Un 1er Mai libéral, c’est pour quand ?

Manif 1er mai 2018 By: Jeanne Menjoulet - CC BY 2.0

Discours anticapitalistes, Gilets jaunes et violences. La France a vécu un 1er mai somme toute assez banal dans ses revendications. Et si le prochain s’avérait plus libéral ?

Par Ludovic Delory.

Ce Premier Mai fut à l’image de la France : revendicateur, grognon, terne et sans ambition. Bien sûr, les discours anticapitalistes firent florès, à l’image de celui de Philippe Poutou :

« On ne condamne pas la violence, on est révolté contre cette société capitaliste, contre la pauvreté, contre les inégalités sociales,… » Philippe Poutou, ancien candidat à l’élection présidentielle, déclare qu’il ne condamne pas la violence des Black Blocs qui ont « animé » à leur façon le défilé de la Fête du travail ce mercredi. Des casseurs explicitement venus pour transformer Paris en « capitale de l’émeute ». Las ! Casques, masques et fumigènes sont depuis bien des mois devenus la norme dans les rues de la capitale. Aussi bien chez les casseurs que dans les rangs des CRS ou des journalistes. La tension était telle que le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez a dû être temporairement exfiltré de la manifestation. Mais il en fallait plus pour que la Fête du travail tourne à l’émeute.

Un flop ?

L’expression urbaine des colères contenues du peuple a réuni hier plus de 150 000 personnes à travers toute la France. En dépit des variantes, le discours des manifestants n’a pas changé depuis l’instauration de la Fête du travail. Une minorité active en a profité pour opérer des cassages en règle sur les symboles du capitalisme (banques, compagnies d’assurance, magasins de luxe), pour hurler des slogans envers les forces de l’ordre et pour jeter des projectiles. Selon les reporters présents, les représentants de l’État ont avalé leur lot d’insultes.

À en juger par Google News, les médias semblaient d’ailleurs accorder plus d’importance au déploiement des CRS qu’aux messages martelés par les manifestants. D’année en année, les groupes hostiles à toute forme de libéralisme progressiste ont sans doute lassé les observateurs. Le 1er Mai ne représente plus rien, puisque le même message est porté depuis cinq mois, chaque samedi, par les Gilets jaunes. Qui se sont contentés hier d’opérer une sortie prématurée avant la nouvelle mobilisation de samedi.

Muguet incolore

Le dispositif sécuritaire déployé contrastait en réalité avec la profondeur des messages. Égaré entre les discours prônant la haine du parvenu et ceux vénérant la redistribution des richesses, le libéral n’est jamais parvenu à se forger une place dans les foules passionnées du Premier mai, bien qu’il s’inscrive dans la tradition historique de l’opposition au pouvoir — quel qu’il soit.

Hier pourtant, le message porté par les syndicats et les Gilets jaunes, concomitamment à la crise vénézuélienne, a rappelé que, oui, la lutte contre la tyrannie (réglementaire et fiscale) mérite qu’on manifeste. Mais s’il s’agit ensuite d’ânonner les mêmes revendications que ceux qui ont en quelques années ruiné l’économie et le futur de leur pays, à quoi sert donc ce 1er mai ?

Sans doute subsiste-t-il un espoir. Ce nouveau mois verra le Parti Libéral Démocrate rejoindre la bannière d’Objectif France pour « défendre les libertés ». Une fusion articulée autour de trois piliers : « la liberté économique, la sécurité, et l’exemplarité politique ».

Parti libéral : un oxymore ? Les querelles de chapelle ont débuté. Entre les optimistes, tiraillés entre l’espoir d’un renouveau, et les pessimistes qui jasent déjà sur l’harnachement des idées de droite aux idéaux libéraux, le parcours est encore long.

Mais il en vaut la peine. D’abord pour ne pas laisser aux étatistes le monopole du Premier mai.

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