Notre-Dame n’a pas besoin du miracle de Saint Fisc

L’incendie de Notre-Dame montre que, pour peu qu’on leur laisse un peu d’air, les initiatives privées fonctionnent plus vite et mieux que le tout-État.

Par Simone Wapler.

« La dentelle de pierre de Notre-Dame vue du côté est, c’est comme entrevoir le jupon d’une jolie fille dans un coup de vent », disait mon grand-père.

Nous rebâtirons Notre-Dame parce que c’est ce que les Français attendent, parce que c’est ce que notre histoire mérite, parce que c’est notre destin profond […]. C’est notre histoire, notre littérature, notre imaginaire, le lieu où nous avons vécu tous nos grands moments […] Alors je vous le dis très solennellement ce soir : cette cathédrale nous la rebâtirons, tous ensemble, et c’est sans doute une part du destin français et le projet que nous aurons pour les années à venir.

Remarquez l’omniscience de notre président qui, le 4 février 2017, énonçait : « Il n’y a pas de culture française. » Lundi 15 avril au soir, le même sait ce que tous les Français pensent et éprouvent à propos de notre histoire, notre littérature, notre imaginaire.

Passé ces jolies phrases lyriques, il faut des sous. « Dès demain une souscription nationale sera lancée », précise Emmanuel Macron.

Une souscription nationale ? Mais personne n’a besoin du président de la République pour cela. Et pourquoi nationale et donc centralisée ? Le réflexe énarchique sans doute.

Sans attendre les lourdeurs administratives, quatre collectes de fonds sont déjà ouvertes en ligne (Notre-Dame de Paris Je t’aime sur le site Dartagnans ; Financement des réparations de Notre-Dame sur Leetchi ; Souscription nationale pour Notre-Dame de Paris sous le patronage de l’Observatoire du patrimoine religieux et en ligne sur le site Lepotcommun ; enfin, la French Heritage Society, une fondation basée à New York, a mis en ligne une page web dédiée).

Côté mécénat, Pinault via son fond Artemis annonce débloquer 100 millions d’euros. Du coup LVMH et Arnault doublent la mise et mettent 200 millions au pot.

Rappel de la petite cuisine fiscale

Pour mémoire, ces dons sont déductibles des revenus à hauteur de 66 % dans la limite de 20 % du revenu imposable et à 75 % pour les riches qui paient l’impôt sur la fortune immobilière (dans la limite de 50 000 euros).

L’ex-ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon souhaite cependant classer Notre-Dame « trésor national », ce qui permettrait de passer les déductions à 90 %. Pourquoi pas 100 % d’ailleurs : pourquoi faut-il que l’État veuille toujours prendre sa part sur tout et s’arroge le droit de classer ce qui est trésor national et ce qui ne l’est pas ?

Résumons : les contribuables à l’impôt sur le revenu auront le choix entre donner 100 à l’État ou 66 à Notre-Dame et 34 à l’État (ou 75 et 25 à l’État ou même 90 et 10 à l’État).

Rappelons que moins de la moitié des foyers paient l’impôt sur le revenu par le jeu de ce que les politiciens osent nommer « justice fiscale ».

Cet événement montre toutefois que les frais de réparation de Notre-Dame pourraient très bien se passer de la collecte nationale des fonctionnaires de la République et du miracle de Saint Fisc.

L’argent public n’est pas indispensable à tout

Le miracle de Saint Fisc transforme de l’argent privé, laid et sale, acquis en exploitant des pauvres et des faibles, en bon argent public. L’argent privé est purifié lorsqu’il est pris par les hommes de l’État et transformé par la grâce de l’eucharistie de Bercy en argent public distribué par les hommes d’État.

L’argent public est forcément bon car il est dépensé dans l’intérêt commun.

Cette manipulation des esprits portée à la hauteur d’un mythe est sans doute l’opération de subversion la plus réussie des 20 derniers siècles par les hommes de l’Etat.

L’argent privé corrompt, l’argent public soulage. C’est pourtant rigoureusement le même, mais qui s’est transformé en se bonifiant par le miracle de Saint Fisc.

(Théorie de la révolte fiscale – Enjeux et interprétation – Ou pourquoi la révolte fiscale n’aura pas lieu, Serge Schweitzer et Loïc Floury.)

Voilà qui devrait nous faire réfléchir à l’utilité et la destination de nos impôts. Il y a un patrimoine national sans l’État, de nombreux pays civilisés ont une vie culturelle sans ministère de la Culture.

Notre-Dame fut bâtie grâce à des initiatives privées et nos musées nationaux regorgent d’œuvres d’art payées en leur temps par des mécènes. Les gens ont le droit de choisir librement ce qu’ils veulent subventionner et entretenir sur leurs deniers personnels. L’État n’a pas le monopole du bon goût.

Sur 1 000 euros de dépenses publiques, 22 euros sont consacrés à la culture (hors frais de fonctionnement des musées nationaux) soit 2,5 fois plus que les infrastructures comme l’éclairage public.

Moins d’impôts, moins de dépenses publiques, cela pourrait commencer par là : la liberté de choix dans le domaine du patrimoine et de la culture qui n’ont pas besoin de l’État pour exister, vivre et se développer.

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