre-dame-les-senateurs-prets-a-se-battre-contre-la-loi-d-exception-20190514

  • Il semble qu’il manquerait des dons pour finaliser la restauration de Notre Dame. On est à 850 millions d’euros selon Riester.

    Pour ma part, je ne donnerai que lorsque je serai assurée que la restauration se fera à l’identique. Dans le cas contraire ce sera zéro euro!!!

    • Pour ma part, je ne donnerai que lorsque je serai assuré que l’Etat ne touche pas à cet argent. C’est à dire jamais…

  • Esprit critique
    16 mai 2019 at 10 h 18 min

    Le pire n’est jamais certain. mais Macron fait tout pour le rendre plus probable. Excellent article.

  • Les pouvoirs publics s’aperçoivent que, quand ils doivent exécuter un projet, les difficultés engendrées par leur réglementation sont tellement ingérables qu’ils doivent s’en soustraire.
    En s’abstenant des règles relatives aux marchés publics, on comprend que tous les copains de « La culture » vont pouvoir s’en mettre plein les poches et financer certains politiques et leur parti.

  • Du très bon H16.
    Vous avez dit « corruption » ?
    Mon Dieu, dans la République citoyenne du Frankistan, il existerait des pratiques qui sont dévolues à des pays pauvres ? C’est à n’y pas croire.
    Maintenant, force est de constater qu’aucun politicien français ne s’est appauvri depuis que la 5• république a été instaurée.
    Force est de constater également que le métier politique n’attire pas les esprits les plus brillants et les plus honnêtes de la Nation, mais des bataillons de brêles.

  • Les commentaires sont fermés.

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