Incendie de Notre-Dame de Paris : le bois porte l’âme d’une cathédrale

Notre-Dame de Paris privée de sa charpente de bois ? Une reconstruction à l’identique aurait beaucoup plus d’impact économique en France et permettrait de revaloriser tout un secteur d’excellence.

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Incendie de Notre-Dame de Paris : le bois porte l’âme d’une cathédrale

Publié le 7 juin 2019
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Par Christine Sourgins.

Pour la reconstruction du toit de Notre-Dame, beaucoup sont indifférents aux matériaux utilisés, « pourvu que l’apparence visuelle soit sauve », taxant leurs contradicteurs de « fétichistes ». S’il faut bien sûr tenir compte de la fragilité du monument sinistré, de nombreuses raisons, symboliques, culturelles, sociales, écologiques etc. montrent que le bois est préférable et doit être utilisé le plus possible. Une reconstruction à l’identique, outre qu’elle respecte l’histoire de l’Art, à savoir que Notre-Dame est une cathédrale médiévale et le dernier chef-d’œuvre de l’architecture romantique, permettrait de revaloriser tout un secteur économique.

Pas de cathédrale sans pierres et sans forêt de bois

Une cathédrale est une société de pierres polies, ajustées les unes aux autres, triomphant de la pesanteur grâce aux clés de voûte : des voûtes coulées en béton détruiraient cette leçon grandiose sur le « vivre ensemble ». À l’intérieur, s’élancent des fûts de pierre qui s’épanouissent en chapiteaux, souvent floraux, prolongés de nervures. Ces futaies minérales sont protégées par l’armature d’une vraie forêt, c’était d’ailleurs le surnom de la charpente de Notre-Dame, chef d’œuvre de la charpenterie gothique. Car la cathédrale synthétise le parcours biblique de l’humanité qui commence aux arbres du jardin d’Eden, et finit en ville, dans la Jérusalem céleste. En plan, une cathédrale représente une croix, transposition architecturale de celle, en bois, du Christ, fils adoptif d’un charpentier…

Pas de cathédrale sans nef ou vaisseau non plus : l’Église n’est-elle pas la barque de Pierre ? Il n’est pas interdit de voir dans la charpente une carène renversée qui navigue ventre au ciel, sur une île de la Cité qui ressemble à un navire échoué dans la Seine pour reprendre les termes de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris. Ce roman multiplie les métaphores arborées. Opposant « la prodigieuse variété extérieure de ces édifices » à leur fond permanent, Hugo écrit : « Le tronc de l’arbre est immuable, la végétation est capricieuse ». Ces « puissantes bâtisses dont nous avons expliqué ailleurs le mode de formation et de végétation, n’avaient pas simplement des fondations, mais pour ainsi dire des racines qui s’allaient ramifiant dans le sol… » La cathédrale évolue-t-elle ? C’est sans rupture, sans grand geste architectural, pour Hugo : « la chose s’accomplit sans trouble, sans effort, sans réaction, suivant une loi naturelle et tranquille. C’est une greffe qui survient, une sève qui circule, une végétation qui reprend ».  Lorsque Quasimodo part à la recherche d’Esméralda « au détour de la galerie qui donne sur les toits des bas-côtés, il aperçut l’étroite logette […] tapie sous un grand arc-boutant comme un nid d’oiseau sous une branche… »

Le bois, ce sont aussi les artisans de France

La cathédrale est fille du Temple de Jérusalem dont on sait qu’on n’y entendit « ni marteaux, ni pics, ni aucun outil de fer » pendant sa construction ( I Roi 6,7). L’Éternel, en ses choix de matériaux serait-il « fétichiste » ? Ou peut-être visionnaire, s’étant avisé que le métal est lié à l’industrie et à ses méfaits dont notre génération ne peut nier qu’elle est en train de ravager la planète. Pour convoquer l’imaginaire du Seigneur des anneaux, plus familier à l’homme du XXIe siècle que l’univers biblique : là où règne le bois, introduire la suprématie du métal (avec ce que cela suppose d’hybris industriel), c’est comme ensemencer de l’avidité des Orques une œuvre née de la patience des Elfes. Des études ont bien montré que, dès l’origine, le fer avait été employé pour juguler les pressions s’exerçant sur les cathédrales et conforter leur stabilité : certes, mais il s’agissait d’un usage ponctuel et mesuré.

