Le privé pour financer la reconstruction de Notre-Dame

Notre-Dame de Paris By : Martie Swart - CC BY 2.0

Aujourd’hui avec Notre-Dame, hier avec Versailles, le mécénat privé joue un rôle essentiel dans la conservation des monuments nationaux.

Par Gérard-Michel Thermeau.

Le désastre qui a frappé Notre-Dame de Paris a ému la France entière et, au-delà, le monde occidental. Mais il n’a rien d’inédit. La réaction immédiate de grands groupes comme Pinault, Total, LVMH ou l’Oréal et les centaines de millions d’euros promis s’inscrivent dans une tradition déjà ancienne. D’autres monuments emblématiques de notre histoire ont subi de graves outrages par le passé, ainsi la cathédrale de Reims et le château de Versailles. À chaque fois, l’appel au mécénat privé s’est révélé un pari gagnant.

Le précédent de Versailles

Versailles, ce gigantesque chantier resté inachevé à la mort de Louis XIV et poursuivi, tant bien que mal, par Louis XV et Louis XVI, n’a cessé d’être abandonné et réoccupé depuis 230 ans. La période de la Révolution vit la dispersion du mobilier mais le château ne fut pas rasé en dépit des souhaits de certains révolutionnaires. Cette carcasse vide commença dès lors à servir de musée. Jamais vandalisé ni incendié, Versailles a néanmoins profondément souffert d’une très longue période d’abandon qui va de la Révolution à la seconde moitié du XXe siècle en dépit de tentatives diverses mais insuffisantes pour lui redonner vie.

Napoléon préférait, pour sa part, résider au Grand Trianon et les Bourbons restaurés n’osèrent pas s’y réinstaller, même pour l’été. Louis-Philippe sauva un château menacé de ruines en le vouant « à toutes les gloires de la France » avec une gigantesque galerie des batailles. La restauration est menée sur la cassette personnelle du roi, c’est-à-dire déjà d’une certaine façon avec de l’argent privé. Sous les républiques, le château abrite les Congrès parlementaires, notamment l’élection du président de la République sous la IIIe et la IVe.

Pas de restauration sans le mécénat privé

Avec Pierre de Nolhac, en 1892, la restauration scientifique commence. Ce dernier comprend la nécessité d’organiser des événements et de faire venir des visiteurs prestigieux pour susciter des dons privés. La Société des Amis de Versailles voit le jour en 1907 relayée par des société sœurs à Chicago et Bruxelles.

Mais cela reste insuffisant et la situation de l’édifice reste piteuse au lendemain de la Grande guerre. John D. Rockfeller va financer dans les années 20 une première réhabilitation. C’est cette initiative du privé qui va inciter l’État à allouer un budget de restauration du château.

Mais de nouveau, après la Seconde Guerre mondiale, le château offre le triste spectacle d’une galerie des glaces endommagée par les eaux pluviales. C’est pour sauver une nouvelle fois Versailles que Sacha Guitry réalise en 1954 Si Versailles m’était conté, luxueux album d’images qui voit défiler toutes les stars du cinéma français de l’époque. Là encore, une initiative privée d’un amoureux de la France et de son histoire vise à encourager la recherche de fonds.

Aujourd’hui, le mécénat privé joue un rôle essentiel. Ainsi, par exemple, la chapelle royale bénéficie-t-elle du concours financier de la fondation suisse Philanthropia et Saint-Gobain, la Galerie des Glaces a été restaurée grâce à Vinci, le Salon de la Paix par Renault, le Petit Trianon par les montres Breguet et plus modestement les bancs anciens des jardins ont bénéficié du soutien de divers mécènes, entreprises et associations. Les Américains (American Friends of Versailles) ont permis la restitution du Bosquet des trois fontaines et du Pavillon frais au Petit Trianon.

Notre-Dame de Reims, l’autre cathédrale foudroyée

Victime de la Grande Guerre, pilonnée d’obus, ce monument emblématique associé au sacre des rois de France était en ruines en 1918. Sans vouloir jouer les rabat-joie, notons que la restauration de cette magnifique cathédrale, chef-d’œuvre d’équilibre gothique, a pris au final un bon siècle. Et c’est seulement près de vingt ans après la fin du conflit que la reconsécration put être faite par le cardinal Suhard en présence du président Albert Lebrun.

Là aussi les Américains étaient présents avec les fondations Carnegie et Rockfeller. La restauration de la façade, avec ses 2 400 sculptures, n’a été achevée que fort récemment. Ce dernier chantier a été financé en partie par l’association des Amis de la cathédrale.

Les « riches », si souvent conspués dans ce pays, ont parfois du bon. Et au-delà des très grandes fortunes, la foule des donateurs anonymes, tous ceux qui selon leurs moyens, parfois modestes, contribuent ainsi à marquer leur attachement à ces monuments de notre histoire nationale.