Notre-Dame : il faut, en France, remettre l’église au cœur du village

Saint-Jacques de Dieppe By: Carnat Joel - CC BY 2.0

L’église devrait être gérée selon une comptabilité commerciale propre et sa gestion devrait être sérieuse et rentable. Si elle n’a pas suffisamment de ressources, elle devrait en chercher et en obtenir en échange de services donnés.

Par Pierre Brisson.

Le désastre de Notre-Dame de Paris a mis en évidence à la fois la misère des églises de France et le problème qu’a la société française avec l’argent. Il faut évidemment réagir au deux.

Je connais bien la Normandie et j’extrapole à partir de cette expérience. Comme dans toute province française, on trouve des églises partout en Normandie, dans toutes les villes et villages. Elles ont été depuis plus de 1000 ans le cœur, le noyau, le soleil, des paroisses puis des communes. Et aujourd’hui ces églises sont fermées ou pillées lorsqu’elles sont ouvertes et de toute façon en état avancé de décrépitude. Au centre de ces multitudes de communautés, le cœur pourrit.

L’église appartient à la commune sur le territoire de laquelle elle se trouve et la cathédrale à l’État, les ornements et les meubles fonctionnels appartiennent aux associations cultuelles. L’État et la commune évidemment laïques ne savent que faire de ces bâtiments et n’assument aucunement leur responsabilité envers eux, trop soucieux de ne pas se faire taxer de religiosité (sinon de christianisme !), sentiment honni par tout « bon républicain », sans doute étreint par l’angoisse superstitieuse de se faire entraîner dans quelques « bondieuseries ». Comme par ailleurs la pratique religieuse baisse d’une façon accélérée, jamais connue depuis que les Romains ont déserté leurs temples (cf le dernier livre de Jérôme Fourquet, Le clivage Français)1, presque plus personne n’est là pour tirer la sonnette d’alarme sur l’état des églises ; et parmi ceux qui la tirent, peu ont l’argent suffisant ou la puissance médiatique adéquate pour l’obtenir. La religion catholique meurt dans le silence et la dignité, loin du bruit des établissements sportifs et des lumières de la télévision.

Il y a eu un mouvement populaire magnifique après l’incendie de Notre-Dame, une vague, un sursaut puissant. Les dons ont afflué de toute part pour sauver le cœur de Paris, donc de la France. Ils sont venus des riches comme des pauvres. Il me semble qu’il faut surfer sur cette vague, construire sur ce sursaut, dans toute la France et dans les pays voisins qui se déchristianisent. C’est notre intérêt si nous voulons sauver notre culture, sans même considérer uniquement la religion qui la sous-tend.

Une entreprise difficile

L’entreprise est difficile et sans doute davantage psychologiquement que techniquement. En effet, tout de suite, presque simultanément, une réaction venant du tréfond socialiste de notre société a vomi ses reproches et ses injures aux riches  qui ont promis des sommes importantes pour la reconstruction, les protestataires prétendant qu’eux-mêmes, en tant qu’êtres humains, valaient autant qu’une cathédrale (« je suis une cathédrale » sur certains Gilets jaunes) et que cet argent aurait été plus utile à satisfaire leurs besoins sociaux.

Ce que ces gens ne voient pas ou refusent de voir c’est que l’argent ainsi dynamisé par cette avalanche de dons va permettre de faire vivre des milliers de personnes, des architectes, des tailleurs de pierre, des maçons, des charpentiers, des ébénistes, des restaurateurs d’œuvres d’art ou d’instruments de musique (les orgues !) et aussi des électriciens et des plombiers, ou encore des concepteurs de programme et des programmateurs, toute une population d’artisans et d’entrepreneurs comparable à celle qui a bâti la cathédrale plus toute une population de spécialistes modernes qui n’existait pas au XIIe siècle et qui peut et doit aujourd’hui intervenir dans sa restauration.

Il me semble évident qu’il est plus utile à la communauté française que l’argent aille rémunérer tous ces travailleurs en leur permettant d’exercer leur art dans de bonnes conditions pour eux-mêmes puis par ruissellement (même si ce terme ne plait pas à monsieur Mélenchon), des commerçants qui à leur tour paieront leurs fournisseurs, plutôt que de continuer à alimenter le tonneau des Danaïdes de l’aide sociale. Ce dernier ne sert qu’à aider à survivre (mal) une population non productive et de ce fait de plus en plus pauvre puisqu’elle vit aux dépens d’autres personnes qui s’appauvrissent par la masse des prélèvements obligatoires qui leur sont imposés, tout en allant activer la pompe à importations du pays avec très peu de contrepartie productive.

La richesse c’est le travail comme le disait déjà Jean de la Fontaine dans sa fable du Le laboureur et ses enfants. Mais si le laboureur avait dû payer l’impôt sur la fortune toute sa vie, l’impôt sur le revenu, la CSG, la taxe foncière et les taxes à la production, tout en vendant, avec la TVA, sa production obtenue selon les normes européennes, que serait-il resté à ses héritiers après qu’ils aient payé leurs droits de succession, puis l’actualisation de leur outil productif selon l’évolution technologique pour rester au niveau de la concurrence internationale ? La réponse est simple : rien !

Vous pensez que je m’éloigne des églises de France, ne vous inquiétez pas, je les ai toujours en tête. Ce que je veux dire c’est que si l’État continue à ponctionner les Français comme il le fait aujourd’hui en pensant qu’il est l’investisseur et gestionnaire le mieux avisé (ce qu’il n’a certes pas prouvé), il ne restera absolument plus d’argent à l’initiative privée, celle des personnes vraiment intéressées à faire prospérer le pays au travers de leur intérêt propre. Et tandis que l’État ne fera que de la redistribution, ce qui revient à arroser la mer, les tâches qu’il est censé assumer, comme l’entretien des églises, ne seront pas entreprises.