Car la manière d’incarner dans la matière n’est pas indifférente. C’est aussi un savoir-faire, un savoir être à taille humaine, qui doit s’incarner. Le bois que les compagnons travaillent toujours au corps à corps le permet. Évincer d’office tous les artisans qui descendent en droite ligne des constructeurs de cathédrales est une ignominie : c’est exactement comme si une partie de l’Amazonie ayant brûlé on en profitait pour bannir les derniers indigènes de la forêt afin de mieux exploiter la place. Là se joue la survie de ces corps d’artisanat, indispensables à la restauration de monuments historiques dont nous nous enorgueillissons… pour mieux les négliger.

C’est l’aveu caché du diktat « bannir le bois pour ne plus craindre les incendies » et qui signifie deux choses : d’abord que nous sommes devenus des minables, incapables de garder le trésor sur lequel ont veillé nos pères, ensuite que notre vénération du progrès technique est inconséquente. Car enfin, on nous promet des maisons écolos en bois, des buildings, des tours d’habitation et même ignifugés ! Et pour restaurer la cathédrale, on écarterait le bois, ce matériau ancestral, capable de conjuguer le sacro-saint progrès et le travail humain ? Et ceci alors que les charpentes récentes, (celle de la cathédrale de Chartres en métal ou celle de Reims en béton) sont loin d’avoir prouvé leur pérennité dans un pays qui dispose d’une des plus grandes forêts d’Europe, à une époque où l’écologie est à l’honneur ? On marche sur la tête.

Pascal Prunet, l’un des quatre architectes des monuments historiques chargés de la restauration de la cathédrale, vante la relative légèreté du matériau. Frédéric Epaud, chercheur au CNRS, a précisé que la fabrication du bateau L’Hermione a nécessité 2000 chênes, sans souci environnemental : soit deux fois plus que pour Notre-Dame. Que le temps de la mise en œuvre est plus rapide qu’on imagine : la construction de la charpente du XIIIe siècle de la cathédrale de Bourges aurait réclamé seulement 19 mois de travail pour une équipe de 15-20 charpentiers. Que les techniques traditionnelles sont économiquement viables et rentables pour les petites entreprises ; de plus « les bois équarris à la hache sont plus solides et de meilleure tenue que ceux sciés, ils se déforment bien moins au séchage, les bois courbes sont employés, les pertes sont minimes, l’ouvrage est plus beau ». D’où le succès des chantiers traditionnels comme celui de Guédelon : un tel chantier-école sur le parvis de Notre-Dame, avec des dizaines de charpentiers équarrissant à la hache et travaillant selon les règles ancestrales serait spectaculaire, pédagogique  et prisé du grand public.

Quant à ceux qui veulent se montrer « créatifs », animés par un tout autre esprit, confondant une cathédrale avec une start-up ou un logiciel, qu’ils ouvrent un nouveau chantier mais ailleurs !  Sinon, ils prouveront qu’il y a bien un art dégénéré, qui n’est pas l’Art dit contemporain, alias l’Art financier, mais le Patrimoine, contraint sans cesse de se mettre au goût du jour, de s’actualiser, bref, de se « régénérer » à tout prix. Hugo en avait déjà jugé : « les modes ont fait plus de mal que les révolutions », ajustant « sur les blessures de l’architecture gothique, leurs misérables colifichets d’un jour »…

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  • En tant qu’ artisan ébéniste, je ne peux que souscrire à ce très bel article. Encore un test démocratique pour Macron, une grande majorité des français sont pour une restauration à l’ identique. J’ espère de tout coeur qu’ ils seront écoutés, que nous serons entendus et respectés.