Rien pour les églises

Le ministère de la Culture française dispose d’un budget annuel de 300 millions d’euros sur un budget global de 390 milliards d’euros ! Ces chiffres disent tout et il y a encore des gens pour demander davantage d’argent à l’État, non pour les églises mais pour eux-mêmes, donc des ponctions encore plus importantes sur les revenus des populations créatrices de richesses… et toujours rien pour les églises.

Comble de bêtise ce sont les riches, c’est-à-dire ceux qui disposent des marges suffisantes pour pouvoir prendre des risques, c’est-à-dire investir, qui sont dans le collimateur. Si vous ne pouvez pas vous permettre de perdre, croyez-vous que vous investissez ? Certainement pas, à moins d’être inconscient !

Donc si l’on veut que l’accident de Notre-Dame donne à la France plus qu’un simple sursaut, il faut libéraliser l’économie, transformer une population d’assistés bêlant devant leur matchs de foot en une population de personnes responsables se prenant en main pour travailler avec les partenaires qu’elles choisissent.

Imaginons l’avenir. Plutôt que d’attendre des subventions des strates administratives supérieures tout en prélevant aussi leur taille sur leurs sujets via les taxes foncière et d’habitation (du moins ce qu’il en reste), les maires de France laissent faire ou suscitent la prise en main par leurs concitoyens (si l’on fait confiance, il y a toujours des initiateurs) des trésors historiques qu’ils possèdent et notamment de ces églises qui meurent. Au-delà du temple qu’elle a été, l’ecclesia est l’assemblée du peuple citoyen et par conséquent le lieu où ce peuple se rassemble.

On peut faire énormément de choses dans une église. Pour commencer, faire payer les entrées, ne serait-ce que deux ou trois euros par personne. J’étais la semaine dernière avec des amis à Beaumont en Auge, la ville du mathématicien Pierre-Simon de Laplace, magnifique petite ville dominant la vallée d’Auge. Nous avons voulu visiter l’église, elle était évidemment fermée. Si elle avait été ouverte, nous aurions volontiers payé nos deux euros et les quelques vingt ou trente visiteurs, beaucoup plus le dimanche et encore plus en saison (peut-être 40 ou 50 personnes par jour sur l’année) auraient fait de même. Cela aurait été suffisant pour faire vivre le garde (et il vaut certainement mieux être garde, peut-être guide, que chômeur) et entreprendre quelques petits travaux d’entretien dans l’église.

Mais la simple visite ne suffit pas. Puisque les églises n’attirent plus suffisamment les fidèles de la religion catholique, ne pourrait-on pas les ouvrir aux autres cultes chrétiens en cette période d’œcuménisme où les concélébrations se pratiquent assez couramment. Cela ne changerait évidemment pas beaucoup la fréquentation dans la campagne française. Alors il faudrait aller plus loin, ouvrir l’église à l’entreprise, aux marchands du temple qui ont existé de tout temps (même les moines vendent leur miel) et à divers services d’intérêt général ; sans qu’il soit nécessaire de les faire exercer par des fonctionnaires.

Les municipalités ont presque toutes construit des médiathèques, des centres culturels, des centres d’aide sociale divers, tous plus hideux les uns que les autres et de structures plus ou moins pérennes. Pourquoi ne pas utiliser ponctuellement les bâtiments religieux, sauf le dimanche et les jours de grandes fêtes religieuses, aux  heures ouvrées pour abriter et mener ces diverses activités, pourvu bien sûr qu’elles soient respectueuses des lieux ?

Ne pas avoir peur de faire payer

Le Christ aurait volontiers accueilli dans sa maison tous les pauvres et les malheureux de la Terre donc probablement les services d’aide sociale et il n’aurait pas refusé quelques autres activités honorables si cela avait permis d’entretenir les lieux de culte ; il n’est bien sûr pas question ici de suggérer d’utiliser les églises comme discothèques, restaurants ou hôtels, comme malheureusement on le voit parfois. Pourquoi enfin ne pas monter avec des tour-operators des visites de groupes de touristes étrangers ? On fait bien visiter Notre-Dame et le Mont Saint-Michel.

Et dans tous les cas l’usager devrait payer. Il faudrait mettre fin au préjugé des Français contre l’argent : on ne s’y intéresse pas, on n’ose pas dire qu’on en veut mais on en demande toujours, en réclamant des aides que l’on pense obtenir en tondant  les riches, c’est-à-dire tous ceux qui ont plus que vous. C’est beaucoup de jalousie, d’envie, d’hypocrisie, sentiments peu chrétiens, et un très mauvais système, pour tous. L’église devrait être gérée selon une comptabilité commerciale propre et sa gestion devrait être sérieuse et rentable. Si elle n’a pas suffisamment de ressources, elle devrait en chercher et en obtenir en échange de services donnés.

Avec l’argent levé par une activité raisonnable et acceptable sur le plan des valeurs chrétiennes, les communes et les associations cultuelles et/ou culturelles pourront faire venir dans leur propre église les compagnons, tailleurs de pierre qui auront restauré Notre-Dame. Un cycle d’exploitation économique vertueux sera engagé et ces merveilleux bâtiments que nous ont légués nos ancêtres et que le monde entier nous envie, vivront à nouveau, pour très longtemps sinon pour l’éternité.

  1. EDIT : il s’agit en fait de « L’Archipel Français » (L’erreur est de la rédaction).
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