    • Ouais encore des sondages , comme ‘si les francais avaient toutes les connaissances necessaires pour repondre alors qu’ils ne mettent jamais les’pieds dans une eglise sauf comme touriste désœuvré et ayant du temps a perdre avec le passe .

      • Seriez-vous en train de dire que les gens ne sauraient choisir eux-mêmes ce genre de chose ? Vous remettez en question les fondements même du libéralisme. La somme des décisions individuelles n’est-elle pas sensée être la meilleure solution ?

        • Un sondage ne represente rien ,pour qu’un avis soit utile il faut interroger des gens directement conserne par le sujet..si on parle religion on demande a des religieux pas a des paiens…d’ailleurs doit on demander un avis ,le proprio est seul juge et si il est incapable d’avoir un avis personnel qu’il fasse un sondage bien fléché sur le sujet
          La somme des decisions individuelles…..ca s’additionnent et se moyennisent ces choses la …cela devient du collectif ….

          • Et qui dit collectif dit personne n’est responsable..valeur liberale ?

          • bien sûr, il faut une Personne Eclairée pour décider si M. X et Mme Y est concerné par le sujet ou si leur avis est utile. (je reprends vos termes).
            Si on parle religion, faut-il avoir l’avis des croyants de naissance, des croyants récents, des agnostiques, des athées, des anciens croyants ayant perdu la foi ? La Personne Eclairée choisira.
            Concernant Notre-Dame, doit-on demander uniquement l’avis des architectes-historiens de l’art-habitant Paris dans un rayon de 2km autour de la Cathédrale ET étant croyants ? La Personne Eclairée décidera.
            Bien sûr, choisir précisément les gens dont on veut entendre l’avis est une garantie absolute d’impartialité….. Mais ça, la Personne Eclairée le sait bien :-).

    • @Stephane

      Nous partageons vos vœux émouvant, car Notre Dame défigurée c’est Paris blessé perdant en partie son identité !

    • que la majorité qui veut paye…j’espère que je serai entendu et respecté…
      c’est un peu la façon dont gay plaide pour le nucléaire.. mal..très mal..

      • @jacques lemiere

        La majorité pour qui heureusement l’art a encore une signification a déjà payé si l’on considère les sommes importantes réunies suite à cette catastrophe.La philanthropie et la générosité n’ont nul besoin de lourdeurs administratives pour s’exprimer lorsqu’il est nécessaire.

        • la majorité a payé?
          j’en doute ..ou des faits…

          des tas de gens sans doute…grand bien leur fasse…
          quand à suggérer que l’art n’aurait aucune signification pour les autres , faites moi rire…

          une des caractéristiques des amoureux de l’art a été d’écraser les cultures et arts traditionnels..

          on peut ne trouver aucune signification à une cathédrale, on peut aussi trouver des significations aux cathédrale qui font qu’on les voit comme des symboles à détruire..
          des tas de trucs…

          a quoi mène ce gENRE de propos sinon aboutir à considérer que mon bon monsieur il est normal d’utiliser de l’argent public…

  • Deja ,tous les francais ne sont ni architecte ni epris de religion.,alors le’toit de cette cathedrale n’a aucune importance ,en bois en de chenes centenaires ou en acier inoxidable n’est qu’un choix technique..et financier….faut il’aussi du chene recouvert de plomb ,des pierres benies par le pape ?
    On vit une epoqie formidable ,rien ne doit changer ni evoluer pourtant tout n’est pas d’origine dans cette cathedrale ,a d’autres epoques on savait évoluer !

    • Les compagnons sont très à l’ avant garde de techniques modernes, je pense au lamellé collé qui permet de réaliser des charpentes de grande portée. Ils savent évoluer, justement parce qu’ ils possèdent dans leur main les premières techniques. Dans un siècle, la plupart des structures béton réalisée aujourd’hui seront bonnes pour la démolition. Quid d’ une charpente en bois de chêne?
      Dans un siècle, les chênes coupés auront été remplacés par d’ autres chênes.

      • C’est quoi cette legende du beton non durable? La ligne maginot est toujours debout que je sache et a plus de 100 ans ,la statue de la liberte..et plein d’autres choses .dans mille ans le sarcophage ukrainien sera toujours intact ! Les pyramide ont resisté mais on sait que la pierre n’est pas eternelle , elles furent protegees par un climat sec et par un parement que le sphinx ,lui n’a pas eu…

        • Les premiers ouvrages en béton armé sont dans un état alarmant, au bout d’un siècle seulement.

        • @Reactitude2.0

          Le béton moderne a une durée de vie limitée.
          Le pont autoroutier Morandi qui s’est effondré à Gênes le 14 Aôut 2018 avait été construit entre 1963 et 1967 et était constitué d’un tablier à poutres en béton armé.
          La durée de vie des barrages en béton est généralement estimée à un siècle tout comme celle du sarcophage de Tchernobyl qui doit assurer la sécurité du site pour les cent ans à venir, et non mille ans comme vous l’avez indiqué.

      • une chose…qui vous dit que dans vingt ans…une grande majorité de français voudra toujours cette cathédrale?

        construisez un truc qui puisse durer 1000 ans si vous voulez…n’affirmez pas pour autant que vous savez qu’il doive ou va durer mille ans…
        construire pour 1000 ans est un acte de respect religieux et un acte militant par ailleurs un défi technique…
        laisser à penser que les descendants doivent sans réfléchir conserver ce qu’on fait leur aïeux est arrogant.

        le choix des monuments a conserver est très variable selon les époques..

        • @jacques lemiere

          il n’est nul question d’arrogance pour imposer des idées mais simplement du respect de l’art et de la culture qui font toujours partie de nos VALEURS indépendamment de toutes considérations religieuses ou politiques.

          La spéculation au sujet du futur doit donc laisser place à l’attente de décisions concrètes appliquées dans le cadre de règles démocratiques et de droit,même s’ il est à peu près certain que tout aura disparu dans un avenir plus ou moins lointain, et que par ailleurs,nous ne sommes pas dans l’obligation de partager nos goûts et couleurs artistiques.

    • @Reactitude2.0

      Comme vous le dites si bien à d’autres époques non seulement « on savait évoluer »,mais on était en quelque sorte » évolué » puisque l’on était en mesure de construire, et dans certains cas de PRÉSERVER des monuments ou autres bâtiments pour plusieurs siècles !(voire des millénaires en Egypte !).
      Qu’en est-il aujourd’hui ? Le carré blanc sur fond blanc de Kasimir Malévitch, ou l’urinoir inversé de Marcel Duchamp, »chefs d’œuvres » de l’art moderne, seront- ils encore présents dans les mémoires en l’an de grâce 3019 ?
      Nos arts modernes et contemporains ne sont en rien comparables à certaines formes d’art « ancien » qui ont fait leurs preuves dans la durée en dépit de modifications nécessaires au gré des évènements historiques.
      La flèche de Viollet Leduc du 19ème siècle rajoutée à Notre Dame n’était-elle pas une réussite mondialement reconnue?
      Les possibilités d’une rénovation à l’identique de cette cathédrale sont d’autant plus évidentes que les connaissances techniques sont infiniment supérieures à celles du moyen-âge avec l’avènement de l’ère numérique !

      • Que vous préfériez les arts pré-modernes, c’est une chose. Que vous critiquiez l’art contemporain, je vous soutiens (ce qui est limite le fond de commerce de l’art contemporain… être décrié). Mais, perso, carré sur fond blanc et l’urinoir sont véritablement des chefs d’oeuvre pour l’ouverture sur des réflexions nouvelles que cela a apporté.
        J’aime bien certaines peintures « classiques », un Caravage par exemple. Ou un Toulouse-Lautrec (ooohhh j’aime). Mais ya flopée de portraits, notamment de style flamand, qui ne sont que vaguement artistiques.

        • @Salma Hayek-le six

          Chacun a parfaitement le droit de choisir ses préférences artistiques comme bon lui semble puisque les appréciations de la beauté ou de la laideur sont souvent d’ordre subjectif.
          L’art moderne et l’art contemporain présentent des œuvres appréciables ,et il serait absurde de les rejeter systématiquement en dépit de certaines provocations connues qui n’ont vraiment rien d’esthétique, ce qui ne peut que susciter la curiosité et faire monter une cote dont le but financier évident caractérise cette forme d’art.
          L’art gothique, d’une toute autre nature,nous parle d’un temps représentant tout un pan de notre histoire et de notre civilisation.
          Comment imaginer à ce titre un quelconque rapport entre l’art contemporain et l’art médiéval,surtout s’agissant d’une cathédrale rayonnante de symboles?
          Ce qui peut se concevoir pour certains bâtiments ayant une toute autre signification (C.F.Le musée du Louvre et sa célèbre pyramide moderne),est impensable pour Notre Dame de Paris, sauf à considérer cette église exceptionnelle à l’instar d’un musée, point de vue éminemment discutable !

  • Faut-il aussi y remettre une centaine de tonnes de plomb, pour respecter la toiture d’origine ? Le bois, oui, le plomb, non ? Toute reconstruction est trahison ou adaptation. Et je dois bien dire que j’ai été tenté par le projet d’un architecte belge dotant Notre-Dame d’une flèche acier – verre, conservant les proportions de l’ouvrage et donnant à la croisée du transept cette lumière en élévation qui est la marque du gothique ; pour les croyants, cette lumière qui les aspire vers Dieu là où le roman les gardait sur terre

    • Mwouarf, ça me fait rire ces gens qui croient qu’on ne va pas reconstituer les parties de voûte en pierre qui se sont écroulées. Donc même une verrière intégrale à la place de l’ancienne toiture n’amènerai aucune à l’intérieur de la cathédrale.

    • Il faut lire « aucune lumière à l’interieur »

      • Merci de regarder la voute de Notre-Dame avant l’incendie, et de noter la présence de l’oculus dans la voute à la croisée du transept.

  • Sans doute l’article le plus nul que j’ai lu sur Contrepoints.
    Tous ces pleurnichards qui demandent à ce qu’on refasse une charpente en bois (parce que le bois, c’est tellement plus beau, plus chaleureux, plus identique à la technique d’origine) finissent par être penibles.
    Ils ne se sont pas rendus compte que le bois, ça brûle ?
    En quoi une charpente en béton ou autre matériau qui aurait l’immense avantage de ne pas pouvoir brûler dénaturerait Notre-Dame, vu que la charpente n’est pas visible ?
    Cela dérange-y-il vraiment quelqu’un que la charpente de la cathédrale de Reims soit en béton ? Et que celle de la cathédrale de Chartres soit en fonte ?

  • oui , le probleme c’est que le bois de chêne lui doit sécher 5 ans avant de devenir du bois d’oeuvre..
    Donc des chênes sélectionnes et abattus aujourd’hui ne seraient disponibles qu »en 2024…

    reste que le poids de la toiture est un élément de fixation de l’ensemble par gravité ( d »ou le plomb)
    un structure « légère » métallique par exemple remettrait en cause tout l’édifice certainement..
    Laissons donc aux hommes de l’art les recommandations techniques..

    • En charpente, le chêne n’ est pas travaillé sec. sinon bonjour…par contre, la déformation au séchage est anticipé et participe à la tension de l’ ensemble.

      • le bois de charpente doit être de catégorie 2, c’est-à-dire que son degré d’humidité doit être compris entre 13 et 17%. Il s’agit donc d’un bois « sec à l’air ».

    • Merci pour ce commentaire éclairant (plus que l’article lui-même). Je n’ai pas de passion sur le sujet, mais je déduit de votre commentaire que le bois de chêne sera écarté d’office par nos chers décideurs, qui veulent un chantier rapide.

  • La cathédrale de Chartres est elle moins belle parce que sa charpente n’est pas en bois, et l’ange au sourire pleure t-il parce que la charpente de celle de Reims est en béton ?

  • Préserver et reconstruire le patrimoine, c’est souvent le faire évoluer : qui conteste aujourd’hui les modifications apportées à ND par Viollet le Duc ? Si les constructeurs du 12e siècle avaient connu le béton, en quoi auraient-t-ils construit la charpente de la toiture ? En une forêt inextricable ou en un support plus léger et plus pérenne ? Mais évoluer c’est aussi respecter l’oeuvre (éviter les colonnes de Buren qui n’ont rien à voir avec le Palais Royal). Malheureusement tout est à craindre des politiques et des architectes des Bâtiments de France, qui bien souvent appliquent des visions plus personnelles qu’autre chose…

    • A l’ époque il a été contesté, pourtant la touche de Viollet le Duc est en parfaite harmonie avec le bâtiment, et plus encore depuis que la flèche est tombée il manque à présent quelque chose, cette touche transfigurait le bâtiment en respectant les codes de constructions employés jusqu’ alors.
      Il faut refaire les choses à l’ identique parce que toute la richesse de ce bâtiment est dans le temps qu’ on y consacre, pas dans le temps ni l’ argent qu’ on y gagne, surtout si l’ investissement à bien faire les choses s’ étend sur des siècles.

      • @Stephane

        Merci pour votre remarquable commentaire faisant allusion à l’ harmonie qui se dégageait de ce monument avec la flèche rajoutée de Viollet Leduc relativement récente, qui donnait à cette cathédrale son caractère si particulier.

  • Si nous souhaitons conserver notre patrimoine fait de monuments historiques, pourrons-nous toujours le faire à coûts énormes pour un bâtiment ou devrions-nous partager l’argent disponible à la rénovation et conservation d’un maximum d’emblèmes, quitte à le faire avec les technologies modernes moins coûteuses plus rapides et tout autant solides. Voyez le loto du patrimoine à la collecte bien insuffisante.

  • C’est trés bien le béton, et solide. Le Panthéon de Rome en est l’exemple.

  • Merci pour ce brillant plaidoyer de christine Sourgins pour une restauration de Notre Dame à l’identique.
    Faut-il rappeler qu’une restauration n’est pas une reconstruction, et que ce monument symbole de l’art gothique,est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991?
    Le brillant architecte Jean Nouvel, (Titulaire du prestigieux Prix Pritzker en 2008),s’est prononcé pour une restauration à l’identique, et il serait absurde de mettre en doute ses compétences mondialement reconnues.
    Ce joyau de notre patrimoine devrait enfin faire l’objet de la plus grande attention sur le plan artistique, indépendamment de toutes considérations religieuses ou politiques.
    L’utilisation du béton par nature éphémère en remplacement de matériaux nobles tels que le bois et la pierre ayant traversé des siècles serait d’une totale incohérence, et ferait perdre son âme à ce monument exceptionnel en rien comparable à ceux relevant de l’art moderne ou contemporain.
    Les particularités intrinsèques d’un bâtiment,son originalité,sa représentativité devraient dicter in fine les stratégies d’intervention.

    https://www.europe1.fr/culture/reconstruction-de-notre-dame-de-paris-pour-jean-nouvel-il-faut-etre-plus-gothique-que-jamais-3900856

    • Le bois qui brûle me semble aussi éphémère que le béton. La pierre des pyramides semble durable. De plus qui avait visité cette « forêt » avant sa destruction ? Ce qui me semble essentiel est d’en conserver l’aspect général et si le bois est quasiment au prix d’autres matériaux et mis en œuvre en un délai raisonnable, utilisons-le.

      • @Parcoureur

        Le prix des matériaux ne semble pas être un problème si l’on considère le montant important de dons au niveau mondial.
        De même, l’aspect technique peut-être parfaitement maîtrisé avec les moyens modernes sophistiqués dont nous disposons à notre époque.
        Les architectes,aussi compétents soient-ils, ne sont pas les seuls acteurs décisionnaires puisque d’autres considérations rentrent en ligne de compte quant à l’hypothèse d’une date butoir de fin des travaux, ce qui laisse planer bien des incertitudes pour une rénovation qui devrait servir de référence comme le plus grand nombre est en droit d’espérer.

  • Point de vue discutable : pensez-vous que la cathédrale de Cologne, monument le plus visité en Allemagne !, n’a pas d’âme ?….

    • @ADB

      La comparaison objective de Notre Dame de Paris avec la cathédrale de Cologne est difficile à établir car les deux bâtiments,bien que chefs d’œuvre de l’art gothique sont cependant différents et symbolisent deux histoires faisant partie intégrante de lieux distincts.(l’île de la cité ne peut être ignorée par rapport à la situation de la cathédrale de Cologne).
      Par ailleurs chacun de ces monuments a sa propre « personnalité », toujours appréciable de façon subjective,selon que l’on soit plus ou moins sensible à la beauté de l’art médiéval.

  • Très bel article et beau plaidoyer pour le bois. J’espère que vous serez lue et écoutée. J’aime vos citations si pertinentes de Victor Hugo, l’auteur qui m’a donné très jeune l’amour de la lecture.

  • Il faut raser Paris et tout reconstruire en BBC. Aucune raison que l’on ne respecte pas à la lettre ce qu’on impose aux particuliers.

  • Reconstruction…
    Elle ne s’est pas effondrée la Cathédrale, elle n’a pas été détruite. Il n’est question que de la charpente. C’est d’une restauration dont elle a besoin.

    • @STF

      Une restauration devant être exemplaire et en parfaite harmonie avec le cadre unique de l’île de la Cité, ce qui était bien le cas avant cette catastrophe dont l’origine reste impensable dans un contexte où l’efficacité de l’intelligence artificielle n’est plus à démontrer en matière de sécurité.

  • Bravo pour ce très bel article !

  • Dans le même genre d’idée, on pourrait aussi reconstruire le Parthénon à l’identique, le colisée à Rome à l’identique, les tours jumelles de NY à l’identique.
    Un peu comme les écolos qui veulent refaire le monde de 1950 à l’identique aujourd’hui.

    • @AlfredSG

      il est fort connu que rien n’est éternel et que tout disparaîtra un jour : ce n’est qu’une question de temps, et les éternels concepts écolos sont bien étrangers au débat ! (Tautologie quand tu nous tiens!).
      Dans le cas du désastre de Notre Dame,il ne vous aura pas échappé que ce monument était sorti indemne et même embelli par Viollet Leduc après un millénaire et que seule une négligence, parfaitement inexplicable à notre époque, a été à l’origine de l’incendie.
      Notre monde contemporain historiquement responsable ne se doit-il pas de réaliser une rénovation des plus RÉUSSIES ?

  • N’est-il pas temps de s’intéresser à la chaine de responsabilités qui a conduit au désastre de l’incendie. Si mes informations sont exactes, au lieu des précautions indispensables bien connues dans ce milieu où le bois est aussi inflammable que de l’amadou, il n’y avait après la fermeture quotidienne du chantier qu’un seul gardien au lieu de 2. Il n’a pas été tenu compte de l’alerte donnée 20mn avant le déclenchement de l’incendie.! Quelles étaient les entreprises chargées du chantier? Quelles obligations de sécurité étaient – elles par contrat censées mettre en place? A l’évidence les responsables de ce désastre ont à jamais perdu le droit de s’exprimer sur ce dossier : comment ont-elles été choisies, et par qui: par l’architecte des monuments historiques. L’un d’entre eux se mêle maintenant de donner son opinion sur le type de reconstruction à faire… Il aurait mieux valu qu’il mouille sa chemise avant, en allant visiter le chantier régulièrement. Qui a été le signataire du contrat ? Cet architecte, l’évêque, la maire de Paris ?N’est-il pas temps que la lumière soit faite sur la chaine de décision qui a permis que ce chantier soit à l’évidence mal conduit ! Sans oublier l’obligation de passer par l’appel d’offre pour choisir l’entreprise. ce qui condamne à choisir le moins disant en terme de coût, quitte à donner la préférence à l’entreprise la moins chère, mais la plus déterminée à ne pas respecter le cahier des charges ou le devis initial, comme cela se pratique classiquement dans les chantiers publics.!

    • @Millesabords

      Responsabilité et culpabilité sont souvent les deux mamelles de la faute à « Pas de chance »,…comme d’hab’,…convenons… zzzan !

  • Remettre une forêt sur le toit de Notre-Dame à l’identique ne souffre aucun doute, aucune discussion. Il est d’autant plus justifié d’aller couper des chênes pour ce faire qu’avec l’accroissement de la sècheresse, nous sommes destinés à les voir mourir. (A leur place pousseront bientôt des oliviers). Alors autant les couper tant qu’ils sont vivants. Ils seront les vestiges de ce que notre pays fut : une terre de sources et d’eaux vives où poussaient des chênes grandioses qui ont inspiré l’architecture sacrée qui caractérise nos contrées.

    Ne pas oublier que des hommes comme Bernard de Clairvaux ont puisé l’inspiration de l’architecture des lieux de culte sous la voute des forêts de chênes. L’architecture de pierres, étant une transposition des frondaisons, ne peut qu’appeler la charpente en bois de chêne pour la recouvrir. Appeler « forêt » cette charpente ne fait que rappeler que c’est tout le bâtiment qu’elle recouvre qui est la forêt dans laquelle nous pénétrons avec émerveillement.

    Cette union sacrée entre la pierre des murs et le bois du toit ne doit pas être rompue. Elle résulte de l’acte de vénération par lequel l’homme s’incline devant la nature pour lui exprimer sa gratitude de lui avoir donné le goût de vivre et de se dépasser. Les bibliothèques sont assez remplies de mots pour dire cela.

    Par conséquent, des artisans charpentiers et leurs élèves doivent trouver de nouveau les gestes pour prier avec leurs mains afin de reconstruire le sanctuaire.

    En ces temps dits écolo, il est tout à fait adapté de prier ainsi pour exprimer notre gratitude envers la vie même, comme à l’aube des temps, sans nommer un dieu. « Deus sive Natura ». Pour sanctuariser nos lieux d’existence.

    Le chantier de Notre Dame peut durer longtemps. Le but n’est pas de le finir en urgence mais de faire un chantier école qui soit riche d’enseignements

    • @Virgin

      Merci pour votre magnifique commentaire rempli de poésie qui met du baume au cœur.
      Ne pas oublier le concept fondamental du tout spirituel en matière de cathédrale et de monuments en général et de Notre Dame, en particulier , pouvant être considérée comme un véritable archétype ( cf . » Le Génie du Christianisme  » de François – René de Chateaubriand ) , symbole religieux et culturel dont l’appartenance à l’inconscient collectif ne relève plus d’un simple état physique limité dans la durée mais d’un statut éternel indépendant de nos conditions très terre à terre , si matérialistes et pragmatiques soient elles…

    • @Virgin

      Ci joint cet excellent article écrit après l’incendie, permettant de mesurer pleinement la dimension spirituelle représentée par ce monument d’exception.

      https://theconversation.com/notre-dame-de-paris-incendiee-un-eclair-deternite-115677

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